Affaire Henri Joyeux : "La liberté, pour un médecin, ce n’est pas de dire n’importe quoi."

La radiation du controversé Pr Henri Joyeux a été annulée en appel. Pour le Pr Marc Gentilini, président honoraire de l'Académie de médecine, ce verdict est incompréhensible.

Depuis quelques années, Henri Joyeux est devenu l\'une des figures de la contestation vaccinale.
Depuis quelques années, Henri Joyeux est devenu l'une des figures de la contestation vaccinale.

La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre a estimé mardi 26 juin que la radiation d’Henri Joyeux, prononcée en première instance le 8 juillet 2016, "n'était pas suffisamment motivée". Depuis quelques années, Henri Joyeux, professeur de cancérologie et de chirurgie digestive à la retraite, est devenu l'une des figures de la contestation vaccinale. Il approuve notamment son confrère Luc Montagnier, qui affirme que la vaccination est dangereuse pour les nourrissons et évoque des risques de mort subite. "Il y a des milliards de personnes vaccinées dans le monde, et très peu d’incidents rapportés de façon rationnelle. C’est une faute de sa part de jeter l’opprobre sur la vaccination" déplore le Pr Gentilini.

"La liberté laissée à tout individu d'exprimer son opinion"

Dans cette affaire, les griefs se cristallisaient essentiellement autour de deux pétitions publiées sur Internet en septembre 2014 et mai 2015. La première s'élevait contre une recommandation du Haut conseil de la santé publique – jamais suivie par le gouvernement – préconisant d'abaisser de 11 à 9 ans l'âge de la vaccination contre le papillomavirus pour les filles. La seconde fustigeait le remplacement du vaccin DTPolio trivalent par un vaccin hexavalent. Le Pr Joyeux y dénonçait, pêle-mêle, une "histoire de gros sous", et des "manœuvres sournoises". Ce texte, très vite devenu viral, avait récolté 700 000 signatures en un mois.

Le Pr Henri Joyeux, un médecin controversé. Sujet diffusé le 28 février 2018.

Selon l'instance d'appel néanmoins, la première pétition "participe de la liberté laissée à tout individu dans un État démocratique d'exprimer son opinion sur un sujet qui le concerne". Quant à la seconde, la chambre disciplinaire a jugé que "la toxicité de l'aluminium comme adjuvant et la dangerosité du vaccin contre l'hépatite B [faisait] l'objet depuis plusieurs années de controverses nourries".

"Ce verdict est en totale contradiction avec le jugement en première instance", déplore le Pr Gentilini. En 2016 en effet, la chambre disciplinaire du Languedoc-Roussillon avait prononcé la radiation du Pr Joyeux. Elle avait estimé que celui-ci avait "commis des manquements d’une extrême gravité au code de déontologie", et enfreint la loi, notamment "en indiquant des dangers pour la santé de suivre les recommandations du Haut Conseil de la santé publique". La chambre indiquait par ailleurs qu’il n’avait pas respecté l’article stipulant que "le médecin doit apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire".

Un trouble à l'ordre public

"Cette décision est irrationnelle et un peu populiste", juge le Pr Gentilini. "C’est dommageable pour le public en particulier : la position du Pr Joyeux n’est pas très claire. Il dit « je suis pour les vaccins, mais… ». Il sème la confusion", précise-t-il. Pour le président honoraire de l'Académie de médecine, cette mesure est d’autant moins compréhensible que l’attitude du Pr Joyeux constitue un trouble à l’ordre public. "Les dégâts qu’il cause sont irréparables. Nous vivons dans une période où tout ce qui est scientifique est remis en question. Les réseaux sociaux font la loi : ils sont rapides, car l’information n’y est pas contrôlée. C’est difficile de les contrer, car l’information scientifique est plus lente, elle a justement besoin d’être contrôlée."

Malgré l’inquiétude du Conseil de l’Ordre, Henri Joyeux peut donc toujours s’exprimer en qualité de médecin. Celui-ci, visiblement grisé par la décision de la chambre, a même estimé que la reconnaissance de sa liberté d’expression voulait tout simplement dire qu’il avait raison. "Mais la liberté, pour un médecin, ce n’est pas de dire n’importe quoi. Son discours a des conséquences sur la santé du plus grand nombre. C’est son devoir de rendre service à la collectivité !" constate tristement le Pr Gentilini.