Quatre opérations in utero pratiquées avec succès sur des fœtus

Pour la première fois en France, un fœtus a été opéré de la moelle épinière dans le ventre de sa mère. Si la chirurgie in utero reste méconnue, elle n'est pas nouvelle et a déjà prouvé son efficacité dans plusieurs domaines. 

Pour la première fois en France, un fœtus a été opéré de la moelle épinière dans le ventre de sa mère. Le bébé est né le 9 novembre 2014 et se porte bien.
Pour la première fois en France, un fœtus a été opéré de la moelle épinière dans le ventre de sa mère. Le bébé est né le 9 novembre 2014 et se porte bien. (B. BOISSONNET / AFP)

Le patient ne pesait que quelques centaines de grammes, mais l'opération, très délicate, a été un succès. Méconnue en France, la chirurgie fœtale, pratiquée alors que le bébé est encore dans le ventre de sa mère, a fait un bond supplémentaire, début novembre, avec l'opération de la moelle épinière d'un fœtus âgé de 5 mois. L'intervention a été effectuée dans l'hôpital parisien Armand-Trousseau. Déjà pratiquée dans certains pays, comme les Etats-Unis ou le Brésil, l'opération de cette malformation congénitale appelée spina-bifida est une première en France.

La chirurgie fœtale est actuellement limitée aux atteintes fœtales suffisamment graves pour faire l’objet d’une interruption médicalisée de grossesse (IMG). Francetv info a listé les quatre principaux cas de chirurgie pratiquées sur des fœtus in utero, et dont l'efficacité est reconnue. 

1 Reconstituer la moelle épinière

Dernier succès en date en France : la reconstitution de la moelle épinière en cas de spina-bifida. Ce défaut de fermeture de plusieurs vertèbres de la colonne vertébrale au bas du dos, qui laisse la moelle épinière et ses racines nerveuses sans protection, peut causer une paralysie et entraîner l'incontinence. Environ 800 grossesses sont concernées par la spina-bifida chaque année en France. La plupart des parents optent pour l'IMG, mais une quarantaine d'enfants naissent aussi chaque année avec cette malformation, qui concerne en moyenne une grossesse sur 1 000.

L'intervention récente, à l'hôpital Armand-Trousseau, a duré deux heures et s'est effectuée sous anesthésie générale. "Elle consiste à recouvrir la moelle épinière extériorisée en réparant, par une suture, l'enveloppe qui normalement la recouvre, puis à suturer ensuite la peau du bébé", explique le Pr Jean-Marie Jouannic, responsable de l'unité de médecine fœtale à Armand-Trousseau. Cependant, l'intervention fœtale expose à un risque d'accouchement prématuré et impose une naissance par césarienne.

2 Séparer des jumeaux en danger

La grossesse de jumeaux peut présenter des risques. Dans 15% des cas, les fœtus partagent un seul et même placenta, une anomalie qui conduit à la mortalité des deux bébés dans 90% des cas. A cause de ce syndrome dit "transfuseur-transfusé", les cordons ombilicaux "sont anormalement reliés entre eux par des vaisseaux sanguins appelés anastomoses. Un déséquilibre circulatoire s’opère entre les fœtus", selon Futura Sciences. Un des jumeaux reçoit trop de sang et l’autre, pas assez.

La technique de chirurgie in utero destinée à soigner ce syndrome se pratique sous anesthésie locale. Elle consiste à éliminer les vaisseaux sanguins à la source du problème et à rétablir une juste distribution. "Une technique associant fœtoscopie et traitement au laser permet aujourd’hui de séparer les circulations des jumeaux", note Planète Santé.chLa ville de Lyon (Rhône) dispose depuis début 2014 d'un service hospitalier permettant de pratiquer ce type d'intervention.

3 Débloquer les poumons

Parmi les malformations les plus graves, on trouve celles qui touchent les poumons. La hernie diaphragmatique congénitale en fait partie. "Un trou dans le muscle séparant l'abdomen du thorax entraîne une hernie des organes abdominaux et empêche les poumons de se développer et le nouveau-né de respirer, explique au Figaro.fr Yves Ville, chef du service de maternité et de médecine fœtale de l'hôpital Necker-Enfants malades, à Paris. La fœtoscopie permet d'intuber le fœtus in utero et d'obstruer sa trachée avec un ballon gonflé de 2 millilitres. La pression créée sur les poumons s'oppose à la hernie et leur permet de se développer." Le poumon est ainsi libéré. La chirurgie de la hernie, elle, est réalisée après la naissance.

Second cas de figure, une atrésie bronchique, c'est-à-dire une obstruction des poumons d'origine congénitale, qui touche un foetus sur 10 000. La première mondiale a eu lieu en Espagne, il y a deux ans. Les médecins ont procédé à une endoscopie pour accéder au point d'obstruction dans les bronches. Ils ont endormi le bébé avant de lui introduire un fœtoscope dans le larynx et jusqu'aux poumons, comme pour un adulte. Ils ont ensuite réussi à perforer les bronches au laser avant de les 'reconnecter' dans l'arbre bronchique, d'après l'AFP. Le poumon malade a ainsi pu se vider et se réduire jusqu'à reprendre une taille normale. 

Le bébé est né onze semaines plus tard. Il souffre simplement d'une insuffisance respiratoire légère.

4 Soigner une malformation cardiaque

Des équipes médicales tentent également de sauver des fœtus souffrant d'hypoplasie du ventricule gauche ou droit, selon Le Point.fr. "Il s'agit d'une malformation de l'aorte ou de l'artère pulmonaire qui peut entraîner une atrophie, une diminution du volume du ventricule, écrit le magazine. L'intervention consiste à déboucher la valve à l'aide d'une sonde miniature, vers la 20e semaine de grossesse."

Selon la Fetal Medicine Foundation Belgium"ce genre d’intervention se pratique à travers une aiguille écho-guidée introduite dans le cœur du bébé". Là encore, la première mondiale est très récente : elle a eu lieu en 2012 aux Etats-Unis, et commence juste à être pratiquée en France.