Covid-19 : "On a besoin d'avoir des données scientifiques pour faire un choix éclairé" avant de valider la dose de rappel pour tous, estime Bruno Lina

"Pour l'instant, si on continue à appliquer les mesures que l'on utilise et si on conserve un niveau de protection induit par la vaccination qui est aussi haut que celui qu'on a, il est possible que l'on maîtrise cette épidémie", affirme sur franceinfo le professeur Bruno Lina, membre du Conseil scientifique.

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Le professeur Bruno Lina,, le 21 avril 2020 à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"On a besoin d'avoir des données scientifiques pour faire un choix éclairé" avant de valider la troisième dose pour tous les Français, a expliqué samedi 20 novembre le professeur Bruno Lina, virologue aux Hospices civils de Lyon et membre du Conseil scientifique. Alors qu'on assiste à un rebond de l’épidémie de Covid-19 en Europe, la Haute Autorité de santé recommande une troisième dose pour les plus de 40 ans en France. De leur côté, les États-Unis ont autorisé une dose de rappel pour tous les adultes à partir de 18 ans. Le virologue prône "une approche raisonnable et raisonnée". Selon lui, "il vaut mieux avoir des évidences scientifiques pour prendre une décision plutôt que de prendre des décisions intuitives."

franceinfo : Pourquoi la France met-elle autant de temps à instaurer cette dose de rappel pour tous ?

Bruno Lina : C'est parce qu'on a besoin d'avoir des données scientifiques pour faire un choix éclairé. Ce que l'on apprend au fil du temps, c'est que le schéma vaccinal initial qui permettait d'induire une immunité protectrice le plus rapidement possible de façon à contrer la circulation du virus semblait pouvoir être fait avec deux doses et cela a permis pour les pays qui ont eu un niveau de vaccination suffisamment élevé un vrai frein sur la diffusion du virus. Mais avec le temps, on s'est aperçu que le taux de protection qui peut être reflété partiellement par le taux d'anticorps, finalement, baisse avec le temps. Et à plus de six mois de la deuxième dose, il semble qu'il soit nécessaire de faire un rappel pour qu'on retrouve un niveau de protection permettant vraiment de freiner à la fois la circulation et le risque de formes graves de façon très élevée.

Pourquoi les États-Unis ont-ils fait le choix de généraliser la troisième dose pour tous les adultes et pas la France ?

On considère qu'aujourd'hui il vaut mieux avoir des évidences scientifiques pour prendre une décision plutôt que de prendre des décisions intuitives. C'est plus facile d'avoir une approche raisonnable et raisonnée sur la vaccination en ayant des données. Or, il me semble que c'est plus important d'être sûr de savoir où on avance plutôt que d'avancer à l'aveugle et de prendre des décisions qui peuvent être un petit peu hâtives. Cette vaccination, il faut qu'on la considère comme un atout et il faut qu'il y ait un niveau de confiance dans l'utilisation du vaccin. On peut avoir cette confiance à partir du moment où, justement, on est capable d'expliquer pourquoi cette troisième dose est vraiment importante.

En tant que membre du Conseil scientifique, pensez-vous qu'il faut rendre la vaccination obligatoire ?

C'est une décision politique. Il faut bien comparer la situation de l'Autriche et la situation de la France. À peu près 87% des éligibles à la vaccination en France sont vaccinés. Il faut voir qu'en Autriche, un tiers de la population n'est pas vaccinée. Cela fait toute la différence. C'est pour cela qu'en Autriche, les taux d'incidence sont aux alentours de 1 400, alors que nous sommes à peine 200, voire un peu moins. Donc, on voit toute la différence. C'est tout l'intérêt de cette vaccination. Et il faut bien comprendre aussi que les Autrichiens, comme d'autres pays, avaient complètement cessé d'utiliser toutes les mesures de contrôle et de surveillance, en quelque sorte. Et c'est vrai que quand on fait tomber le port du masque alors que le virus se remet à circuler, cela n'est pas raisonnable puisque cela induit de la transmission.

Peut-on dire que la cinquième vague est sous contrôle en France ?

Dans un certain nombre de pays du sud et de l'ouest de l'Europe, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la France, qui ont parmi les taux de vaccination les plus élevés, avec le maintien d'un certain nombre de mesures qui accompagnent cette vaccination, le port du masque, l'utilisation du pass sanitaire, l'hygiène des mains, on voit une reprise épidémique parce que l'on n'empêchera pas le virus de circuler. Mais avec un niveau de circulation du virus qui est plus bas, et surtout, un niveau d'hospitalisations et de formes graves qui est plus bas. Et tout l'enjeu du contrôle de la circulation du virus, c'est d'éviter d'avoir un système de santé saturé. Or, pour l'instant, si on continue à appliquer les mesures que l'on utilise et si on conserve un niveau de protection induit par la vaccination qui est aussi haut que celui qu'on a, il est possible que l'on maîtrise effectivement cette épidémie. La maîtriser, ce n'est pas empêcher le virus de circuler.

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