Ebola : vols de reins et oignons miracles, les rumeurs les plus folles sur le virus

L'absence de traitement efficace et le caractère hautement contagieux de cette fièvre hémorragique, qui a tué plus de 2800 personnes en Afrique de l'Ouest, alimentent les spéculations. Tour d'horizon. 

Un garçon lit des messages de prévention sur Ebola, le 17 août 2014 à Monrovia (Liberia). 
Un garçon lit des messages de prévention sur Ebola, le 17 août 2014 à Monrovia (Liberia).  (REUTERS )

Comme pour les virus, difficile d'enrayer la propagation des rumeurs. Alors qu'Ebola a déjà tué plus de 2 800 personnes au Liberia, en Guinée, en Sierra Leone et au Nigeria, les spéculations les plus folles circulent à son sujet. Dernière croyance en date : le chlorure de magnésium soignerait Ebola, un médecin en aurait constaté les effets et cette méthode simple serait volontairement passée sous silence.

Cette théorie du complot, reprise sur les réseaux sociaux, sur des sites spécialisés dans les remèdes naturels ou des portails d'informations camerounais, est démontée, point par point, dans un article posté, mardi 23 septembre, sur le site de l'émission "Allo Docteurs" de France 5. Le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris), évoque une "vaste fumisterie"

Parmi les remèdes miracles, la noix de cola et l'eau salée

Cette fausse information, aussi abracadabrantesque que dangereuse (puisqu'elle est largement diffusée), n'est qu'un exemple parmi d'autres des rumeurs colportées à propos d'Ebola depuis le début de l'épidémie. En l'absence de traitement efficace, les croyances les plus fantaisistes circulent.

Au Bénin, le prix de l'oignon a soudainement grimpé à cause d'une rumeur affirmant que le bulbe protégeait du virus, rapporte Abidjan.netLa noix de cola et l'huile de coco sont, elles aussi, souvent citées comme des aliments permettant d'éviter toute contamination, détaille Metronews. Sans que rien de tout cela ne soit prouvé. 

Pendant l'été, un texto a électrisé les populations du Tchad et du Nigeria, racontent Les Observateurs de France 24"Faites chauffer de l'eau et ajoutez du sel. Buvez un demi-verre chacun. Ne sortez pas de la maison sans vous laver avec cette eau salée", disait le message reçu par de nombreuses personnes. Des dizaines d'entre elles se sont immédiatement ruées dans les supermarchés de N'Djamena (Tchad) pour faire des stocks. D'autres ont ingurgité de grandes quantités d'eau salée, pensant se protéger du virus Ebola. Deux Nigérians en sont morts.

L'ampleur de ces rumeurs a obligé l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à réagir dans un communiqué (en anglais) publié en août. "Les décennies de recherche ont pour le moment échoué à trouver un agent curatif ou préventif dont l'efficacité et la sécurité ont été prouvées, même si un certain nombre de produits prometteurs sont actuellement en cours de développement. Les rumeurs sur d'éventuels produits ou méthodes efficaces pour contrer Ebola sont fausses", a rappelé l'organisation.

"Ebola, une invention des Blancs pour tuer les Noirs"

Mais comment faire lorsque la population elle-même doute de l'existence même de l'épidémie ? Sur le terrain, malgré les démentis officiels et les informations diffusées à la radio, comme le montre ce reportage de l'AFP, les doutes persistent. "Ebola n'existe pas"ont clamé les assaillants d'un centre d'isolement de Monrovia, au LiberiaEt la confiance envers les médecins et les infirmiers est parfois très ténue. 

"Il y a toutes sortes de théories, toutes sortes de rumeurs qui circulent, comme quoi nous volons des reins, nous prenons le sang des gens, nous les aspergeons avec un produit qui les tue", déplore le directeur d'un hôpital de Voinjama, une des villes les plus touchées du Liberia, cité par France 24"Beaucoup de gens croient qu’il s’agit de sorcellerie", renchérit une Britannique vivant en Sierra Leone, interrogée par Libération

La défiance tourne parfois à l'agressivité et les conséquences sont dramatiques. Le 19 septembre, en Guinée forestière (région du sud de la Guinée), les membres d'une mission de sensibilisation sur l'épidémie ont été "accueillis à coups de pierres et de bâtons" par les habitants du village de Womey. Huit d'entre eux ont été retrouvés morts, lynchés par les villageois qui les soupçonnaient d'être venus les tuer "parce que, selon eux, Ebola n'est qu'une invention des Blancs pour tuer les Noirs".

En Chine, la rumeur des morts-vivants

Selon une médecin de MSF, interrogée par francetv info, les messages des autorités sanitaires commencent à passer auprès des populations, comme en Sierra Leone par exemple. Mais du travail reste à faire pour sensibiliser les habitants à ce virus hautement contagieux qui nourrit tous les fantasmes

Les craintes dépassent même les frontières des seuls pays concernés. En Chine, beaucoup ont cru dur comme fer à une rumeur transformant les victimes d'Ebola en zombies. Les sites parodiques devraient semer encore un peu plus la confusion dans l'esprit (déjà) fertile des lecteurs. Sachez donc que non, l'iPhone 6 n'est pas contaminé par le virus Ebola. Ce canular du site satirique Daily Buzz Live (en anglais) en a pourtant convaincu certains sur les réseaux sociaux.