Suspension du vaccin Janssen aux États-Unis : la vaccinologue Marie-Paule Kieny "espère que cette pause est temporaire"

L'utilisation du vaccin du laboratoire Johnson & Johnson a été suspendu aux États-Unis, après plusieurs cas de thrombose notamment chez des femmes de moins de 50 ans. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Marie-Paule Kieny, vaccinologue, présidente du comité scientifique sur le vaccin Covid-19 France, en février 2020  (SALVATORE DI NOLFI / KEYSTONE)

"On espère" que la pause du vaccin Janssen aux États-Unis "est temporaire et qu'elle va pouvoir être levée", a déclaré ce mercredi sur franceinfo le docteur Marie-Paule Kieny, vaccinologue, présidente du comité scientifique sur le vaccin Covid-19 France. Elle réagit à la suspension de l'utilisation du vaccin du laboratoire Johnson & Johnson aux États-Unis, après plusieurs cas de thrombose notamment chez des femmes de moins de 50 ans. Un avis de l'Agence européenne des médicaments est attendu ce mercredi. D'après Marie-Paule Kieny, "c'est très bien" de faire une pause "face à des effets secondaires graves", mais elle espère "qu'on va pouvoir commencer à administrer ces vaccins en toute sécurité, avec éventuellement une restriction d'âge", comme cela était déjà prévu en France.

franceinfo : La décision américaine de suspendre l'utilisation du vaccin Janssen est-elle la bonne ?

Marie-Paule Kieny : Je pense que, quand on se pose une question et qu'on est en face d'effets secondaires graves qui sont non expliqués, il faut reconnaître que la sécurité est le plus important et il faut faire une pause. C'est ce qu'ils ont fait, c'est très bien. Evidemment, il va falloir élucider la causalité de la vaccination dans cet effet secondaire. Il va falloir surtout regarder quels sont les points communs avec des problèmes de saignement et de caillots sanguins détectés avec le vaccin AstraZeneca. Dans un premier temps, on a aussi beaucoup dit que c'étaient les femmes de moins de 50 ans. Alors il y a aussi des possibilités de biais d'échantillonnage, parce que pour AstraZeneca c'était surtout des femmes qui avaient été vaccinées, parce qu'elles faisaient partie du système de santé. Il va falloir regarder d'un peu plus près aux Etats-Unis si la prédominance de cas chez les femmes se maintient.

La France a reçu avant hier sa première livraison de ce vaccin, que faut-il faire de ces 200 000 doses qui n'ont pas encore été administrées ?

Il faut surtout les garder. On espère bien que cette pause est temporaire et qu'elle va pouvoir être levée, qu'on va pouvoir commencer à administrer ces vaccins Janssen en toute sécurité, avec éventuellement une restriction d'âge. La France avait de toute façon décidé d'utiliser ce vaccin pour vacciner les personnes de plus de 50 ans. Donc on va voir si les analyses qui vont être faites par le régulateur américain sont conformes avec ces plans. J'espère qu'on pourra commencer le plus possible.

Par ailleurs, la France vient de suspendre ses liaisons aériennes avec le Brésil afin de tenter de freiner la diffusion du variant brésilien. Est-ce qu'on a trop tardé à le faire ?

On fait toujours les choses trop tôt ou trop tard. C'est difficile de choisir le bon moment. Ce qu'on voit, c'est qu'il y a très peu de cas du vaccin brésilien sur le sol français à ce stade. On s'est plus inquiété du variant anglais, qui est maintenant partout. Le variant sud-africain est moins présent, c'est un geste de prudence. Il va falloir voir effectivement comment se développe la dynamique des variants. On a l'impression en Moselle que le variant britannique est plus fort dans sa capacité à infecter que le variant sud-africain. C'est une excellente nouvelle, parce que les vaccins qu'on a actuellement protègent très bien contre le variant anglais et un peu moins bien contre le variant sud-africain, bien que ces vaccins restent efficaces. Pour ce qui est du variant brésilien, on n'a pas encore eu de confrontation sur le même territoire entre ces différents variants. On espère bien sûr que ce variant P1 brésilien sera moins puissant que le variant anglais qui est avec nous. On pense aussi que la capacité des vaccins à protéger contre ce variant brésilien va être pour la plupart conservé. Quand on fait des expériences en laboratoire, on voit que la perte d'activité des sérums amenés par la vaccination a une action intermédiaire sur le variant brésilien, entre l'action qu'il a sur le variant anglais et l'action sur le variant sud-africain. On peut donc penser que les vaccins que nous utilisons garderont une activité tout à fait significative contre ce variant brésilien.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.