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Martin Hirsch, l'homme qui fait des vagues à l'hôpital

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France Télévisions
Qui est Martin Hirsch ? Portrait de cet homme davantage habitué à recueillir les louanges et le consensus que l'hostilité...

La réforme de l'organisation du temps de travail lancée dans les hôpitaux parisiens par le patron de l'AP-HP, Martin Hirsch, provoque jour après jour des remous. Depuis la mi-mai, les syndicats sont vent debout contre la remise en question des 35 heures. Il s'agit du premier grand conflit social auquel se trouve confronté Martin Hirsch depuis sa nomination à la tête des hôpitaux d'Ile-de-France. 

Il y a plus d'une semaine, Martin Hirsch était l'invité du matin sur France Inter. L'émission se déroulait en direct du hall de l'hôpital européen Georges-Pompidou, le patron de l'Assistance Publique y expliquait la nécessité de réformes lorsqu'il a été vivement chahuté par certains personnels, notamment les militants syndicaux.

Cette scène qui a mis Martin Hirsch en mauvaise posture, montre toutefois un homme très calme, serein, qui ne hausse pas le ton, qui inclut tous les personnels dans ses propos, qui démontre une grande ouverture face à des syndicalistes hystériques avec lesquels on comprend qu'il faut beaucoup de mérite pour oser s'y attaquer.

En fait cette scène dit beaucoup de choses sur la personnalité de Martin Hirsch, dont le nom est certes connu du grand public pour avoir été à la tête d'Emmaüs, pour avoir été celui qui a lancé le RSA (successeur du RMI), mais qui demeure un homme que le grand public connaît mal, un homme dont on ne sait pas qui il est vraiment, et dont on peine à reconnaître le visage alors même qu'il occupe les médias depuis des années.

Homme politique ou haut fonctionnaire ?

Il est difficile de dire si Martin Hirsch est un homme politique ou un haut fonctionnaire. La plus belle illustration de cette ambiguïté, c'est l'intitulé même du poste qu'il avait dans le gouvernement Sarkozy : haut-commissaire. D'abord haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté puis haut-commissaire à la jeunesse.

Dans notre république, qu'est-ce qu'un haut-commissaire ? En fait, c'est un fonctionnaire qui siège au conseil des ministres. C'est à la fois un fonctionnaire et à la fois un politique, qui a rang de ministre mais sans administration, avec une seule mission bien précise. C'est en fait un poste (et un homme derrière le poste) qui a pour ambition de se mêler du politique, au sens noble, sans pour autant tomber dans la politique, au sens sale. Bref, cela semble avoir été inventé pour Martin Hirsch car c'est l'air ou l'art de ne pas y toucher, tout en se mettant les mains dans le cambouis.

Aujourd'hui, à la tête de l'AP-HP, bien malin celui qui pourrait dire si Martin Hirsch tient un rôle de haut fonctionnaire de la santé ou bien de quasi sous-ministre des hôpitaux parisiens. Il est à lui tout seul un être hybride dans le paysage institutionnel.

Une image ambiguë

Martin Hirsch a toujours cultivé cette image ambiguë. Il a tout d'un homme de gauche mais il plaît à la droite (il s'est engagé au PS dès l'âge de 17 ans mais a été "haut-commissaire" dans le gouvernement Sarkozy), il est à la fois normalien et énarque, il a un profil de crâne d'oeuf du Conseil d'Etat mais il s'engage résolument du côté des pauvres chez Emmaüs.

Et surtout Martin Hirsch est un communicant hors pair, une sorte de génie de la comm' tout en cultivant une forme d'humilité assez rare avec un physique discret voire passe-partout (ce n'est pas un bateleur d'estrade). Il est une sorte de synthèse. Martin Hirsch est dans notre paysage médiatico-politique un OVNI.

Le parcours de Martin Hirsch

Il a récemment donné une petite interview au magazine L'étudiant dans laquelle il raconte ses vingt ans et le titre est le suivant : "À 20 ans, j'étais à la fois à Normale Sup, en troisième année de médecine et en licence et maîtrise de biochimie". Martin Hirsch est un surdoué qui réussit dans tout, poussé à l'excellence et à la réussite par son père, polytechnicien et haut fonctionnaire, et sa mère est prof et bibliothécaire. Après normale sup, il entre à l'ENA, le parcours d'excellence dans notre pays.

Dans cette interview, Martin Hirsch raconte aussi qu'il a vécu sa première expérience d'engagement bénévole, parce qu'il était amoureux d'une jeune fille hyper-catho, hyper-engagée, qui s'occupait de jeunes adultes trisomiques pendant les vacances. L'amour amène à tout y compris à l'engagement humanitaire. Martin Hirsch est un républicain laïque engagé chez Emmaüs, et il est à la fois de culture juive (par son père) et baptisé protestant (par sa mère) .

Sa carrière est déjà longue, à noter qu'il a assez jeune rencontré Bernard Kouchner et est devenu son directeur de cabinet ce qui va lui faire connaître la politique, et côtoyer un as dans l'art de parler devant les médias.

Sa nomination à la direction de l'AP-HP

Depuis 2013, Martin Hirsch est directeur général de l'AP-HP. 38 hôpitaux, 75.000 employés (hors médecins). L'AP-HP est un mastodonte, voire un état dans l'État. L'ancien haut-commissaire Hirsch a entrepris non pas de dégraisser le mastodonte, mais de le réformer, ce qui est encore plus aventureux (ou suicidaire, c'est selon).

Le constat est simple : gauche et droite dans ce pays font le constat commun qu'il faut absolument réformer les hôpitaux publics (qui ont été dans le passé un modèle formidable mais qui sont devenus ruineux pour le système de santé). En revanche, ni la gauche ni la droite n'osent y toucher… Et c'est donc Martin Hirsch qui tente de s'y coller.

Il s'attaque à une sorte de totem : le temps de travail, les 35 heures, d'où les manifestations, les grèves, et toute la question est de savoir si Martin Hirsch va réussir quelque chose ou se casser les dents et devoir renoncer à changer quoi que ce soit. Ce grand commis de l'État a un certain sens tactique, il va certainement devoir lâcher du lest et donner des contreparties aux syndicats pour ne pas mettre les hôpitaux sans dessus dessous, nous verrons à la fin "du match".

Martin Hirsch est descendu dans l'arène avec une émission en direct au milieu du hall de l'hôpital face aux syndicats, difficile de savoir si c'était une faute médiatique ou au contraire, le moyen d'attirer la sympathie de l'opinion dans ses tentatives courageuses de réformer le système hospitalier.

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