Bouche ou nez : quelle est la meilleure façon de respirer ?

Comment respire votre enfant ? Par la bouche, par le nez, les deux ? Savez-vous que la respiration physiologique s'effectue uniquement par le nez, l'inspiration par la bouche étant réservée à l'effort ? Petit panel des conséquences de l'installation d'une respiration buccale. 

Bouche ouverte, cernes, oreiller trempé au réveil, sommeil agité, ronflement, soif nocturne, fatigue, troubles de la concentration… Saviez-vous que ces signes peuvent être dus à une respiration par la bouche qui prive l'organisme des bienfaits de la respiration par le nez ? Cette privation n'est pas consciente, il s'agit d'une adaptation de l'organisme ou d'une mauvaise habitude acquise dont il est assez difficile de se défaire.

La respiration physiologique est la respiration nasale. La bouche est hermétiquement close mais sans effort, par des lèvres détendues mais au contact l'une de l'autre. Les dents sont espacées de deux millimètres, et la langue occupe la totalité de l'espace entre le palais, les dents du haut et du bas et le plancher de la bouche sans contraction excessive.

Mais lorsqu'un obstacle s'oppose à cette respiration nasale (comme un nez bouché chronique, des végétations ou des amygdales proéminentes) la respiration buccale est alors privilégiée. Le corps est un grand fainéant. Il cherche à recueillir ce dont il a besoin, notamment l'oxygène, avec un minimum d'effort en évitant les résistances.

Sommeil perturbé et troubles du comportement

La respiration buccale est une dysfonction qui s’installe souvent tôt dans l’enfance et peut avoir de multiples conséquences.

D’abord, elle peut perturber le sommeil. En effet, respirer par la bouche empêche d’entrer dans la phase de sommeil profond. Conséquence : les nuits ne sont pas réparatrices. La journée, la fatigue se fait ressentir, se traduisant par des troubles du comportement : irritabilité, hyperactivité, difficultés de concentration.

Ces difficultés de concentration trouvent aussi leur origine dans un mauvais refroidissement du cerveau : la respiration nasale permet de réchauffer l’air frais qui arrive du dehors. Ce dernier, au contact des nombreux capillaires sanguins, transmet sa fraîcheur au cerveau pour qu’il se refroidisse, se repose et évacue les toxines et les déchets accumulés au cours de la journée. Ce phénomène est perturbé pour un respirateur buccal. L’organisme va alors chercher un autre moyen pour refroidir le cerveau. L’excès de chaleur sera alors évacué par la transpiration au niveau de la tête d’où l’oreiller mouillé ( de salive et de transpiration) au réveil. L’enfant se découvre quand son cerveau est en surchauffe puis il se recouvre ensuite. Au matin, le lit est en désordre et les draps froissés témoignent de l’agitation du sommeil.

Montre-moi ton visage et je te dirai comment tu respires

Souvent les "respirateurs buccaux" ont des cernes qui n’ont rien à voir avec la fatigue. Quand la respiration nasale est absente, l’oxygénation ne se fait pas au niveau des capillaires sanguins du nez. Le retour veineux est moins bon dans la zone engendrant une coloration bleutée visible sous la peau très fine du contour inférieur de l’oeil.

Autre indice, le nez pincé avec des narines orientées vers le haut soit le fameux petit nez en trompette. La fonction crée l’organe. Si l’on ne se sert pas de son nez pour respirer, les muscles des narines ne vont pas se développer. D’ailleurs, si vous pincez doucement le nez d’un enfant qui respire par la bouche, vous aurez l’impression de toucher du coton hydrophile alors qu’un nez est physiologiquement tonique et musclé.

La bouche ouverte aux infections

Rhumes, angines, otites à répétition ? Encore des conséquences potentielles de la respiration buccale. Normalement, le nez réchauffe, humidifie l’air et filtre les plus grosses particules présentes grâce aux poils à l’entrée des narines. Ce système est la première barrière immunitaire. Respirer par la bouche expose à un plus grand nombre d’infections car l’air entrant est froid et encore chargé en bactéries.

Ferme ta bouche quand tu manges ! Qui n’a pas entendu cette phrase dans son enfance ? Mais les enfants qui respirent par la bouche ne peuvent pas obéir à cette injonction. Pensez  à ce que vous ressentez lorsqu’atteint par un rhume, vous vous alimentez. La sensation d’étouffement se fait vite sentir. Ces enfants, ou adultes d’ailleurs, ressentent souvent le besoin de boire pour avaler leur bouchée. Avaler des pilules peut aussi s’avérer compliqué.

Respiration buccale et croissance de la face

Une des grandes conséquences néfastes de la respiration buccale est une croissance pathologique des mâchoires et du visage.

Quand un enfant respire par la bouche, sa langue, au lieu d’être collée au palais est en position basse au niveau de la mâchoire inférieure. À cause de cela, elle ne peut pas stimuler la croissance en largeur de la mâchoire supérieure (le maxillaire). Le palais devient creux et le maxillaire trop étroit. Un cercle vicieux s’installe, la mâchoire du haut, pas assez large, ne pourra plus accueillir le volume de la langue qui aura encore plus tendance à rester en bas.

Le maxillaire étant trop petit, les dents ne trouvent pas assez de place pour se positionner correctement. Elles vont donc se chevaucher. La langue peut, entre autres, pousser les incisives vers l’avant et s’interposer entre les rangées de dents du haut et du bas ce qui peut créer une béance (un espace). La partie inférieure du visage a tendance à plus se développer que le reste du visage ce qui peut en rompre l’harmonie. La perspective d’un traitement orthodontique s’annonce.

Rééduquer sa respiration quand on est adulte relève du casse-tête car l’habitude est tenace et les déformations des mâchoires installées l’entretiennent. Pour cette raison et à cause de tous les troubles qu’elle peut engendrer, mieux vaut prévenir que guérir et prendre en charge le problème précocement. En premier lieu, une visite chez l’ORL permet de vérifier qu’il n’y a pas d’obstacle à la respiration nasale. Une rééducation régulière chez l’orthophoniste de la position de langue et de la respiration, permettant au cerveau d’intégrer les nouvelles habitudes, est nécessaire.

Avant cela, si des déformations des os des mâchoires existent déjà, l’orthodontie précoce peut, grâce à des appareils, stimuler la croissance du palais pour rétablir un maxillaire assez grand pour accueillir la langue. D’autres appareils, souvent sous forme de gouttières, permettent d’aider la rééducation de la position de la langue pour encourager la respiration nasale et au contraire décourager les succions de pouce ou de tétine qui entretiennent la respiration buccale.