Nouveau bac : les élèves ne sont pas "suffisamment préparés" pour les épreuves prévues en mars selon le Snalc

Le Syndicat national des lycées, collèges, écoles et supérieur et d'autres syndicats d’enseignants ont lancé une pétition pour réclamer un report des épreuves de spécialités.

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Une lycéene dans une salle de classe, le 15 juin 2017, à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

"On va jouer à la mi-mars quelque chose d'extrêmement important avec des élèves dont on sait qu'ils ne sont pas suffisamment préparés pour passer les épreuves anticipées du bac", a expliqué mercredi 2décembre sur franceinfo Jean-Rémi Girard, président du Snalc, le Syndicat national des lycées, collèges, écoles et supérieur. Le Snalc et d'autres syndicats d’enseignants ont lancé une pétition pour réclamer un report des épreuves de spécialités prévues en mars et un réaménagement des programmes. Jean-Rémi Girard explique qu'avec le coronavirus Covid-19 et les demi-groupes, les professeurs "courent après le temps" pour faire les programmes et tenter de préparer les élèves, notamment au nouveau grand oral prévu en juin.

franceinfo : Dans votre pétition, vous dénoncez une politique scolaire qui maltraite les enseignants et les élèves. Maltraitance, ce n'est pas un mort trop fort ?

Jean-Rémi Girard : Le mot est fort, mais le mot est vrai, c'est à dire qu'on vit une réforme qui déjà quand même très compliquée, avec un bac qui se complexifie. On voulait le simplifier, en fait il est de plus en plus compliqué avec des épreuves à différents moments de l'année, en première, en terminale, avec un bout de contrôle continu. Et en plus, s'est ajouté à cela la crise du coronavirus depuis mars dernier. Là ce dont il est essentiellement question, ce sont les deux épreuves principales en terminale, ce qu'on appelle les épreuves de spécialité : les deux spécialités choisies par les élèves, par exemple pour les scientifiques mathématiques et physique-chimie, doivent se passer à la mi-mars. Vous imaginez bien qu'avec ce qu'on a connu au printemps dernier et avec ce que l'on connaît dans les lycées depuis octobre-novembre, avec la mise en place dans la plupart des lycées d'aménagements, de groupes à effectifs réduits, du fait qu'on ne voit pas les élèves tous les jours, globalement les collègues nous disent tous : on n'est pas prêts pour faire passer des épreuves de spécialité à la mi-mars.

D'où votre demande de repousser ces épreuves au mois de juin, et de supprimer le grand oral prévu également en juin. Vous n'avez pas les moyens de se préparer cette épreuve nouvelle ?

Oui, c'est un problème que le Snalc et les autres syndicats ont remonté depuis très longtemps: on a prévu une épreuve orale en fin de terminale, pourquoi pas. C'est très intéressant une épreuve orale. Moi je suis professeur de lettres, des oraux de français on en fait passer en première depuis longtemps. En revanche, on n'a prévu aucun moyen horaire, rien du tout pour pouvoir préparer les élèves à cette épreuve. On est censé les préparer sur les heures d'enseignement de spécialité, celles qui ont était déjà durement touchées depuis le printemps dernier. Ces heures sont aussi très affectées, notamment dans les disciplines scientifiques où quand vous êtes sur des demi-groupes vous faites quand même deux fois le même travail pratique.

Vous n'allez pas le faire par visio avec les autres, ça n'a pas de sens. Ce grand oral, la plupart des collègues n'ont pas commencé à travailler dessus parce qu'on court après le temps, parce qu'on essaye déjà de préparer les élèves à leur épreuve de spécialité et qu'on se rend compte que la tâche est extrêmement difficile. Et on ne voudrait pas qu'on se retrouve avec des élèves qui arrivent mal préparés sur des épreuves qui, si elles sont passées à la mi-mars, vont en plus remonter dans Parcoursup. On va avoir les notes de ces épreuves dans Parcoursup, en soi c'est une bonne idée, mais c'est très tôt pour des élèves qui ont pu rater des cours qui ont pu être malade eux aussi pendant un mois, etc. Ils risquent d'arriver avec un dossier qui va être pas du tout le reflet de leur niveau réel.

Il y a déjà des aménagements qui ont été annoncés il y a un mois par Jean Castex : les épreuves d'évaluation commune, première et terminale, annulées et remplacées du contrôle continu. Cela vous convient ?

Tout à fait, c'est quelque chose qui allait dans le bon sens compte tenu de la situation sanitaire. Les épreuves communes, ce qu'on appelait les E3C l'an dernier, devaient commencer pour les élèves de première en janvier. Ca n'avait aucun sens, donc ça a été supprimé. Il fallait trouver du temps d'enseignement. Mais ça n'empêche pas que ces épreuves de spécialité comptent en gros pour un tiers de la note finale, avec le grand oral on est presque à 50% de la note finale du bac pour les élèves. Là, on va jouer à la mi-mars quelque chose d'extrêmement important pour nos élèves avec des élèves dont on sait qu'ils ne sont pas suffisamment préparés pour passer les épreuves. Ce n'est pas qu'une question de contenu de programme, c'est aussi question de travail sur les méthodes sur ces épreuves. Et ce travail-là a pris beaucoup de retard.

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