Jura : la veuve d'un urgentiste mort du Covid-19 dépose plainte contre X pour "homicide involontaire", estimant que son mari a "inutilement" été "mis en danger"

Son mari travaillait à l'hôpital de Lons-le-Saunier. Une enquête préliminaire sera ouverte d'ici la fin du mois d'août, indique le parquet.

Des soignants dans une chambre de réanimation au CHU de Montpellier. (Illustration). 
Des soignants dans une chambre de réanimation au CHU de Montpellier. (Illustration).  (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

Claire Loupiac, la veuve de l'urgentiste Éric Loupiac mort du Covid-19 à 60 ans dans le Jura, a déposé plainte lundi 3 août contre X pour "homicide involontaire", "non-assistance à personne en danger" et "omission de porter secours", a appris franceinfo mardi auprès de son avocat Antoine Vey, confirmant une information du journal Le MondeLe procureur de Lons-le-Saunier a indiqué à franceinfo avoir effectivement reçu la plainte et ajouté qu'une enquête préliminaire sera ouverte d'ici la fin du mois d'août.

Claire Loupiac attend de la justice qu'elle établisse les responsabilités éventuelles dans le décès de son mari. Elle "estime qu'[il] a été mis en danger inutilement par des carences de l'administration", explique Maître Antoine Vey. 

"Il n'y avait pas de masques adaptés" 

Éric Loupiac travaillait à l'hôpital de Lons-le-Saunier. Dix jours après sa mort, en mai, son épouse expliquait à franceinfo que "le week-end du 8 mars, il est parti travailler en me disant : ‘Je pars mais je risque de me faire contaminer. Toi, tu restes à la maison'".

Selon la veuve du médecin, ce sont les protections insuffisantes à l'hôpital qui sont responsables de la contamination de son mari car le couple était confinés depuis le 26 février, date de la mort du premier Français du Covid-19. "Je ne voulais pas qu’il parte, mais je n’avais pas les moyens de l’en empêcher, avait raconté Claire Loupiac à franceinfo en mai dernier. Il n’avait pas les masques adaptés, et il n’y en avait pas assez. Surtout, les malades asymptomatiques qui venaient aux urgences pour tout autre chose que le coronavirus restaient en salle d’attente sans être masqués. Forcément, c’est comme ça qu’il a été contaminé", selon Claire Loupiac.

Le Dr Loupiac avait alerté le CHSCT dès le 2 mars 

Le directeur de l'établissement assure que du matériel était à disposition des soignants dès février et qu'une filière dédiée au Covid-19 avait été installée à l'accueil des urgences. Mais "le simple fait qu'un médecin urgentiste contracte une maladie sur son lieu de travail établit en soi une forme de manquement", estime l'avocat de Mme Loupiac. 

Me Antoine Vey explique que "le docteur Loupiac avait très tôt pointé des dysfonctionnements très graves dans l'organisation notamment de l'accueil du public, des malades du Covid-19, qui étaient en contact direct avec le corps médical, et deuxièmement quant au fait que les médecins n'étaient pas équipés des masques qui auraient pu les protéger. La direction de l'hôpital n'a pas mis en place les mécanismes qui permettaient de protéger les soignants et il est absolument évident que le docteur Loupiac a contracté le Covid-19 sur son lieu de travail. À partir de là, il y a des responsabilités qui peuvent découler sous différentes qualifications et qui justifient à notre sens ce dépôt de plainte". Éric Loupiac, délégué de l'association des médecins urgentistes de France (Amuf) avait alerté le comité d'hygiène et de sécurité de son hôpital le 2 mars.

Une plainte contre X pour déterminer les responsabilités

Alors que Claire Loupiac avait d'abord envisagé de déposer plainte contre le ministre de la Santé Olivier Véran, l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne-France-Comté et le directeur de l’hôpital de Lons-le-Saunier (Jura), comme elle l'avait indiqué en mai à franceinfo, elle a finalement décidé de déposer plainte contre X. "On a essayé d'avoir une démarche qui n'est pas une démarche politique mais une démarche judiciaire", explique son conseil, dénonçant "des faits précis que l'on porte à l'attention du procureur de la République en lui demandant de faire une enquête".

Quand on commence à déposer une plainte en identifiant quelqu'un c'est qu'on a la conclusion avant l'enquête.Me Antoine Vey, avocat de Mme Loupiacà franceinfo

"Nous, on a juste relevé des faits qui nous paraissent être susceptibles d'être qualifiés pénalement, et on attendra que l'enquête établisse les responsabilités, insiste Me Antoine Vey. On n'est pas dans une accusation gratuite, on est dans la demande visant à ce que des investigations soient conduites".