VRAI OU FAKE La lettre présentée comme écrite par Madame de Sévigné qui évoque un confinement est un pastiche

Une lettre, présentée comme écrite par Madame de Sévigné en 1687, circule sur les réseaux sociaux. Il y est question d'un confinement, à la Cour, sur fond d'épidémie grippale. Cette lettre est un faux.

Une lettre attribuée à Madame de Sévigné, datant du 30 avril 1687, qui a été massivement partagée sur les réseaux sociaux, début mai 2020.
Une lettre attribuée à Madame de Sévigné, datant du 30 avril 1687, qui a été massivement partagée sur les réseaux sociaux, début mai 2020. (CAPTURE ECRAN FACEBOOK)

La pandémie de coronavirus amène parfois à se replonger dans ses cours d'Histoire. Vous avez peut-être reçu ou vu passer sur les réseaux sociaux une lettre présentée comme écrite par Madame de Sévigné dans laquelle celle-ci raconterait, en 1687, son confinement parisien sur fond d’épidémie de grippe. Cette lettre est un faux et les ressorts de sa propagation virale sont similaires à ceux qui alimentent la viralité de fausses lettres plus contemporaines. La cellule Vrai du Faux vous explique.

Une fausse lettre parsemée d'erreurs historiques

Le message circule via WhatsApp, les réseaux sociaux ou par mail sous différentes versions, mais il commence souvent ainsi : "En des circonstances presque similaires (épidémie grippale) à ce que nous vivons, voici ce que Madame de Sévigné écrivait à sa fille Madame de Grignan." Des internautes ont rapidement relevé un certain nombre d'erreurs historiques qui pouvaient mettre la puce à l’oreille. Le cardinal Mazarin ne pouvait pas avoir décidé de mettre en place un confinement en 1687. Notamment connu pour avoir été au service du roi Louis XIV, il est mort en 1661.

L'intendant François Vatel, également cité, ne pouvait pas approvisionner la Cour à cette date, car il était décédé seize ans plus tôt. D'autres internautes relèvent également le fait que la comédie de Pierre Corneille évoquée, Le Menteur, eut certes un grand succès, mais en 1644. Par ailleurs, dans certains messages, le 30 avril 1687 est présenté comme étant un jeudi, ce qui est une erreur. Il s'agissait d'un mercredi.

Une lettre attribuée à Madame de Sévigné, datant du 30 avril 1687, qui a été massivement partagée sur les réseaux sociaux, début mai 2020.
Une lettre attribuée à Madame de Sévigné, datant du 30 avril 1687, qui a été massivement partagée sur les réseaux sociaux, début mai 2020. (CAPTURE ECRAN FACEBOOK)

Comme c'est le cas lors des diffusions de fausses informations plus traditionnelles, aucun auteur n'en revendique la paternité. Un nom est évoqué. Il s'agit de celui de Jean-Marc Banquet d’Orx. Le pastiche est assimilé à un "poisson de mai" publié le 1er mai, à l'image de ceux du 1er avril. Le but de l'auteur n'est pas connu. Peut-être souhaitait-il simplement, en ces temps de confinement et de désoeuvrement, nous faire replonger dans nos livres d’Histoire et d'histoires - celles réellement racontées par Madame de Sévigné. C'est dans ce cas plutôt réussi.

Des ressorts similaires à ceux des fake news plus classiques

L'un des ressorts classiques contribuant à la propagation des fausses informations est de donner l'apparence de la réalité et de mêler le vrai au faux. Ainsi, pour les non-historiens, la fausse lettre de Madame de Sévigné peut avoir l'apparence de la réalité. Elle joue sur l’image qu'a le grand public de ce qu’était la Cour à cette époque, ses amusements et ses correspondances. Et si François Vatel est mort bien avant 1687, il est resté dans la mémoire collective comme s’étant donné la mort après un arrivage de marée insuffisant, épisode précisément raconté par Madame de Sévigné.

Pour qu'une fausse information devienne virale, il faut en général qu'elle réponde à un besoin collectif -besoin d'informations, besoin d'explications, besoin d'être rassuré- L'un des ressorts sur lesquels peut jouer cette lettre est notre besoin d’inscrire dans l’Histoire ce que nous vivons depuis le début de la pandémie de nouveau coronavirus et, se faisant, d'être rassurés dans un contexte à l'issue très incertaine. Des épidémies ont parsemé l'Histoire et elles ont eu une fin. Enfin, comme dans le cas de fausses informations plus classiques, des internautes appellent à ne pas diffuser cette fausse lettre et à se contenter de répondre à l’expéditeur qu'il s'agit d'un faux.