Covid-19 : "Pour les populations particulièrement fragiles, une troisième dose a du sens pour garantir une protection maximum", assure un immunologue

Israël a déjà entamé sa campagne de rappel et l'Allemagne s'apprête à faire de même.

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Radio France
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Un jeune homme reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19, à Mayence, en Allemagne, le 2 août 2021. (FRANK RUMPENHORST / DPA / AFP)

"Pour les populations particulièrement fragiles, une troisième dose a du sens pour garantir une protection maximum contre le Covid-19", a assuré mardi 3 août sur franceinfo Steve Pascolo, immunologue à l'hôpital universitaire de Zurich et co-fondateur de CureVac, une société biopharmaceutique basée en Allemagne et qui développe des thérapies utilisant l'ARN messager. En Israël, une campagne de rappel a commencé, tandis que l'Allemagne l'envisage également. En France, une troisième dose est recommandée seulement pour les personnes immunodéprimées et pour les personnes âgées vaccinées en janvier et février. Selon Steve Pascolo, une troisième dose pour la population générale "n'est pas d'actualité". Mais la technologie ARN messager, qui est "une molécule naturelle" permet une "adaptabilité" en cas de nouveau variant.

franceinfo : cette troisième dose ne concernera-t-elle que les personnes âgées ?

Steve Pascolo : oui, c'est une population cible très fragile qui, éventuellement, pourrait être encore mieux protégée par une troisième dose. L'avantage des vaccins à ARN messager, c'est leur grande sécurité. Il n'y a pas d'accumulation. Donc vous pouvez injecter plusieurs fois sans craindre d'effets secondaires qui s'accumulent. Pour les populations particulièrement fragiles, une troisième dose a du sens pour garantir une protection maximum contre le Covid.

"À l'heure actuelle, je pense qu'une troisième dose pour la population générale n'est pas d'actualité."

Steve Pascolo

à franceinfo

Pourquoi ne pas administrer cette troisième dose à toute la population ? Ce serait inutile ?

Oui, parce que les deux doses dans la population générale suffisent à avoir une immunité suffisamment forte et suffisamment prolongée pour protéger contre l'infection et contre la maladie. Donc pour la population générale, à l'heure actuelle, je ne pense pas qu'une troisième dose soit nécessaire. Par contre, s'il y a des évolutions du virus et qu'il échappe à la protection conférée par le vaccin ARN actuel de Moderna ou de Pfizer/BioNetch, à ce moment-là il pourrait y avoir une troisième dose, mais peut-être légèrement différente avec un ARN légèrement différent qui codera pour une protéine différente d'un variant pour donner une nouvelle protection, pour renforcer la protection existante.

Est-ce que cela peut évoluer ?

Le grand avantage des vaccins ARN messager, c'est la flexibilité de production. Donc on peut très vite adapter un nouveau vaccin à ARN messager contre un nouveau variant et en très peu de temps avoir un vaccin validé contre un nouveau variant. C'est l'intérêt et l'un des avantages du vaccin, c'est cette adaptabilité, cette rapidité de production qui permettrait de garantir une troisième dose un peu différente, de façon à, non seulement renforcer l'immunité induite par les deux premières doses, mais aussi peut-être élargir cette immunité à d'autres variants potentiels qui arriveraient dans le futur.

"Il faut toujours continuer à expliquer que l'ARN messager est une molécule naturelle."

Steve Pascolo

à franceinfo

Comment convaincre la population d'un rappel de vaccin alors qu'une partie de nos concitoyens sont encore réticents ?

Je pense qu'il faut continuer à expliquer l'ARN messager pour que les gens puissent comprendre cette technologie et son intérêt, qui est surtout la sécurité. Il faut rappeler que cette technologie est une technologie française, publiée en 1980 par le professeur Meulien, donc il y a plus de trente ans. Depuis, en Allemagne, on a fait les essais cliniques au début des années 2000. Donc on a du recul. On sait comment fonctionne cette technologie. On sait qu'elle est sûre. On sait qu'elle est efficace maintenant, grâce au travail de BioNetch en particulier en Allemagne. On en a dans toutes nos cellules. Il y en a dans toutes les cellules vivantes. C'est une molécule naturelle qui est très vite détruite. C'est-à-dire que lorsqu'on injecte un vaccin ARN messager, après quelques heures, quelques jours, il n'y a plus de trace de ce qui a été injecté. Ce n'est pas le cas pour les autres vaccins, par exemple à adénovirus, comme les vaccins AstraZeneca ou Johnson & Johnson. Avec l'ARN messager, ce qui est injecté est très vite détruit. Ce qui permet d'envisager ces réinjections, parce qu'il n'y a pas de trace des premières d'injections. Quelques jours après, il n'y a plus de trace. Donc vous pouvez réinjecter s'il faut augmenter l'immunité chez des personnes fragiles.

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