VIDEO. Comment négocier l'après-coronavirus ? Les conseils de la climatologue Valérie Masson-Delmotte

#EtAprès. Pour réfléchir au "jour d'après" la pandémie, franceinfo s'est entretenu avec la climatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du Giec. Voici sa vision d'une sortie de crise compatible avec la lutte contre le changement climatique.

FRANCEINFO

"Nous allons rentrer dans une période de tension extrêmement forte" entre économie et climat. Ni optimiste ni pessimiste, mais "lucide et responsable", la climatologue Valérie Masson-Delmotte a partagé, dans un grand entretien accordé à franceinfo, sa vision du "jour d'après" la crise sanitaire et économique provoquée par le coronavirus. Cette rupture a été résumée par une formule du président de la République : "Le jour d'après ne ressemblera pas au jour d'avant." La climatologue n'est toutefois pas certaine qu'elle se produira. "Les historiens nous apprennent des grandes pandémies passées qu'il y a souvent eu, après des situations de privation et de crise, une aspiration à revenir à ce qui était avant, l'envie d'une forme d'insouciance, d'indifférence", relève-t-elle dans la version intégrale de l'entretien.

Valérie Masson-Delmotte espère cependant que le plan de relance de l'économie permettra d'engager une réelle baisse des émissions de gaz à effet de serre, moteur du réchauffement climatique. "Un plan de relance, par exemple, qui miserait sur une reprise d'une croissance non-stop du trafic aérien, ou bien sur des véhicules type SUV qui ont une grosse consommation de carburant est quelque chose qui va en sens orthogonal à ce que serait une action pour maîtriser l'impact du transport sur les émissions de gaz à effet de serre", avertit-elle.

"La volonté citoyenne va être fondamentale"

A la place, elle suggère de réfléchir à une "réindustrialisation avec le respect des normes environnementales européennes". "Dans le cas de la France, la moitié de l'empreinte carbone d'un Français, de l'ordre de 11 tonnes tout gaz à effet de serre équivalent en dioxyde de carbone par an et par personne, environ la moitié est due à nos importations, en particulier nos importations d'Asie ou d'Europe de l'Est de produits faits à partir du charbon", souligne-t-elle.

La climatologue espère également que cette période de confinement va permettre à chacun – "pour ceux qui ne sont pas en première ligne" – de réfléchir à son mode de vie. "Pour moi la volonté citoyenne qui va être fondamentale dans ce qui va se produire par la suite", estime-t-elle, en mentionnant l'alimentation, l'efficacité énergétique et les déplacements aériens. "Le modèle d'alimentation tel qu'il a été construit au cours des dernières décennies n'est pas sain, argumente-t-elle. Une alimentation saine, cela veut dire des céréales complètes, fruits et légumes de saison, de préférence locaux, parce qu'ils ont plus de nutriments. Cela veut dire moins de protéines animales, plus de protéines végétales. Cela veut dire favoriser la production agricole dans les systèmes bas carbone et résilients, qui ont l'empreinte la plus faible sur l'environnement".

Valérie Masson-Delmotte invite aussi à penser à l'avenir des jeunes générations. "Je pense qu'il y a un effort qui doit être attendu de tous pour agir autrement, de sorte à (...) réduire les émissions de gaz à effet de serre pour que l'évolution du climat ne s'accélère pas pour les jeunes générations d'aujourd'hui". La climatologue estime que le "plus gros du travail reste à faire" pour lutter contre le changement climatique.

VIDEO. Comment négocier l\'après-coronavirus ? Les conseils de la climatologue Valérie Masson-Delmotte
VIDEO. Comment négocier l'après-coronavirus ? Les conseils de la climatologue Valérie Masson-Delmotte (JUNG YEON-JE / AFP)