Les médecins recevant des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques font des "prescriptions plus chères et de moindre qualité", d'après une étude

Les cadeaux peuvent aller du déjeuner offert à l'invitation à un congrès scientifique.

Des plaquettes de médicaments.
Des plaquettes de médicaments. (MARK FAIRHURST / MAXPPP)

Les médecins généralistes français qui reçoivent des cadeaux des laboratoires pharmaceutiques ont tendance à faire "des prescriptions plus chères et de moindre qualité", révèle une étude de chercheurs basés à Rennes, qui paraît mercredi 6 novembre dans la revue scientifique The British Medical JournalLes cadeaux peuvent aller du simple déjeuner offert pour présenter une molécule à l’invitation à un congrès scientifique.

Les chercheurs ont croisé deux bases de données : celle de Transparence - Santé, la base de données publique qui recense tous les cadeaux offerts par l’industrie pharmaceutique aux médecins, et la base de la Sécurité sociale, qui liste de façon anonyme toutes leurs prescriptions.

Sur 41 000 médecins généralistes étudiés, 90% d'entre eux ont reçu au moins un cadeau des firmes pharmaceutiques entre 2013 et 2016Pierre Frouard, médecin généralisteà franceinfo

Pierre Frouard est médecin généraliste, et rédacteur à la revue Prescrire. Il est l'un des auteurs de l’étude, et il l'a coordonnée. "Le groupe de médecin qui n'a jamais reçu de cadeau prescrit en moyenne moins cher que les médecins qui ont reçu des cadeaux, détaille-t-il. Si on compare les médecins qui n'ont jamais reçu de cadeau aux médecins qui ont perçu un montant cumulé de plus de 1 000 euros pour l'année 2016, on a en moyenne une différence de coût d'environ 5 euros par ordonnance."

Pas de lien direct de "cause à effet"

Les médecins généralistes qui n’ont absolument aucun lien avec les laboratoires pharmaceutiques sont en effet ceux qui rédigent les ordonnances les moins coûteuses, et prescrivent plus de médicaments génériques, révèle l'étude. Ils prescrivent également moins de médicaments déconseillés par l’Assurance maladie, comme les somnifères ou les calmants.

Le médecin Pierre Frouard souligne que cette étude "ne peut pas démontrer de lien de cause à effet directement". D’autres éléments extérieurs pourraient entrer en jeu. En prescrivant certains médicaments plus que d’autres, les médecins généralistes réaliseraient, sans forcément le vouloir, un acte de gratitude envers les laboratoires, une sorte de réciprocité inconsciente.