Témoignages Un an après, ils racontent leur première journée de confinement : "C'était comme dans les films"

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Une rue déserte, à Paris, le 17 mars 2020. (MAXPPP)

Quelques heures à peine après l'allocution d'Emmanuel Macron, le 17 mars 2020, à partir de midi, les Français étaient invités à rester chez eux et à respecter la distanciation sociale pour limiter la propagation du coronavirus.

"Quand j'ai dit, le samedi soir, lors d'un dîner, que nous serions assignés à résidence dès le lundi, mes amis ne m'ont pas crue", se souvient Dominique, 60 ans. Dans sa famille, on se moquait de son inquiétude vis-à-vis de l'épidémie de Covid-19. Pourtant, le lundi 16 mars 2020 à 20 heures Emmanuel Macron, annonce des décisions jamais prises en temps de paix. Au lendemain de son allocution, le 17 mars 2020, à midi, la France se figeait pour la première fois. Les restaurants avaient fermé leurs portes le samedi précédent, les enfants avaient eu le dernier jour d'école la veille. Et, le jour J, les Français se sont enfermés chez eux pour "quinze jours au moins". Plus de 350 personnes se sont rappelés de ce premier jour de confinement dans notre appel à témoignage et franceinfo en a recontacté quatorze. Ils se souviennent de ce jour "pas comme les autres".

Vivre les dernières heures de liberté

Le soleil est à peine levé ce mardi 17 mars que le compte à rebours s'enclenche pour Benjamin, 34 ans, professeur de Sciences de la vie et de la Terre dans un collège en Isère. En charge du compostage de l'établissement, il avait prévu des travaux pratiques avec ses élèves cette semaine-là. "Mais de peur que mes asticots deviennent des mouches et envahissent mon laboratoire, je suis passé en catastrophe au collège à 8 heures pétantes verser mes asticots dans le bac de remplissage de compost", se remémore-t-il, "excité" à l'époque de vivre quelque chose de nouveau. A peine sorti du collège, le professeur enchaîne avec quelques courses alimentaires pour sa grand-mère et sa tante, atteinte d'une grave maladie, avant d'arriver chez lui pour reprendre les cours à distance avec ses élèves déjà confinés depuis la veille.

A 700 km de là, dans l'Aisne, Antoinette, 39 ans, démarre elle aussi sa journée "bille en tête". Ne sachant pas combien de temps ce confinement doit durer, cette agricultrice part faire "le plein de pièces détachées" pour "faire tourner" son atelier. Elle en profite pour distribuer les cadeaux de naissance qu'elle avait préparés pour ses amies.

"J'ai dit à mon amie : 'Tu es le dernier visage que je vois !'"

Antoinette

à franceinfo

"Ça a été un déchirement quand j'ai traversé la dernière fois la ville, étant bloquée dans les champs et n'ayant presque pas de proches dans le kilomètre autorisé. Je ne savais pas quand j'allais la revoir", décrit-elle, encore émue un an après. Au même moment, Paul*, 62 ans, tente lui de rester pragmatique face à l'inconnu qui s'annonce et file "en urgence" à son bureau récupérer ordinateur, clavier, écran et dossiers en cours. "Comme un voleur, j'ai pris le matériel vite fait bien fait sans traîner", retrace ce cadre administratif à Saint-Quentin (Aisne).

Car l'heure fatidique du confinement approche et les placards de la cuisine sont vides chez Dominique, 60 ans. C'est donc armée d'un masque et de gants que cette professeure de biologie à Lyon s'élance dans une queue interminable devant la grande surface du quartier. "J'ai mis 3 heures pour faire mes courses dont 1h30 de queue, détaille-t-elle. C'était tendu, les gens essayaient de doubler et les gendarmes ont dû intervenir." En rentrant, Dominique, l'unique préposée aux courses durant ce confinement, passera tous ses achats à l'alcool à 95°. "J'en avais acheté un bidon de trois litres", se souvient-elle.

Rentrer chez soi avant midi

En cette fin de matinée plane sur les grandes villes un air d'exode. Nombreux sont ceux qui fuient leur logement exigu. Tout l'inverse de Jullian, qui affiche un sourire sur ses lèvres, seul assis dans le bus qui l'amène à Montpellier. Cet étudiant de 21 ans a décidé de quitter la maison familiale, pourtant à la campagne, pour se confiner avec sa petite amie dans son studio citadin. Jullian se souvient d'une ville "déserte" remplie d'une atmosphère "très lourde".

"Toutes les voitures allaient dans l'autre sens. C'était comme dans les films de zombies où les gens fuient la ville."

Jullian

à franceinfo

Dans la capitale, c'est une ambiance complètement différente qui attend Sophie*, 41 ans, à la gare de Montparnasse lors de sa descente du TGV la ramenant d'Anjou. "Le hall était blindé de monde car la fréquence des trains était déjà ralentie, détaille cette commerciale venue retrouver son mari et ses filles à Paris. J'ai dû me frayer un passage à grande peine et à contre-courant pour rejoindre les sous-sols de la gare. J'étais clairement déphasée", décrit celle qui ne sortira qu'une fois par mois durant le premier confinement.

Loin de toute cette agitation, Nadia, 25 ans, semble épargnée par l'anxiété générale, confinée dans le pavillon parental, situé proche de Calais. Cette jeune ostéopathe vient tout juste d'apprendre qu'elle est enceinte. Impossible de partager la bonne nouvelle de suite avec son conjoint, pompier de Paris alors de garde. "J'étais tellement euphorique que j'ai dû me confiner dans ma chambre jusqu'au lendemain matin ne voulant pas le dire à mes parents avant mon conjoint", sourit la jeune maman.

Commencer le télétravail généralisé 

Une euphorie qu'est loin de partager Fanny, 32 ans et chargée de développement RH dans une entreprise en banlieue parisienne depuis un an. Pour elle, cette après-midi du 17 mars 2020 débute très mal. Même si elle a appris quelques jours auparavant que son contrat n'est pas renouvelé, elle sait qu'elle a tout le mois de mars pour clore ses dossiers. "J'avais prévu de passer la journée au bureau et vers 13 heures la DRH vient me voir me demandant de laisser sur place mon ordinateur avant de m'inviter à rentrer définitivement chez moi", raconte la jeune femme qui n'a pas pu dire au revoir à ses collègues, tous préoccupés par cette journée "compliquée"

Une journée également longue pour les travailleurs devenus télétravailleurs en moins de vingt-quatre heures. "C'était comme une impression de fin du monde", décrit Véronique, 63 ans, assistante sociale en Moselle. "Je me suis tout de suite connectée à mon ordinateur pour voir si tout le monde était là", explique-t-elle. "Puis j'ai repris contact avec toutes les familles que je suis pour évaluer avec elles leurs besoins et les rassurer autant que possible sur le futur qui est compliqué à appréhender quand vous vivez au jour le jour", soulève Véronique. Elle ne déconnectera son ordinateur que vers 22 heures ce jour-là.

Dehors, le soleil semble s'imposer sous les nuages et Julien, 22 ans, qui a pris la route ce matin de Montpellier pour rejoindre ses parents en Mayenne, s'octroie une pause le long d'un chemin de terre à la sortie de Châteauroux. Fenêtre ouverte, au volant de sa voiture, cet étudiant en géologie somnole quand deux gendarmes le réveillent pour lui demander pourquoi il est dehors alors que le confinement a commencé. "Ils ont été compréhensifs mais ils m'ont dit d'essayer de ne pas trop tarder pour rentrer", précise Julien, qui rencontrera de nouveau les gendarmes avant d'arriver vers 19 heures chez ses parents.

Continuer à vivre comme si de rien n'était 

Il est à peine 16 heures, quand Thibauld, 29 ans, rentre dans le cabinet de son médecin traitant, situé en Indre-et-Loire. "Je m'étais réveillé le matin même en ayant la sensation que mes poumons avaient rétrécis, les beaux jours étaient arrivés et je pensais faire de l'asthme", explique ce gestionnaire financier qui avoue avoir été dans le déni les deux jours précédents le confinement.

"Au final j'étais 'suspect Covid'. Je me suis retrouvé avec une maladie que la France entière était en train de vouloir éviter grâce au confinement... La poisse !"

Thibauld

à franceinfo

Il doit ensuite s'isoler dix jours dans sa chambre chez ses parents.

Au même moment, à des milliers de kilomètres, dans les eaux bleues martiniquaises, Laurène, 29 ans, se baigne. Si le confinement a débuté depuis maintenant quatre heures sur le sol métropolitain, il commence à peine sur l'île. "Avec mon amie, nous avons voulu profiter de la plage d'Anse d'Arlet. Il y avait un monde fou", se souvient la responsable d'un service culturel en mairie francilienne. Nous pensions naïvement qu'il y aurait une tolérance pour la première journée." Mais la plage est évacuée par la police à midi (soit 17 heures en métropole), obligeant Laurène et son amie à rentrer dans leur logement pour le reste de la journée.

Passer une première soirée confinée

Le jour décline et Julien, 48 ans, directeur d'une résidence de services pour seniors, rentre dans son appartement de fonction. Il a passé toute la journée à expliquer à ses résidents, âgés en moyenne de 86 ans, qu'ils ne peuvent plus sortir comme ils le veulent. "Ils étaient très surpris voire choqués pour certains qui ont connu la guerre de ne pas pouvoir vaquer comme ils l'entendaient, relate-t-il. Nous avons dû également mettre en place un système de livraison à domicile pour leurs courses et de service d'étage pour leurs repas puisque le restaurant était fermé depuis samedi soir minuit."

Ce soir du 17 mars, chacun et chacune s'apprête à vivre sa première soirée "confinée". Pour Ariane*, 45 ans, elle commence par des mots doux envoyés à son amant qu'elle n'a pu voir ce jour-là. "J'avais prévu une demi-journée de congé pour voir mon amant. A l'annonce du confinement, j'ai eu l'impression qu'un rideau de fer était tombé tout à coup entre nous", avoue cette chargée de mission. "Je lui ai écrit mon désarroi et transformé notre relation en relation virtuelle" le temps du confinement. Leur relation a également resisté au second confinement et est toujours d'actualité.

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

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