Sida : avec le Covid-19, "on pourrait avoir pratiquement 150 000 morts de plus" dans le monde, alerte la présidente du Sidaction

"On estime qu'il y a eu 650 000 dépistages de moins à partir de mars 2020", alerte la présidente du Sidaction qui débute vendredi. Elle souligne toutefois un point positif : la piste de l'ARN messager va être creusée dans la recherche d'un vaccin contre le sida.

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Françoise Barré-Sinoussi, présidente du Sidaction, le 5 mars 2018. (VINCENT ISORE/IP3 / MAXPPP)

Avec la baisse du dépistage et de la prévention depuis un an, "on pourrait avoir 300 000 cas d'infection de plus liée au Covid-19 et pratiquement 150 000 morts de plus du sida" dans le monde, a alerté vendredi 26 mars sur franceinfo Françoise Barré-Sinoussi, présidente du Sidaction. L'édition 2021 de la collecte de dons en faveur de la lutte contre le VIH débute vendredi pour s'achever dimanche. En France, "on estime qu'il y a eu 650 000 dépistages de moins à partir de mars 2020", précise-t-elle. Mais le Covid-19 pourrait aussi permettre des avancées : un vaccin à ARN est désormais à l'étude, une solution "jamais envisagée pour le VIH", indique la virologue, lauréate du prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le virus du Sida.

franceinfo : Y a-t-il urgence aujourd'hui à relancer le combat contre le sida ?

Françoise Barré-Sinoussi : Tout à fait. Il y a urgence depuis maintenant plus d'un an. Évidemment, le sida n'est plus sur le devant de l'écran et on a des inquiétudes, avec des modèles de l'Onusida, par exemple, qui suggèrent que l'on pourrait avoir 300 000 cas d'infection de plus liée à la Covid-19 et pratiquement 150 000 morts de plus du sida liés au Covid, avec des difficultés pour les personnes d'accéder au dépistage, d'accéder aux traitements et d'accéder à la prévention. Il y a différentes raisons. L'une d'entre elles, c'est parce que certaines personnes ont peur d'aller dans les services de santé pour se faire dépister, peur d'attraper la Covid. Il y a aussi des difficultés dans certains pays d'approvisionnement des outils de dépistage, mais aussi des outils de prévention. On voit aussi une diminution de la prophylaxie pré-exposition. Tout cela crée effectivement des reculs en termes de dépistage, des reculs en termes de prévention et de soins.

Est-ce constat que vous faites également en France ?

Oui, il est fait également en France. Pour vous donner une idée, on estime qu'il y a eu 650 000 dépistages de moins à partir de mars 2020, en France, donc c'est un vrai souci. Et c'est vrai aussi pour la PrEP, la prophylaxie pré-exposition, il y a eu une diminution d'utilisation durant cette période.

Un jeune sur quatre pense que le sida peut s'attraper en s'embrassant. Peut-on dire que les connaissances du public sur le Sida sont également en recul ?

Depuis plusieurs années, on a clairement reculé sur la perception et les connaissances vis-à-vis de l'infection VIH. Malheureusement, plus de 30 % des jeunes s'estiment mal informés vis-à-vis de cette infection VIH et sur le sida. Dans les nouveaux cas d'infection en France, il y en a 13 % qui sont parmi les jeunes. Tout cela est quand même extrêmement préoccupant.

Avec le sida, on a compris au fil des années, qu'il valait mieux expliquer les risques plutôt qu'effrayer. Doit-on faire la même chose avec le Covid-19 ?

Complètement. Je pense que la peur n'a jamais changé le problème. Il faut passer des informations correctes. On l'a vu avec le Covid, il y a eu malheureusement des fausses informations qui sont passées. Le grand public ne sait plus où il en est. Ce sont des choses qu'on a vu aussi pour le VIH. C'est un énorme problème et je pense qu'il faut faire participer un petit peu plus les citoyens, le milieu associatif, pour passer les bons messages aux citoyens.

Il a fallu un an pour trouver plusieurs vaccins contre le Covid, alors que plus de 30 ans après la découverte du VIH, on n'en a pas encore. Est-ce juste une question de mobilisation internationale et d'argent ?

Non, pas seulement. Pour le VIH, il y a eu aussi beaucoup de mobilisation et beaucoup d'argent pour le développement d'un vaccin. pour l'instant, nous n'avons toujours pas. Mais là, nous sommes en face de deux virus complètement différents. Les difficultés que l'on rencontre pour développer un vaccin contre le VIH n'ont rien à voir avec le développement d'un vaccin contre le Sars-Cov2. La seule chose que l'on peut évoquer, c'est qu'un vaccin à ARN n'avait jamais été envisagé pour le VIH et que c'est parti maintenant avec le laboratoire Moderna. Je pense qu'ils ne vont pas être les seuls à vouloir développer des vaccins à ARN pour le VIH. Est-ce que ça va marcher ? Ce n'est pas sûr du tout. Le VIH est un virus quand même extrêmement différent.

Plus globalement, est-ce que les progrès de la science contre le Covid peuvent servir aussi contre le VIH ?

Tout à fait. Je dirais que c'est dans les deux sens. Ça peut servir pour le VIH, et le VIH peut servir aussi à la Covid. Par exemple, dans l'infection par le coronavirus il y a énormément d'inflammation. Or, c'est quelque chose que, nous, dans le VIH on voit aussi, puisque même chez les patients sous traitements antirétroviraux, il reste une inflammation résiduelle qu'on lie justement au fait que les patients ne peuvent pas arrêter leur traitement et que le virus reste présent dans le corps. Donc, avec ces inflammations que l'on voit dans l'infection VIH et qu'on voit dans la Covid, on apprend les uns des autres. C'est important de développer des recherches dans ce domaine, de se parler et de travailler tous ensemble comme on a su le faire dans le domaine du VIH.



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