La prostitution s'expose au musée d'Orsay

La prostitution, le plus vieux métier du monde, est mise en lumière dans une exposition intitulée "Splendeurs et Misères", au musée d'Orsay. Cette exposition retrace l'histoire de la prostitution de 1850 à 1910 à travers notamment des oeuvres d'artistes comme celles de Van Gogh ou de Toulouse-Lautrec.

On les appelle les "petites femmes", les "courtisanes" ou encore les "pierreuses"… Toutes sont des prostituées qui participent à la célébrité de Paris et qui inspirent les pinceaux et les plumes de la fin du XIXe siècle. Ces femmes font aussi l'éducation sexuelle des hommes de l'époque parce qu'elles incarnent une sexualité associée au plaisir.

Qu'elles soient dans les bordels ou dans les hôtels particuliers, les prostituées intriguent et questionnent même le corps médical. En 1827, une grande enquête est menée par un médecin, le Dr Alexandre Parent-Duchâtelet. "Il prouve que le clitoris des prostituées n'est pas plus gros que la moyenne, ce qui lui permet de prouver que "les prostituées ne deviennent pas prostituées" à cause d'une excitation sexuelle et d'un désir libidinal beaucoup plus fort que les femmes mais qu'il faut trouver des raisons ailleurs", raconte Lola Gonzalez-Quijano, historienne.

Au fil du XIXe siècle, la prostitution envahit l'espace public avec une crainte : celle de voir la syphilis se propager. Une prostituée sur trois est touchée par ce mal. En 1804, le consulat légalise les maisons de tolérance dans le but de créer une surveillance policière et médicale. Mais c'est sans compter sur la prostitution clandestine. Lorsqu'une prostituée racole dans un milieu défendu, elle risque quinze jours à un mois de prison, et c'est à Saint-Lazare qu'elle atterrit.

Avant l'arrivée des antibiotiques, les prostituées tentent tant bien que mal de se protéger contre les maladies sexuellement transmissibles : des bains méticuleux, des douches périnéales, des passages obligatoires devant les tenancières, et les premiers préservatifs. Maquillage, baudruche… tout est bon pour dissimuler les maladies de la prostitution comme l'explique Lola Gonzalez-Quijano : "les femmes ont tendance à essayer de cacher les maladies vénériennes lors des visites. Et elles ne sont pas les seules, les tenancières de maison font tout pour que leurs pensionnaires les cachent parce qu'une femme emprisonnée est une femme qui ne travaille pas et qui est donc moins rentable".

Si les femmes des maisons closes ne cachent pas leur activité, dans la rue, les dites prostituées insoumises s'affichent avec des codes de séduction bien à elles. Un monde de femmes devenues des figures incontournables de la littérature, des arts, de la photo et de la vidéo. À travers ces "verseuses", ces "filles en carte", ces "demi-mondaines", c'est l'intérêt des corps et du sexe féminin qui est mis en scène.
 

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