Vaccinodrome fermé à Nice faute de candidats : une infectiologue déplore une organisation "la veille pour le lendemain"

Véronique Mondain, cheffe du service d’infectiologie du CHU de Nice, réagit dimanche à la fermeture samedi du vaccinodrome réservé aux métiers prioritaires à Nice, faute de candidats suffisants.

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Radio France
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Le vaccinodrome de Nice, au Palais des expositions, le 17 avril 2021. (FRAN?OIS VIGNOLA / MAXPPP)

"Il y a eu des maladresses" dans la mise en place du vaccinodrome réservé aux métiers prioritaires à Nice, a déclaré dimanche 18 avril sur franceinfo Véronique Mondain, cheffe du service d’infectiologie du CHU de Nice. Ce lieu a fermé dès ce samedi midi, faute de candidats suffisants. "Ca a été organisé la veille pour le lendemain", souligne Véronique Mondain, qui s'interroge aussi sur l'ouverture d'un centre unique alors que les déplacements sont limités. Il faut favoriser "les vaccinations de proximité parce que les personnes ont plus confiance peut-être dans leur médecin, leur pharmacien, leur infirmier", estime l'infectiologue, qui en appelle à "arrêter l'AstraZeneca-bashing" car ce vaccin contre le Covid-19 "n'est pas un vaccin au rabais".

franceinfo : Comment expliquez-vous cet échec du vaccinodrome réservé aux métiers prioritaires à Nice ?

Véronique Mondain : Je trouve que c'est quand même un peu dommage de souligner les ratés de la campagne de vaccination, il faudrait plutôt souligner les bonnes initiatives. Parce qu'à la base, l'idée était plutôt bonne, c'est-à-dire avoir des doses en plus pour essayer de proposer le vaccin à des personnes qu'on appelle "en première ligne" et qui d'ailleurs le réclament : les enseignants, les forces de l'ordre, etc. Moi, je dis que c'était une idée plutôt positive. Alors clairement, il y a eu des maladresses, ça a été organisé la veille pour le lendemain. C'est extrêmement compliqué d'organiser quelque chose de bien dans ces conditions. Peut-être que le centre départemental, ça a froissé, et en plus on est quand même cantonné à 10km, donc c'était un petit peu compliqué.

Est-ce que ce n'est pas le vaccin AstraZeneca qui rend les Niçois aussi frileux ?

Peut-être en partie. Après, je pense qu'il faut surtout que les médias puissent donner une information logique sur ce vaccin : le vaccin AstraZeneca, ce n'est pas un vaccin au rabais, c'est un vaccin qui fonctionne très bien. Il y a eu quelques cas qu'il faut absolument investiguer. Et surtout maintenant qu'on arrive à identifier et donc à traiter, il faut vraiment que tout le monde soit très informé par rapport à ça. Mais il faut arrêter cet AstraZeneca-bashing. Il y a eu 80 cas sur 20 millions de doses. Moi, je trouve que le message, c'est plutôt de dire aux citoyens "soyez rassurés" quand on a un effet secondaire aussi peu visible. On est en capacité aujourd'hui de l'identifier et on sait ce qui favorise le risque : plutôt les personnes jeunes, plutôt les femmes, plutôt peut-être quand on a fait une très forte réaction inflammatoire tout de suite après le vaccin, peut-être quand le vaccin a été plutôt injecté en intra-vasculaire.

On sait aujourd'hui qu'il y a des conditions qui favorisent ces thromboses, maintenant on donne des messages d'alerte : si vous n'êtes pas bien dans les 10 jours après, que vous avez mal à la tête, mal au ventre, que vous avez des troubles de la vue, allez voir tout de suite votre médecin. On fait une numération formule sanguine, c'est très simple, on a le résultat en une heure, si les plaquettes sont basses on vous envoie en urgence à l'hôpital et on fait le maximum pour qu'il n'y ait pas de dégâts. Donc, je pense qu'aujourd'hui, on a appris de ces histoires rarissimes, j'insiste sur le mot "rarissimes". On devrait plutôt donner confiance aux personnes pour aller vers notre objectif commun à tous : freiner cette épidémie.

Dans ce contexte, ne faut-il pas ouvrir le vaccin à tous les volontaires aujourd'hui ?

Oui, il faut l'élargir à tout le monde, à tous les volontaires. Il faut favoriser les vaccinations de proximité parce que je crois que les personnes ont plus confiance peut-être dans leur médecin, leur pharmacien, leur infirmier.

En tant qu'infectiologue, que ressentez-vous quand vous voyez ce raté comme celui de ce vaccinodrome à Nice ?

Ça fait de la peine. Mais on peut supposer que les doses ne sont pas perdues. Surtout moi j'aimerais que les gens reprennent confiance dans la vaccination et soient bien conscients qu'il n'y a que ça qui va nous aider à sortir de cette épidémie.

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