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Vidéo Une agence de communication tente de payer des influenceurs pour dénigrer le vaccin Pfizer

Publié Mis à jour
OEIL 20h SPUTNIK 25052021
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Article rédigé par L'Oeil du 20 heures
France Télévisions

Plusieurs personnalités françaises ont été contactées pour dire du mal du vaccin Pfizer, par une agence de communication liée à la Russie.

Depuis des mois, les laboratoires se livrent à une guerre des vaccins. En coulisses, une autre bataille : celle de la désinformation. Ces derniers jours, des influenceurs français ont été sollicités pour dénigrer le vaccin Pfizer. Qui se cache derrière cette opération ? L’Oeil du 20h a mené l’enquête.

Léo Grasset est influenceur. Il réalise des vidéos de vulgarisation scientifique et rassemble sur sa chaîne YouTube 1,17 million d'abonnés. Comme d’autres, il a reçu une proposition de Fazze, une agence de communication, pour asséner que “le taux de mortalité du vaccin Pfizer est 3 fois plus grand par rapport à AstraZeneca”.

Une interprétation des chiffres jugée trompeuse par les autorités sanitaires françaises qui précisent que le lien entre vaccination et décès n’est pas établi. "Vraiment, les trucs qui m'ont choqué dans le brief, c'est "ne dites pas que cette vidéo est sponsorisée."

Manque de transparence

Une vidéo rémunérée avec un budget présenté comme “considérable” à condition de taire la somme à la clé. Léo Grasset a décliné l’offre : "Je dis : "J’aimerais quand même savoir qui est le client" et il répond "Bonjour, nous avons parlé à nos partenaires mais notre client préfère rester incognito." Alors là, c’était la totale !"

Quelle est cette agence publicitaire qui refuse de dévoiler le nom de son client ? Sur son site Internet, Fazze se présente comme un intermédiaire entre bloggeurs et annonceurs. En bas de page, une ligne supprimée hier renvoyait  à une adresse londonienne. Pourtant, aujourd’hui, sur place, aucune trace de l’agence, ni sur la façade, ni sur les boîtes aux lettres.

Une influence russe ?

L’agence est une filiale d’Adnow, une entreprise de communication implantée à Moscou. En caméra discrète, nous nous rendons dans leurs locaux. On nous répond d’abord "Je ne sais pas, mais c'est pas ici !" Mais devant le bâtiment, deux employées nous confirment travailler pour Adnow : "Il y a un département qui travaille avec des blogueurs."

Faut-il voir une influence russe derrière cette tentative de manipulation ? Les arguments mis en avant sont en tout cas presque identiques à ceux publiés en avril sur le compte officiel de Sputnik V, le vaccin russe : "Le nombre moyen de décès parmi les bénéficiaires du vaccin Pfizer est beaucoup plus élevé que celui d'AstraZeneca.

Contacté, le laboratoire russe réfute toute responsabilité. Mais pour le géopolitologue et chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri) Julien Nocetti, l’opération est caractéristique des offensives pro-Kremlin : "Le discours sur le soft power de la Russie vise moins bien à mettre en avant une image positive du pays qu’à essayer de décredibiliser, délégitimer ce que les Occidentaux font. Cela reste classique, on l’a observé de manière assez constante, cette affaire des vaccins ajoute une brique à cet édifice."

Ce matin, le Ministre de la Santé Olivier Véran a dénoncé un plan de communication "minable, dangereux et irresponsable."

Parmi nos sources :

- "Qui est derrière la campagne de dénigrement du vaccin Pfizer proposée à plusieurs influenceurs ?", Anaïs Condomines, Libération, 24 mai 2021

- "La Russie derrière une campagne de lobbying anti Pfizer ?", Antoine Daoust, Fact and Furious, 24 mai 2021

- copies des courriels et consignes envoyés par Fazze à Léo Grasset :

Liste non exhaustive.

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