Covid-19 : à quel point la vaccination freine-t-elle la transmission du virus ?

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La rue Sainte-Catherine à Bordeaux (Gironde), le 25 juin 2021, après un nouvel allégement des mesures sanitaires. (VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS VIA AFP)

Le vaccin protège contre les formes graves de la maladie, mais est-il efficace pour réduire la contagiosité des porteurs asymptomatiques ? La question est centrale pour évaluer l'efficacité des campagnes vaccinales dans l'évolution de l'épidémie.

C'est un argument récurrent des contempteurs de la vaccination. "Le vaccin n'empêche pas la transmission", a notamment déclaré Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France, début juillet sur France 2. C'est une manière de voir les choses. Le vaccin, certes, ne permet pas complètement d'écarter ce risque. Mais il casse tout de même une bonne partie des chaînes de transmission, selon plusieurs études scientifiques. A ce stade, les premières données disponibles sont encourageantes, bien qu'encore assez restreintes. Ce point est pourtant crucial pour évaluer l'efficacité des politiques publiques visant à enrayer la dynamique de l'épidémie de Covid-19.

Le vaccin réduit le risque de "porter" le virus

Reprenons au départ. Très souvent, la vaccination réduit la possibilité même d'être infecté. Après deux doses du vaccin de Pfizer-BioNTech, les "preuves d'infection" (détectées par les tests PCR) diminuent de 92%, selon une grande étude israélienne (en anglais) menée en février sur 1,2 million de patients. Une personne complètement vaccinée présente jusqu'à dix fois moins de risques d'être infecté, selon les auteurs. Par ailleurs, les infections ont diminué de 75% chez les participants deux à quatre semaines après une première dose du vaccin de Pfizer-BioNTech, selon une autre étude israélienne (en anglais) parue à la même période. C'est un point important : évidemment, il n'y a pas de transmission en l'absence de virus.

Malgré cela, tout en étant bien protégées contre les formes graves du Covid-19, certaines personnes vaccinées peuvent être infectées, c'est-à-dire porteuses du virus. Elles conservent tout de même un avantage, car la quantité de particules virales ("la charge virale") est alors plus faible que sans vaccin. Des chercheurs israéliens ont comparé les échantillons nasopharyngés de deux catégories de porteurs du virus : les personnes ayant reçu le vaccin de Pfizer-BioNTech et les non-vaccinés. La charge virale était entre 2,8 et 4,5 moins importante chez les premiers après deux doses, observe l'étude parue fin mai dans Nature (en anglais).

"On peut raisonnablement estimer qu'avoir moins de virus, c'est être moins infectieux", soulignaient en avril plusieurs chercheurs du CNRS. En effet, cette "charge virale" joue un rôle important dans les transmissions, comme l'avait montré une étude menée en Catalogne et parue en février dans The Lancet (en anglais). Les chercheurs avaient observé des écarts dans l'apparition de symptômes chez des cas contacts en fonction de la quantité de virus observée initialement chez le patient contaminateur.

Une dose permet déjà de réduire la contagiosité

Les personnes vaccinées sont protégées (autour de 90%) contre les formes graves de la maladie, ce qui soulage les établissements hospitaliers. Mais elles ont également moins de risques d'être asymptomatiques à leur insu et leur charge virale reste moindre, le cas échéant. Voici pour les grands principes.

Reste désormais à comparer les cas de transmissions, par exemple, en analysant le cas de personnes habitant le même foyer. Au Royaume-Uni, la base Hosted recensait 96 898 cas diagnostiqués parmi les 960 765 contacts de personnes positives non vaccinées (10,1%). A l'inverse, elle dénombrait 196 cas diagnostiqués parmi les 3 424 contacts d'une personnes positive ayant reçu le vaccin d'AstraZeneca (5,7%) et 371 cas diagnostiqués parmi les 5 939 contacts d'une personne positive ayant reçu le vaccin de Pfizer/BioNTech (6,2%).

Ces données parues dans la revue Nature (en anglais) sont encourageantes. En effet, le vaccin a réduit le risque de transmission à domicile entre 40% et 50%, alors que la quasi-totalité (93%) des vaccinés porteurs n'avait reçu qu'une seule dose. En toute logique, le freinage des transmissions devrait être encore plus important après un schéma vaccinal complet. "Des données sont nécessaires" pour évaluer cette réduction après deux doses de vaccin, insistent d'ailleurs les auteurs dans une correspondance parue fin juin dans le New England Journal of Medicine (en anglais).

Une protection pour les personnes non vaccinées

Mi-juin, des auteurs israéliens ont exploité les données collectées dans 177 zones géographiques du pays. A chaque fois que le taux général de vaccination progressait de 20 points, le nombre de tests positifs était divisé par deux chez les non-vaccinés. Les auteurs en déduisent que la vaccination permet de réduire fortement les transmissions, dans des résultats de recherche parus dans Nature Medicine (en anglais) : "La vaccination fournit également une protection induite aux individus non vaccinés" dans la même zone. Malheureusement, il n'a pas été possible d'évaluer la part de non-vaccinés ayant acquis une éventuelle immunité naturelle durant l'observation. C'est une limite.

Passons enfin à la modélisation épidémiologique. L'Institut Pasteur prévoit, dans un récent article, que les personnes non vaccinées contribuent à la transmission "de façon disproportionnée dans une population partiellement vaccinée". Les chercheurs ont retenu le scénario d'un R0 à 4 (une personne infectée en contamine quatre autres) et sur un taux de vaccination de 30% chez les 12-17 ans, de 70% chez les 18-59 et de 90% chez les plus de 60 ans. Selon cette hypothèse, "une personne non-vaccinée a 12 fois plus de risque de transmettre le Sars-CoV-2 qu'une personne vaccinée." Cette estimation est liée au poids attendu des jeunes dans l'épidémie. Chez les 18-59 ans, en revanche, les personnes non vaccinées transmettent trois fois plus la maladie (30% des contaminations) que les personnes vaccinées (9% du total).

Des données sur les variants à approfondir

Sur le terrain des transmissions, le tableau d'ensemble est donc favorable au vaccin. "Le risque zéro n'existe pas", rappelle cependant Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Henri-Mondor, interrogé par France Inter. Rares sont les vaccins stérilisants "qui permettent une immunité totale contre le virus" (variole, tétanos, rougeole...). La Société de pathologie infectieuse de langue française juge d'ailleurs "nécessaire d'obtenir des données cliniques complémentaires et des données d'immunité muqueuse" pour approfondir la question. Des chercheurs vérifient ainsi (PDF en anglais) la présence d'anticorps dans la bouche et le nez, portes d'entrée pour le virus.

Enfin, il reste encore quelques nuages à l'horizon. Tout d'abord, les données d'efficacité des vaccins restent à évaluer dans un contexte marqué par l'émergence du variant Delta. Par ailleurs, de nombreux chercheurs mettent en garde contre le fameux "syndrome du vacciné" : le sentiment de sécurité après avoir reçu leurs injections, au risque de négliger les gestes barrières. Le respect des mesures sanitaires, pourtant, reste indispensable pour enrayer l'épidémie.

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