L'excès d’ibuprofène perturbe-t-il le fonctionnement des testicules ?

Des prises régulières et soutenues d'ibuprofène modifieraient la physiologie des testicules, selon des recherches publiées ce 8 janvier.

L\'excès d’ibuprofène perturbe-t-il le fonctionnement des testicules ?
L'excès d’ibuprofène perturbe-t-il le fonctionnement des testicules ?

Récemment, des recherches sur les femmes enceintes avaient confirmé l’existence d’un effet potentiel de l’ibuprofène sur le développement des testicules du fœtus. Les auteurs de ces travaux se sont intéressé à l’effet de très hautes doses de cette même molécule chez le jeune adulte.

Leur intérêt s’est focalisé sur les sportifs, qui usent et abusent parfois de cette substance en vente libre afin de profiter de son effet anti-douleur. Selon leurs expériences, aux doses étudiées, l’ibuprofène n’est pas sans effet sur l’activité des testicules et du système hormonal.

Sur les 31 participants de l’étude, âgés de 18 à 35 ans, 14 ont pris 1200 mg d’ibuprofène par jour durant six semaines, les autres recevant un placebo. Dans les deux groupes, les taux de testostérone mesurés étaient équivalents, celles de l’hormone lutéinisante (sécrétée par une glande nommée hypophyse, sous le cerveau) étaient beaucoup plus élevée dans le premier. Cette anomalie est évocatrice d’un dysfonctionnement identifié chez l’homme âgé sous le nom "d’hypogonadisme compensé", dans lequel l’hormone lutéinisante est sécrétée pour endiguer des dysfonctionnements des testicules.

Des effets identifiés à doses très élevées

Des expériences in vitro réalisées par la même équipe de chercheurs sur des cultures de cellules de testicules suggèrent que l’ibuprofène peut effectivement interagir avec cet organe. L’hypogonadisme compensé pourrait donc bel et bien résulter de l’effet de la prise du traitement.

"Le but n'est pas d'alarmer la population. Il est de dire que des hommes jeunes, qui prennent beaucoup d'ibuprofène sur de longues périodes, méritent de savoir que cela provoque des déséquilibres hormonaux", a expliqué à l'AFP Bernard Jégou. "Les bénéfices, par exemple pour un marathonien qui va en prendre avant et après l'épreuve, ne sont pas prouvés sur la performance ni sur la résistance à la douleur. En revanche, les risques pour sa santé sont avérés", a-t-il ajouté.

Si ces résultats venaient à être confirmés par des recherches ultérieures, ils laisseraient de nombreuses questions importantes en suspens. L'effet persiste-t-il si la prise d'ibuprofène s'arrête ? Chez un sujet sain et jeune, l'ibuprofène perturbe-t-il sur le long terme la production de spermatozoïdes ?

Pour l’heure, rien ne permet de l’affirmer, comme le souligne le professeur d'andrologie Allan Pacey sur la plateforme de ressources scientifiques britannique Science Media Centre. Selon lui, si l'étude a des mérites, le lien avec une potentielle baisse de la fertilité restait "actuellement de l'ordre de la spéculation". "J'exhorterais les hommes qui ont besoin de prendre de l'ibuprofène à continuer", a-t-il dit. M. Jégou reconnaît ces limitations. Selon lui, "il y a besoin de pousser les études pour savoir si ces effets commencent à des doses moins élevées, ce qui serait ennuyeux, et quelle incidence ils auraient sur la fertilité".

avec AFP

Étude : David Møbjerg Kristensen et al. Ibuprofen alters human testicular physiology to produce a state of compensated hypogonadism, PNAS 2018. doi:10.1073/pnas.1715035115