Diaboulimie : un trouble alimentaire à hauts risques chez les diabétiques

La diaboulimie concerne les diabétiques de type 1 qui se privent d’insuline pour perdre du poids. Un trouble alimentaire répandu et extrêmement dangereux pour la santé de ces patients.

Diaboulimie : un trouble alimentaire à hauts risques chez les diabétiques
Diaboulimie : un trouble alimentaire à hauts risques chez les diabétiques (Crédits Photos : ©Pixabay / peter-facebook)

"Le trouble alimentaire le plus dangereux du monde." C’est ainsi que la journaliste Ingrid Torjesen qualifie la diaboulimie dans une tribune qu’elle publie le 1er mars 2019 dans le British Medical Journal. Ce trouble du comportement alimentaire touche les personnes diabétiques de type 1 qui limitent volontairement leur apport en insuline de façon à perdre du poids.

Un risque de cécité et d’amputation

L'origine de ce comportement est souvent liée aux circonstances du diagnostic du diabète lui-même, qui a souvent lieu après une importante perte de poids. La mise en place du traitement par insuline induit alors une reprise de poids immédiate. Pourquoi ? Parce que l’insuline est une hormone qui régule le taux de sucre dans le sang (la glycémie) en autorisant le sucre à rentrer dans les cellules du corps. Elle permet donc aux cellules qui en ont besoin de recevoir de l'énergie sous forme de glucose. Mais une fois ces cellules satisfaites, le sucre en excès sera, sous ordre de l'insuline, stocké sous forme de graisse. A l’inverse, très schématiquement, si l’insuline est en défaut, cette "mise en réserve" sera réduite let le corps perdra alors de la masse graisseuse et par conséquent du poids. Les patients inquiets de leur ligne voient donc dans l’insuline un moyen facile de réguler leur poids.
Problème : sans insuline, le sucre reste en excès dans le sang et abîme les petis vaisseaux comme ceux des yeux, des reins et des extrêmités du corps, dont les pieds. Ces zones du corps sont donc moins irriguées et les conséquences peuvent alors être dramatiques. Les plus sévères consistent en une cécité liée à une rétinopathie diabétique , une insuffisance rénale, et des amputations, notamment au niveau des pieds. Ainsi, à la perte de poids excessive dangereuse pour la santé propre aux troubles alimentaires, s’ajoute un risque élevé de complications irréversibles propres au diabète.

Diabète de type 1, nutrition et image corporelle

Comment expliquer la survenue d’un tel comportement à risque ? La principale cause de diaboulimie viendrait des effets pervers des restrictions imposées par le diabète. Ingrid Torjesen rapporte en effet les propos de Dasha Nicholls, présidente de l’université des troubles alimentaires au Royal College of Psychiatrists (Royaume-Uni) : "Comme le diabète vous oblige à vous focaliser sur ce que vous mangez, il n’est pas rare que cela s’enchevêtre avec des sentiments liés à la nourriture, au poids et à l’image corporelle. Cela peut très vite devenir dangereux."
Un risque majeur lorsque le diagnostic du diabète de type 1 survient à l’adolescence ou à la préadolescence, période marquée par des transformations physiques et des questionnements psychologiques. Ainsi, le plus souvent, la diaboulimie concerne des jeunes patients âgés de 15 à 30 ans, principalement des femmes, et en proportion importante : "Pour le diabète de type 1, les données les plus fiables dont nous disposons actuellement concernent les jeunes femmes. Elles suggèrent qu’environ 10% d’entre elles présentent un trouble alimentaire, contre environ 4% dans la population générale, soit plus du double" selon Tony Winston, médecin spécialiste des troubles alimentaires qui a monté le premier service spécialisé au Royaume-Uni pour les patients diabétiques, interrogé par Ingrid Torjesen.

Pour prévenir la diaboulimie, deux études pilotes sont lancées au Royaume-Uni. Elles comptent réunir à la fois des spécialistes en diabétologie et en santé mentale. La première aura pour but d’identifier les patients à risque afin de leur fournir des soins préventifs adaptés et la seconde de démontrer l’efficacité d’une approche intégrant à la fois la prise en charge du diabète et de la santé mentale. "Si les deux études pilotes réussissent, l’approche multidisciplinaire sera déployée dans toute l’Angleterre" révèle enfin Ingrid Torjesen. Un premier pas vers une meilleure prise en charge de ce trouble alimentaire aux conséquences sanitaires désastreuses.