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Le billet sciences. Une "camisole chimique" contre le coronavirus

Les chercheurs s’intéressent à l’action protectrice des antipsychotiques contre les effets du coronavirus. Plusieurs essais cliniques sont lancés dont un à Paris.

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Un chercheur en équipement de protection observant au microscope des cellules porteuses du Covid-19 dans un laboratoire de Taez, au Yemen, le 30 avril 2020. 
Un chercheur en équipement de protection observant au microscope des cellules porteuses du Covid-19 dans un laboratoire de Taez, au Yemen, le 30 avril 2020.  (AHMAD AL-BASHA / AFP)

Et si les calmants protégeaient du coronavirus ? Un essai vient d’être lancé par l’institut Pasteur et l’hôpital Saint-Anne à Paris pour vérifier cette hypothèse. Il y a tout d’abord un constat dans ce pôle hospitalier : 19 % des soignants ont été touchés par le Covid-19 et seulement 3 % des patients. Même chose pour des structures psychiatriques en Chine, en Italie et en Espagne. Alors les médecins ont lancé cet essai appelé ReCoVery pour voir si la chlorpromazine, un médicament utilisé depuis plus de 50 ans pour traiter la schizophrénie, protégeait les patients du virus.

Une étude pour comprendre le lien entre antipsychotique et virus

Mais il n'y a pas que ces constats cliniques qui ont poussé les médecins à s'intéresser à ces médicaments. Une étude, menée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs de l’université de Californie, à San Francisco, et publiée par Nature s'est penchée sur le sujet. Elle a identifié plusieurs antipsychotiques (l'halopéridol et le melpérone) utilisés aussi sur les effets de la schizophrénie et qui interagissent avec le virus.

Il faut savoir que le virus a plusieurs modes opératoires sur nous, notamment celui d’actionner des récepteurs dans nos cellules pour y entrer. Les chercheurs ont vu en laboratoire que ces médicaments agissent sur ces mêmes récepteurs et qu’ils empêchent le virus de les utiliser, un peu comme s’ils l’empêchaient d’allumer la lumière dans une pièce, il a donc plus de mal à y entrer. Mais comme toujours, c’est un constat sur des cellules humaines en laboratoire, il faut vérifier ce qui se passe dans la vraie vie des patients. Plusieurs essais cliniques sont donc lancés en France mais aussi aux Etats-Unis.

En attendant un vaccin, une revue des substances existantes

Mais il n'y a pas que dans les antipsychotiques que les chercheurs ont repéré des substances intéressantes. Leur démarche expliquée dans The Conversation est très simple. Plutôt que d'attendre un vaccin qui viendra dans plusieurs années, ils ont décidé de passer en revue les médicaments déjà autorisés et testés par la Food Drug Administration. Ils ont passé en revue 2 000 substances et ils ont repéré celles qui, comme les calmants, pouvaient interagir avec notre nouveau virus, parfois pour le bloquer mais aussi parfois pour l’accélérer. Ils ont remarqué qu’il y avait d’autres substances prometteuses dont des anticancéreux (tertanin-4 et zotatinin), ceux contre le myélome multiple et il y aussi deux antihistamiques (clénastine et cloperastine). Ce dernier est notamment composé de progestérone, l’hormone féminine, alors que justement les femmes semblent mieux résister au virus : encore une intuition qui demande une vérification scientifique.

Un chercheur en équipement de protection observant au microscope des cellules porteuses du Covid-19 dans un laboratoire de Taez, au Yemen, le 30 avril 2020. 
Un chercheur en équipement de protection observant au microscope des cellules porteuses du Covid-19 dans un laboratoire de Taez, au Yemen, le 30 avril 2020.  (AHMAD AL-BASHA / AFP)