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La coopération israélo-palestinienne contre le coronavirus est fragile

Israéliens et Palestiniens ont choisi de collaborer face au Covid-19. Mais cette entente ne tient qu'à un fil.

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Un policier patrouille dans les rues de la ville de Gaza confinée, le 8 avril 2020.
Un policier patrouille dans les rues de la ville de Gaza confinée, le 8 avril 2020. (MOHAMMED SABER / EPA)

Même le Conseil de Sécurité de l’ONU l’a remarqué et salué, début avril. La coopération israélo-palestinienne contre le coronavirus est bien là, un peu contre toute attente. Elle se traduit d’abord par une structure commune d’échange d’informations sur le plan sanitaire. En particulier entre Israël et la Cisjordanie. C’est en quelque sorte le prolongement de la coopération déjà existante entre forces de sécurité et de police.

Israël a de surcroît laissé le choix aux 70 000 travailleurs palestiniens dont l’emploi est sur le sol israélien. Ils peuvent soit rentrer dans leur famille, soit rester en Israël. Pour la plupart, ils sont d’ailleurs restés côté israélien.

Enfin les autorités israéliennes ont facilité le passage d’une grande partie de l’aide internationale en direction de la Cisjordanie. Et même aussi en direction de Gaza, où de premiers kits de détection de la maladie ont pu être installés dimanche 12 avril. En petit nombre c’est vrai, mais c’est une avancée. En fait, Israéliens et Palestiniens n’ont pas d’autre choix que de collaborer pour éviter la propagation du virus. Ils sont dans le même bateau.  

Une réaction rapide de l'Autorité Palestinienne

Et jusqu’à présent, les résultats sont là. Le virus progresse assez peu. En Israël on compte 11 000 personnes contaminées, et 103 morts, mais le virus frappe d’abord les ultra-orthodoxes juifs, peu enclins à respecter le confinement. Côté Palestinien, le bilan est très modéré : 255 cas et 2 morts sur les 3 millions d’habitants que compte la Cisjordanie, 13 cas et zéro mort sur les 2 millions d’habitants de Gaza.

Même si ce bilan est peut-être un peu sous-estimé pour l’instant, l’épidémie est donc contrôlée pour l'instant. A Gaza, ça s’explique de façon simple : cette bande surpeuplée de 40 kms de long est quasiment coupée du monde extérieur, confinée en permanence. Et le Hamas au pouvoir à Gaza a de toute façon interdit les rassemblements, fermé les restaurants, les bars et les mosquées.

En Cisjordanie, l’Autorité Palestinienne a eu le mérite de réagir très vite. Dès l’apparition des premiers cas, à Bethléem, sans doute liés à des touristes grecs, la ville a été mise sous cloche. Et le confinement a ensuite été imposé dans toutes les grandes villes, notamment Ramallah. A l’abord des villages, les checkpoints se sont multipliés et l’armée israélienne a laissé faire.  

L'enjeu des travailleurs palestiniens employés en Israël

Mais cette coopération entre Israéliens et Palestiniens ne va pas forcément tenir. Ces derniers jours, la situation s’est tendue sur le sort de ces ouvriers palestiniens dont l’emploi est sur le sol israélien. L’autorité palestinienne redoute qu’ils ne soient contraints de travailler pour satisfaire les besoins des colonies israéliennes, au risque d’attraper le virus.

L’incertitude pèse aussi sur le sort des 340 000 habitants Palestiniens de Jérusalem Est qui sont censés avoir accès au système de santé israélien. Mais c’est très théorique. Et surtout, le gouvernement palestinien de Cisjordanie craint tout simplement de se retrouver à cours d’argent pour payer son personnel de santé, vu qu’Israel bloque toujours une grande partie de ses recettes fiscales. Et à Gaza, vu le sous-équipement sanitaire et le manque d’eau potable, on n’ose imaginer la dévastation si l’épidémie venait à flamber. Donc oui tout cela reste très fragile.  

Un policier patrouille dans les rues de la ville de Gaza confinée, le 8 avril 2020.
Un policier patrouille dans les rues de la ville de Gaza confinée, le 8 avril 2020. (MOHAMMED SABER / EPA)