Pollution : "Il faut que l'après soit différent de l'avant en termes d'émissions de gaz carbonique", déclare Jean Jouzel

Le climatologue Jean Jouzel appelle à changer les comportements et l'organisation de la société pour réduire la pollution de l'air alors que le confinement réduit les émissions de dioxyde d'azote dans toute l'Europe. 

Vue aérienne de Paris depuis le ballon d\'Airparif situé dans le parc André Citroën.
Vue aérienne de Paris depuis le ballon d'Airparif situé dans le parc André Citroën. (THOMAS SAMSON / AFP)

Les émissions de dioxyde d'azote ont fortement diminué dans toute l'Europe depuis la mise en place de mesures de confinement pour lutter contre la pandémie de Covid-19, selon l'Agence spatiale européenne. En revanche, les particules fines sont toujours bien présentes dans l'air. 

Comment expliquez-vous cette diminution des émissions de dioxyde d'azote ?

Le dioxyde d'azote est produit au moment de la combustion, en particulier des combustibles fossiles, ça peut être largement par le trafic routier, le trafic aérien ou le chauffage. Évidemment, nous avons une très nette diminution du trafic routier et du trafic aérien et ça se perçoit bien vu d'en haut. Les données de l'Agence spatiale européenne sont extrêmement claires avec des cartes qui sont extrêmement parlantes, mais aussi les données qui sont mesurées, par exemple à Paris, sur Airparif. Mais il y a aussi des mesures au sol, dans les stations, dans différents endroits, pratiquement sur toute la France, qui sont bien coordonnées, qui montrent cette diminution de la sortie du dioxyde d'azote, ce polluant qui pose problème pour les voies respiratoires. C'est aussi un des précurseurs de l'ozone troposphérique qui lui-même pose problème. On a vraiment ces problèmes de pollution qu'on explique bien et le fait que la pollution aux particules fines, elle, ne se modifie pas parce que l'augmentation du chauffage compense en fait les émissions.

Effectivement, le confinement semble avoir nettement moins d'effets bénéfiques sur les particules fines. Est-ce parce que cela dépend des conditions météorologiques ? 

Cela dépend des conditions météo, du chauffage évidemment, et tout cela est une expérience en vraie grandeur qui va être analysée par mes collègues. Après, il faut évidemment passer des concentrations que l'on a aux émissions. Il y a tout un travail qui se fait. Par exemple, j'ai beaucoup de collègues qui travaillent sur la modélisation. Il faut utiliser des modèles pour passer de ce que l'on voit, de ce que l'on observe, des concentrations dans l'atmosphère aux émissions. Il y a aussi un lien très fort entre ce qui se passe sous nos yeux et l'évolution du climat. En tout cas, ce qui est à l'origine de l'évolution du climat. Premier point d'abord, c'est que cette pollution contrecarre une partie du réchauffement climatique. Et d'une certaine façon, le réchauffement climatique pourrait être un peu accentué, jusqu'à 20%, si on éliminait toute la pollution.

Un autre point, c'est évidemment ce qui est à l'origine du réchauffement lui-même, les émissions, elles sont directement liées à l'utilisation des combustibles fossiles, du pétrole, du gaz et du charbon. Les émissions de gaz carbonique, dioxyde de carbone ont aussi diminué. C'est vrai à Paris, Airparif l'a montré. Cela a été vrai pour la Chine. On pense à des diminutions de l'ordre de 20 à 30 %. Bien sûr, ça nous interroge. Ca nous remet, c'est vraiment important, sur les trajectoires des diminutions d'émissions de gaz carbonique. Mais malheureusement, on a la crainte d'être dans un contexte comme celui de la crise de 2008. En 2009, après la crise de 2008, les émissions ont diminué d'entre 1 et 2 % mais ont augmenté de pratiquement 6 % entre 2009 et 2010, pour reprendre leur croissance.

Pour inverser la tendance, parce que quand on voit ces cartes, ça donne de l'espoir, finalement. 

Pour la pollution, oui. Cela montre qu'on pourrait éliminer la pollution, la maîtriser, s'il y avait moins d'activités ou si les activités à l'origine de cette pollution étaient contrôlées. Mais pour l'urgence climatique, malheureusement, les effets d'une diminution des émissions de gaz carbonique, même si elles étaient de 4 à 5 % en moyenne sur l'année 2020 - c'est ce qu'on peut imaginer - ça n'aurait de sens que si on repartait, et c'est ce pourquoi je plaide, sur une économie bas carbone. C'est bien ça l'intérêt. Il faut vraiment repartir. Il faut que l'après soit différent de l'avant en termes d'émissions de gaz carbonique et, en gros, d'organisation de la société. C'est vrai pour la pollution, c'est vrai pour le climat.