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Épidémie d'Ebola en RDC : "La situation nous paraît très inquiétante [...] la maladie fait peur", alerte MSF

L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui sévit en RDC a franchi les lignes rebelles, un scénario que tous "redoutaient", a annoncé vendredi l'OMS. L'Organisation mondiale de la santé craint une propagation rapide du virus qui se transmet par simple contact humain.

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Radio France
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Des équipes de santé évacue un malade d'Ebola dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo. (JOHN WESSELS / AFP)

"La situation nous paraît très inquiétante", a déclaré vendredi 24 août sur franceinfo Gwenola Seroux, responsable des équipes des Urgences de Paris pour Médecins sans frontières (MSF). Elle revient du Nord-Kivu, une province située à l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans cette province ont été recensés un cas confirmé d'Ebola et un cas présumé. L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui sévit en RDC a franchi les lignes rebelles, un scénario que tous "redoutaient", a annoncé vendredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui craint une propagation rapide du virus qui se transmet par simple contact humain et qui - sans médicament - tue plus d'un malade sur deux. La province concernée est tenue par les rebelles et est donc très instable.

"Actuellement, nous avons 26 patients hospitalisés dans le centre que nous avons mis en place, alors que l'épidémie a déjà touchée 103 personnes dont 63 décès", précise Gwenola Seroux qui ajoute : "Les gens ont peur de se rendre dans les centres de santé, la maladie fait peur. Un des défis est donc d'informer la population qu'il y a des centres pour les prendre en charge et que les cas ne restent pas à la maison."


franceinfo : La situation vous semble-t-elle hors de contrôle après ce que vous avez vu sur place ?

Gwenola Seroux : La situation nous paraît surtout très inquiétante. C'est effectivement une zone très instable depuis de nombreuses années où il y a le défi pour les équipes médicales du ministère de la Santé de permettre aux populations de consulter et bénéficier de soins. Dans ce contexte, avoir une épidémie Ebola - qui est la première dans une zone instable, de conflits - c'est vraiment un challenge pour toutes les équipes sur le terrain.

Est-ce que vous parvenez tout de même à travailler ? A vacciner ? A soigner ?

Notre première priorité est de prendre en charge les patients, donc depuis le 30 juillet, nos équipes travaillent avec le ministère de la Santé pour monter un centre de traitement Ebola que nous avons mis en place le 14 août. Depuis que l'épidémie a été déclarée le 1er août, nous avons déjà des chiffres assez inquiétants. Actuellement, nous avons 26 patients hospitalisés dans le centre que nous avons mis en place, alors que l'épidémie a déjà touchée 103 personnes dont 63 décès. C'est donc vraiment un challenge de pouvoir prendre en charge les patients et surtout de pouvoir permettre au centre de santé de fonctionner pour que les patients qui n'ont pas Ebola puissent continuer d'accéder aux soins. Les gens ont peur de se rendre dans les centres de santé, la maladie fait peur. Un des défis est donc d'informer la population qu'il y a des centres de santé pour les prendre en charge et que les cas ne restent pas à la maison. Il faut également protéger les équipes médicales, le personnel soignant congolais - il ne faut pas oublier que dans cette épidémie, 14 de nos collègues sont malades - avec des équipements et des formations, pour qu'ils puissent prendre en charge dans les centres de santé.

En attendant, il y a des malades qui transmettent la maladie ?

Effectivement, parce que les personnes infectées par Ebola sont prises en charge par leur famille et là on est dans les conditions maximales pour que les proches soient contaminés. C'est la première fois qu'une épidémie d'Ebola est déclarée dans cette région de la République démocratique du Congo, jusqu'à présent c'était plutôt au Centre ou à l'Ouest. C'est la dixième épidémie Ebola dans ce pays mais cette population n'était pas habituée donc tous les messages à faire passer sont en train de se mettre en place.

Pourquoi l'OMS dit que le scénario qui se produit en ce moment est celui que tout le monde redoutait ?

Parce qu'actuellement l'épidémie touche déjà deux provinces : la province du Nord-Kivu et celle du l'Iturie depuis le 13 août. Nous sommes à l'est du Congo et donc proche de l'Ouganda. De plus, c'est une zone de conflit donc il y a une très grande instabilité où la population subie ces groupes armés et a une capacité à bouger très rapidement, à sortir de leur village pour aller se réfugier dans des régions plus sûres jusqu'à passer la frontière.

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