L'anesthésie générale entre 40 et 60 ans sans danger à long terme pour le cerveau

Les septuagénaires et les octogénaires opérés sous anesthésie générale vingt à quarante ans plus tôt n'ont pas plus de troubles cognitifs que les autres, constatent des chercheurs nord-américains dans une étude publiée ce 20 janvier dans la revue Mayo Clinic Proceedings.

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Parmi les inquiétudes parfois éveillées par une intervention chirurgicale sous anesthésie générale se trouve la crainte d'effets à long terme de l'anesthésique, notamment sur le cerveau. Une préoccupation légitime, au regard non seulement des troubles transitoires fréquemment expérimentés au réveil, mais aussi de plusieurs expériences sur la souris suggérant un tel risque.

Mais tout ce qui est constaté chez la souris n'est pas nécessairement confirmé chez l'homme… Pour confronter l'hypothèse aux faits, des chercheurs de la très réputée clinique Mayo (Minnesota) ont analysé des données épidémiologiques indépendantes, portant sur une vaste cohorte de personnes âgées. Les données utilisées sont celles d'une étude de suivi, portant sur 1.731 hommes et femmes enrôlés entre 70 à 89 ans, dont les performances cognitives et les éventuels signes de maladies neurologiques ont été évalués tous les 15 mois, sur une moyenne de près de 5 ans.

Le constat des chercheurs est net : sur les 536 patients présentant des dysfonctions cognitives légères, la proportion de personnes opérées sous anesthésie générale durant leur quarantaine et leur cinquantaine est analogue à celle des personnes qui ne sont jamais passé sur le billard.

Aucune corrélation n’a non plus été établie entre l’existence de ces troubles cognitifs et le nombre de fois que les patients ont été opérés sous anesthésie générale. La durée de l'anesthésie générale n'avait non plus aucune conséquence sur les troubles mesurés, même si celle-ci durait plusieurs heures.

Ces travaux confortent ceux d'une récente méta-analyse qui avait échoué à identifier un lien entre anesthésie générale à l'âge adulte et le développement ultérieur de la maladie d’Alzheimer.

En revanche, les données analysées par les chercheurs de la clinique Mayo suggèrent qu'après 60 ans, une anesthésie générale ne serait pas sans conséquences sur le cerveau. L'analyse statistique montre en effet qu'un surrisque "de légère détérioration des fonctions cognitives" pourrait exister. Il est estimé entre +2% et +55%. Toutefois, il est très difficile d'établir si cette dégradation est la conséquence de l'anesthésique… ou de la pathologie qui a rendu l'intervention chirurgicale indispensable. Des recherches plus approfondies [1] sur les risques de l'anesthésie générale chez les plus de 60 ans restent donc nécessaires, jugent les chercheurs.

Source : Association of Mild Cognitive Impairment With Exposure to General Anesthesia for Surgical and Nonsurgical Procedures. A Population-Based Study. J. Sprung et coll. Mayo Clin Proc, 20 janv. 2016. doi:10.1016/j.mayocp.2015.10.023


[1] Des travaux récents suggèrent un possible effet d'un anesthésique (le sévoflurane) sur la progression de troubles cognitifs préexistants (effet qui n'aurait pas été observé sous propofol), mais ces observations n’ont pas encore été répliquées par d’autres chercheurs.