Résistance aux antibiotiques : des améliorations dans les élevages

Des prélèvements réalisés dans les élevages français montrent un recul des niveaux de résistance des bactéries d'origine animale en 2014, selon une étude présentée ce 2 novembre par l'Agence française de sécurité alimentaire et sanitaire (Anses). L'utilisation plus raisonnée des antibiotiques sur les animaux d'élevage pourrait avoir des conséquences positives sur la santé humaine.

L'antibiorésistance désigne le développement de populations de bactéries insensibles aux antibiotiques. Ce phénomène est essentiellement dû à l’élimination des bactéries sensibles par l’utilisation préventive de ces médicaments, laissant le champ libre à des souches initialement peu représentées. Mais s'ils sont portés par des structures cellulaires annexes (plasmides), les gènes résistants (apparus par mutation aléatoire) peuvent sporadiquement se transmettre entre bactéries d'espèces différentes.

L'Anses a présenté ce 2 novembre le dernier rapport du Résapath (le réseau de surveillance épidémiologique de l'antibiorésistance des bactéries pathogènes animales de l'Anses). Ce rapport s’appuie sur 36.989 antibiogrammes (identification de bactéries mises en culture d’après échantillons, avec test de leur sensibilité aux diffférents antibiotiques), réalisés en 2014, à partir de prélèvements sur des volailles, des porcs, des chevaux, des bovins et des animaux de compagnie.

En 2014, les antibiotiques de la famille des céphalosporines de troisième et quatrième générations sont en baisse de 12% et les fluoroquinolones de 3,5%. Pour Gilles Salvat, directeur de la santé animale à l'Anses interrogé par l’AFP, "il y a une corrélation entre la baisse des usages et le recul de la résistance".

Le rapport précise ainsi que, les taux les plus élevés de résistance aux céphalosporines se situent entre 5% et 10% chez les 
veaux, les chevaux, les chiens et les chats, et que ce taux est égal ou inférieur à 5% chez les poules/poulets, porcs et dindes). En 2010, ce taux atteignait les 22,5% en 2010.

Concernant le taux de résistance aux fluroquinolones, il restait l’an passé est supérieur à 20% chez les bovins, supérieur à 15% chez le chien et supérieur à 10% chez le porc. Il n'était que de 5% chez les volailles et les équidés. 


"Le message que ce ne sont pas des antibiotiques ordinaires et qu'on ne peut pas les prescrire en première intention est bien passé et depuis six ans, on voit une baisse régulière des résistances", souligne M. Salvat.

Quelles conséquences chez l'homme ?

Le risque de développement d’épidémies non traitables dans les élevages n’est pas le seul risque pour l’homme.

La possibilité de la transmission des résistances entre les bactéries susceptibles d’infecter des espèces différence est aujourd’hui avérée. Mais ces observations restent encore très limitées, et les risques réels sont encore mal évalués.

Les principales inquiétudes concernent la transmission des gènes de résistances portés par les plasmides. Généralement, les bactéries qui se développent chez l’animal se transmettent difficilement à l’homme. Toutefois des "clones" du SARM (Staphylococcus Aureus Résistant à la Méthicilline) humain peuvent se retrouver chez l’animal de compagnie.

Le gouvernement a lancé un plan EcoAntibio 2012-2017, qui prévoit de réduire de 25% en cinq ans l'usage vétérinaire d'antibiotiques. Pour Gilles Salvat, "il est vraisemblable qu'on atteindra cet objectif de réduction".

Selon un rapport ministériel publié le 23 septembre 2015, près de 160.000 patients développent chaque année en France des infections dues à des bactéries multi-résistantes aux antibiotiques et près de 13.000 en meurent.