Centres de santé : "Il a fallu attendre un scandale supplémentaire pour que les pouvoirs publics prennent la mesure du problème", pointe un chirurgien-dentiste

L'Assemblée nationale veut renforcer les contrôles dans les centres de soins dentaires et ophtalmologiques. Les députés ont validé vendredi 22 octobre un amendement prévu dans l'examen du budget 2022.

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Radio France
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Illustration chirurgien dentiste. (JOSSELIN CLAIR / MAXPPP)

"Il a fallu attendre un scandale supplémentaire pour que les pouvoirs publics prennent la mesure du problème", a réagi samedi 23 octobre sur franceinfo Pierre-Olivier Donnat, secrétaire général du syndicat "Les chirurgiens-dentistes de France", au sujet des centres dentaires accusés de mauvais traitements et de manque de déontologie. Vendredi 22 octobre au soir, l’Assemblée nationale a voté un encadrement renforcé des centres de santé et des sanctions en cas de manquement, dans le cadre du projet de loi de finances de la sécurité sociale 2022. Le 6 octobre, l’Agence régionale de santé (ARS) de Bourgogne-Franche-Comté annonçait la fermeture de deux centres Proxidentaire, situés à Chevigny-Saint-Sauveur et à Belfort, après des révélations d’actes de mutilation sans justification.

franceinfo : Y avait-il besoin, selon vous, que des mesures soient prises pour contrer des abus ?

Olivier Donnat : Parfaitement. On soutient l’amendement déposé cette nuit à l’Assemblée nationale, on s’y associe et on souhaite même aller plus loin. Il a fallu attendre un scandale supplémentaire du centre de soin Proxidentaire, dont je connais les tenants et aboutissants, puisque je suis l’élu professionnel de la région Bourgogne-France-Comté, pour que les pouvoirs publics prennent la mesure du problème des centres de soins dentaires. Ce nouveau scandale met en lumière de très graves difficultés dans la gestion de ces centres. C’est une totale opacité de fonctionnement qui est mise en évidence, et même un modèle économique qui doit être remis en cause aujourd’hui.

Prouver la conformité médicale et déontologique des praticiens, comme ce que requiert l’amendement, peut-il garantir la disparition de ces abus ?

C’est le minimum. Quand un praticien libéral s’installe, l’Assurance maladie, le conseil départemental de l’Ordre et l’ARS savent parfaitement qui il est et comment il exerce. Ils connaissent même le nom de son assistante dentaire, elle-même inscrite au Code de la santé publique. En revanche, dans un centre dentaire, c’est l’opacité la plus complète. Ni le conseil de l’Ordre, ni l’ARS, ni l’Assurance maladie ne savent précisément qui y travaille en tant que chirurgien-dentiste. Les contrats de travail étaient très rarement communiqués comme il se doit au conseil départemental de l’Ordre, et l’Assurance maladie ne peut pas identifier nommément le professionnel qui exerce dans ce centre. C’est un dysfonctionnement auquel il faut mettre fin. La seule façon pour l’Assurance maladie d’observer l’activité du centre dentaire, c’est un numéro unique qui couvre l’ensemble des praticiens qui exerçaient sous ce numéro. Dans le secteur libéral, chaque praticien est parfaitement identifié au travers de sa carte de professionnel de santé.

Y a-t-il un problème de compétences dans ces centres de santé à bas coût ?

C’est surtout un problème de management et de philosophie d’exercice de la profession. Il y a des intérêts financiers derrière ces centres dentaires, qui poussent à une industrialisation du processus de soins, qui cherche la meilleure rentabilité possible, au détriment de la qualité et de la sécurité des soins. Voilà le scandale. C’est là où un vrai ménage doit être opéré dans ces centres de soins dentaires. Ils doivent non seulement être contrôlés dans leur exercice et dans leur installation.

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