"Excellents résultats" de Sanofi : "C'est un peu un colosse aux pieds d'argile", prévient un économiste de la santé

Sanofi va verser un dividende en hausse à ses actionnaires peu de temps après avoir annoncé la suppression d'un millier de postes en France. Pour l'économiste de la santé Frédéric Bizard, cette décision qui suscite la polémique a été prise pour préserver la compétitivité du groupe pharmaceutique.

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Logo de Sanofi, au siège de l'entreprise à Paris.  (FRANCK FIFE / AFP)

Sanofi enregistre en 2020 un bénéfice record de 12,3 milliards d'euros, soit une hausse de 340 % par rapport à 2019. Le groupe va verser 4 milliards d'euros de dividendes à ses actionnaires, de quoi relancer la polémique après l'annonce de la suppression d'un millier de postes en France dont 400 dans la recherche et le développement. "C'est un peu un colosse aux pieds d'argile, depuis 10 ou 15 ans les résultats ne sont pas là", a expliqué vendredi 5 février sur franceinfo Frédéric Bizard, professeur d'économie à l'ESCP Business School, président de l'institut Santé.

franceinfo : Est-ce le bon moment pour verser des dividendes aux actionnaires ?

Le sujet est plus complexe qu'il en a l'air et il faut éviter une approche simpliste des choses. D'un côté, il y a pour les salariés de l'entreprise quelque chose d'absolument inaudible qui est de voir une entreprise avec une santé financière colossale, voire insolente, en 2020 réaliser des licenciements. Vous pouvez donner toutes les explications que vous voulez, il y a quelque chose d'inaudible avec une temporalité particulièrement malvenue. La deuxième chose est une réalité économique. Sanofi est contraint de verser un dividende en hausse si l'entreprise ne veut pas se fragiliser et devenir une proie par rapport à ses concurrents. C'est-à-dire risquer une chute de son action en bourse qui pourrait la fragiliser. Cela mettrait l'ensemble du groupe en danger.

Pourquoi Sanofi est-il fragile ?

C'est un peu un colosse aux pieds d'argile. Les principaux concurrents de Sanofi ont pris le virage stratégique vers les biotechnologies, l'immunologie, la génomique, il y a 10 ou 15 ans alors que Sanofi l'a pris en 2019. Le problème de Sanofi est dans l'efficacité de sa recherche. Depuis 10 ou 15 ans, les résultats ne sont pas là. Sanofi a pris énormément de retard dans les technologies gagnantes, on le voit avec le vaccin anti Covid, le groupe n'est pas présent dans les vaccins ARN Messager là où ceux qui réussissent le sont. On voit que cette stratégie d'externalisation de la recherche présente des risques. Il faut trouver les bons partenaires. La plupart de son bénéfice est liée à la vente des 20 % du capital de son partenaire, Regeneron.

La capacité d'innover de Sanofi est-elle garantie ?

Non, parce qu'on voit que dans les technologies gagnantes, Sanofi a pris beaucoup de retard. C'est une course contre la montre, c'est une course mondiale. Nous avons des chercheurs de talent, une histoire, et dans ces technologies d'ARN messager la France a toute sa place, mais il faut vraiment mettre en place un plan stratégique d'envergure. Il nous faut un parc technologique en biotechnologie et en génomique. Soit on a une réponse à l'échelle nationale et on peut redonner un peu d'espoir aux salariés et à la recherche française, soit on continuera à être sur la voie du déclin.

L'Etat doit-il maintenir les aides publiques ?

Ce soutien public a fait ses preuves. La France a désinvesti dans la recherche fondamentale médicale. On est passé de 3,5 milliards d'euros il y a 10 ans à 2,5 milliards. Donc n'aggravons pas la situation de sous-investissement à un moment où on est dans une transition technologique. La recherche fondamentale a vraiment besoin de soutien public.

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