Un tennisman dans sa bulle : "C’est complètement l’inconnu", raconte Pierre-Hugues Herbert, en route pour l’Open d’Australie

L'Open d'Australie doit débuter le 8 février. En raison du Covid-19, un protocole très strict est mis en place pour pouvoir participer à ce tournoi, premier Grand Chelem de la saison. Pierre-Hugues Herbert tient son journal de bord pour franceinfo.

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Radio France
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Pierre-Hugues Herbert sur son compte Instagram, le 16 août 2020. (CAPTURE D'ÉCRAN)

Pierre-Hugues Herbert, 83e mondial, fait partie des dix joueurs français qui vont participer à l’Open d’Australie de tennis. L’Alsacien, tout jeune papa d’un petit Harper, a pris l’avion jeudi 14 janvier à Antalya, en Turquie, où il disputait l’un des deux premiers tournois de l’année. Il a accepté, pour franceinfo, de tenir un journal de bord pour nous parler régulièrement, durant deux semaines, de son quotidien de confiné.

Premier épisode : jeudi 14 janvier, Pierre-Hugues Herbert en route vers l’aéroport. L’Alsacien redoute ce confinement de 15 jours. L’Open d’Australie est programmé du 8 au 21 février. Les organisateurs ont demandé aux joueurs d’arriver à Melbourne avant le 17 janvier, trois semaines avant le début du tournoi, pour respecter un confinement de 15 jours dans un hôtel qui leur est exclusivement réservé. Les joueurs pourront sortir 5 heures par jour mais à la seule condition de se rendre au stade pour manger, s’entraîner et s’entretenir physiquement. Pierre-Hugues Herbert le reconnaît : il ne sait pas à quoi s’attendre. 

franceinfo : Vous décollez pour l'Australie, et Melbourne. C'est un vol vers l'inconnu ?

Pierre-Hugues Herbert : C'est complètement l'inconnu ! On va vivre une expérience qu'on n'a encore jamais vraiment vécue sur le circuit. On part à l'autre bout du monde faire une quarantaine... Déjà, j'étais assez stressé pour mon dernier test et les dernières 72 heures. Si ce test avait été positif, je n'aurais pas pu jouer pendant cinq semaines quasiment, et pas pu aller en Australie. Donc, déjà, je suis content que ce test se soit bien passé. Et ensuite, c'était un moment assez difficile, forcément. J'ai dû quitter la famille, je pars tout seul en avion, en Australie, pour aller bosser.  

Savez-vous comment vous allez être accueillis sur place, à Melbourne?

Pas du tout. On ne sait pas si on va être accueillis avec un bus, des navettes... On a les informations au fur et à mesure.   

Et en arrivant à l'aéroport, vous allez subir un nouveau test? 

Sûrement. De toute façon, on va en subir un. Je ne sais pas si c'est à l'aéroport ou à l'hôtel. Je pense qu'il y a énormément de personnes qui sont en charge de l'organisation de ce tournoi, ce qui ne doit vraiment pas être facile. J'ai confiance en Craig Tiley [le directeur du tournoi de Melbourne] et toute son équipe pour faire du mieux possible. On espère que ça va bien se passer !   

Vous donnez l'impression d'être en manque d'informations...

On les a, mais au fur et à mesure, ou en dernière minute. Il y a deux jours, je ne savais pas encore dans quel hôtel je dormais. Il y a beaucoup d'incertitudes. Et si le test que j'avais fait il y a 48 heures était revenu positif, ça aurait changé tout mon programme. Donc, on est en constante adaptation depuis maintenant un bon moment, et on fait comme on peut.  

Vous prenez un avion de ligne ?

J'imagine que c'est un avion affrété par l'organisation, puisque c'est des avions où on est à 20% de la capacité normale de l'avion. Donc ce n'est pas forcément un avion de ligne.  

Une fois sur place, comment ça va se passer ?

On sait qu'on va pouvoir sortir cinq heures par jour, qu'on va s'entraîner deux heures au tennis. Tout cela, bien sûr, si on est négatif. On sait qu'il va falloir passer 19 heures dans la chambre. On ne sait pas forcément ce qu'on va manger. On ne sait pas vraiment ce qui nous attend. On va découvrir, forcément. On va faire le maximum pour s'occuper, dans la chambre, et espérer des tests négatifs tous les deux à quatre jours et pouvoir ensuite jouer le tournoi.

"Moi, une quarantaine dans une chambre d'hôtel pendant deux semaines, je n'ai jamais vécu ça."

Pierre-Hugues Herbert

à franceinfo

Ce que je redoute le plus, c'est le décalage horaire parce qu'il est fatal en Australie. Quand on n'a pas la possibilité de sortir de la chambre, c'est quasiment impossible de ne pas s'endormir. J'ai très peur du décalage horaire ! Je pense que je vais mettre plus de temps que d'habitude pour m'en remettre. Mais j'ai un peu de matériel pour essayer de rester un petit peu actif dans la chambre. Je voyage toujours avec des petites choses pour pouvoir me débrouiller, si jamais il n'y a pas de salle de muscu ou d'installations parfaites. J'ai de quoi m'entraîner. L'organisation nous a conseillé de ramener nos affaires. Il n'y aura pas d'élastique, de petites balles de massage, des choses comme ça, parce qu'ils veulent éviter tout ce qui est partagé pour éviter la contagion. Je vais essayer de me commander une guitare à l'hôtel et essayer de jouer un peu.

Je vais en profiter pour gérer certaines choses que je n'ai pas toujours le temps de gérer. Par exemple, on a un mariage prévu avec ma compagne. Il y a des choses, souvent, qui passent au second plan à cause de la carrière. Je vais essayer d'avancer comme je peux sur certaines choses, de me renseigner sur le traiteur, de gérer des choses... Si j'y arrive, bien sûr, et si j'arrive à être efficace ! Je vais essayer de lire aussi, j'ai ramené pas mal de livres. Je vais essayer de passer le moins de temps possible sur les écrans parce que c'est un peu risqué quand on reste dans la chambre d'hôtel, comme ça. Je vais essayer de rester actif.  

L'entraînement, ce sera une sorte de bouffée d'oxygène pour vous?

On a droit à trois heures et demie. Deux heures de tennis, une heure et demie de physique en salle, deux fois quinze minutes de transport, une heure pour manger... On a le droit de sortir cinq heures de la chambre. C'est une vraie victoire pour l'organisation parce que je ne pense pas que l'État de Victoria soit très ouvert à ce genre de choses. Qu'ils l'aient obtenu, c'est une vraie victoire. On va essayer d'en profiter un maximum. Tout cela, bien sûr, si on a des tests négatifs. Il ne faut pas avoir de mauvaise surprise ! 

"On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête et elle peut venir nous faucher à n'importe quel moment."

Pierre-Hugues Herbert

à franceinfo

Vous avez le droit, durant la première semaine, à un partenaire d'entraînement seulement. 

Moi, ce sera Lloyd Harris. On s'y est pris un peu tard, mais Lloyd, c'est un mec qui a un super état d'esprit. C'est mon entraîneur qui a contacté son entraîneur et il était partant. Voilà, donc ça va être un peu la découverte et ça va être plutôt sympa.   

Et comment avez-vous établi vos séances d'entraînement?

Pour l'instant, on n'a rien établi du tout et j'imagine que nos séances d'entraînement vont être prédéfinies, parce qu'on ne va pas pouvoir tous choisir un horaire à 11 heures et arriver tous au stade à ce moment-là. J'imagine que l'organisation nous donnera des créneaux horaires.  

Les règles sanitaires vont être très strictes, très lourdes. Vous allez les accepter facilement ? 

Si je ne les acceptais pas, je pense que je ne serais pas dans l'avion pour l'Australie. Si on fait le déplacement, si on y va, c'est qu'on accepte de jouer ce tournoi du Grand Chelem dans ces conditions-là.  

Et si par malheur, vous êtes déclaré positif, vous savez déjà ce qui va se passer ? Vous êtes exclu du tournoi, directement?

Je ne sais pas. Il me semble que si on est positif, c'est 14 jours de quarantaine, sauf qu'on ne pourra pas sortir de notre chambre et aller jouer cinq heures par jour. J'imagine qu'on aura quand même la possibilité de jouer le tournoi, même si on est déclaré positif en arrivant. Ce qui serait terrible, ce serait d'être déclaré positif en sortant de la quarantaine. Pour le coup, ce serait impossible de jouer le tournoi.

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