Antidouleurs sans ordonnance : "Quand on a consommé trop d'alcool, le paracétamol devient toxique pour le foie"

Le président honoraire de l'Académie nationale de pharmacie, François Chast, a expliqué, jeudi sur franceinfo, qu'avec l'aspirine, l'ibuprofène et le paracétamol, "il y a certaines circonstances de la vie où certains de ces médicaments sont plus à risque que d'autres".

Des boîtes de paracétamol.
Des boîtes de paracétamol. (MAXPPP)

Le paracétamol, l'ibuprofène et l'aspirine ne doivent pas être pris pendant plus de trois à cinq jours, selon le numéro de mai du mensuel 60 Millions de consommateurs qui paraît jeudi 26 avril. Le pharmacien des hôpitaux de Paris et président honoraire de l'Académie nationale de pharmacie, François Chast, ajoute sur franceinfo que, contrairement à une croyance répandue, "l'alcool n'est pas le bon ami de ceux qui consomment du paracétamol".

franceinfo : Va-t-on se mettre à avoir peur de ces médicaments ?

François Chast : Il ne faut pas avoir peur de ces médicaments, il faut simplement les prendre de manière raisonnée. Il y a, comme pour tous les médicaments, avec ces trois produits que sont le paracétamol, l'ibuprofène et l'aspirine, des situations à risques. C'est vrai pour tous les médicaments et surtout pour les personnes à risque : les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes. En plus, il y a certaines circonstances de la vie où certains de ces médicaments sont plus à risque que d'autres. C'est par exemple le cas chez les patients qui présentent une insuffisance rénale. Là, l'ibuprofène et l'aspirine sont proscrits. Dans le cadre de certaines co-prescriptions, c'est-à-dire si les patients reçoivent d'autres médicaments, il peut y avoir des interactions médicamenteuses avec l'ibuprofène et l'aspirine, là encore. Et puis il y a une situation avec le paracétamol qu'il faut souligner : c'est le problème de l'absorption simultanée d'alcool.

On apprend avec cette étude qu'il ne faut pas prendre de paracétamol quand on va boire ou qu'on a bu. On ne peut pas soigner sa gueule de bois avec ce médicament ?

Le problème de l'alcool, c'est que celui qui est métabolisé ou détoxifié par le foie, consomme l'usine à détoxification du paracétamol. Les deux produits sont détoxifiés par les mêmes enzymes hépatiques, les mêmes types de mécanismes cellulaires. Et donc, à un moment, quand on a consommé trop d'alcool, on a épuisé ses chances de détoxification du paracétamol et il devient toxique pour le foie, au point qu'on peut avoir de véritables lyses hépatiques [des destructions]. Dans certains cas dramatiques, on a même l'obligation de rechercher une transplantation hépatique chez des jeunes qui ont fait les idiots. Comme toujours dans le domaine de la santé, la prévention est le meilleur médicament. On évite donc la consommation excessive d'alcool et, en tout cas, que ce soit de manière aigüe ou chronique.

Quand faut-il prendre de l'ibuprofène ?

L'ibuprofène est intéressant dans les douleurs rhumatismales, parce qu'il a une activité anti-inflammatoire et que cette composante n'existe pas avec le paracétamol. Et donc, dès qu'il y a une inflammation, l'ibuprofène est sans danger, mais il ne faut pas dépasser les 800 milligrammes par jour et à condition de ne pas dépasser cinq jours de traitement. Si une douleur persiste plus de cinq jours, la consultation médicale s'impose.

Et l'aspirine ?

L'aspirine, c'est un formidable médicament. Il a permis de traiter des maladies rhumatismales, la fièvre, la douleur. Aujourd'hui, sa seule indication raisonnable est la prévention de l'agrégation plaquettaire chez les personnes qui ont des troubles cardio-vasculaires et donc c'est le cardiologue qui prescrit aujourd'hui l'aspirine. On a un petit espoir, c'est que l'aspirine pourrait être un médicament de prévention du cancer colorectal, des études sont en cours et c'est peut-être un avenir pour l'aspirine.

Faut-il vraiment s'auto-médicamenter ?

Je suis un défenseur de l'automédication, ce que j'appelle une automédication responsable et citoyenne. Il est hors de question dès qu'on a mal à la tête, ou mal au dos ou ceci ou cela, d'aller voir le médecin ou d'aller aux urgences de l'hôpital. Mais, il faut que les patients se rendent compte que le médicament c'est exactement comme la voiture. Il y a un code de la route pour la voiture, il doit y avoir une pédagogie pour les médicaments. Les professionnels de santé, pharmaciens, médecins, sont là pour informer les patients et les guider dans leurs choix et leurs conduites thérapeutiques.