#EtAprès Pour que le sport dans sa dimension sociale retrouve toute sa place

Partout, le sport est à l'arrêt. Et cette situation inédite de sevrage sportif révèle en creux l’impact social du sport. David Blough plaide pour que les éducateurs, animateurs et professeurs de sport jouent pleinement leur rôle dans la reconstruction du monde d'après.

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Radio France
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Terrains de sport désertés à Bogota (Colombie), le 21 mars 2020. (RAUL ARBOLEDA / AFP)

Coronavirus : et après ? franceinfo ouvre le débat. Un échange à grande échelle pour stimuler et partager des questions, des idées, des témoignages et ouvrir le débat le plus largement possible sur les solutions de demain : #EtAprès, qu’est-ce qui doit changer ? Cette contribution est signée par David Blough, directeur exécutif de Play International, ONG qui intervient auprès des enfants par l'éducation sportive.


#EtAprès. Le sport, comme l’ensemble des secteurs de nos économies et de nos sociétés, est considérablement impacté par la crise sanitaire actuelle. Exit les compétitions, reportées sine die, adieu les retransmissions et émissions TV ; bonjour le chômage technique pour les supporters, les angoisses pour les sportifs et les cheveux blancs pour les dirigeants de clubs. Au revoir le match du week-end avec les ami(e)s, l’heure est aux tutos de sport à la maison. C’est le moment de relever le défi du footing de plus de cinq kilomètres dans un rayon d’un kilomètre de son domicile, le tout sans croiser un autre coureur à moins d’un mètre, avant 10h ou après 19h. Le manque de sport est quotidien et prégnant. Les sportifs, du dimanche ou de haut niveau, s’adaptent tant bien que mal à ce sevrage forcé. Les annonceurs, diffuseurs, organisateurs d’événements, propriétaires de clubs, etc. font de même en espérant que les scénarios les plus noirs ne se réaliseront pas. Cette réalité est vécue au quotidien par de nombreuses personnes. Elle est également largement relayée dans les médias.

Ce qui ne l’est pas, c’est la disparition brutale de l’impact social du sport. Confinement oblige, les acteurs de l’éducation par le sport fonctionnent au ralenti quand ils ne sont pas tout simplement à l’arrêt. Les compétitions sont suspendues ; c’est aussi le cas de l’ensemble des activités éducatives et sociales proposées dans les écoles, les programmes périscolaires, les clubs. Nous réalisons pleinement l’importance fondamentale des soignants, livreurs, éboueurs, (etc) et les parents découvrent les "joies" de l’enseignement à domicile. Prenons donc également conscience de l’importance du rôle des acteurs de l’éducation par le sport : éducateurs, animateurs, enseignants et professeurs de sports sont eux aussi des "héros du quotidien". Ce temps de sevrage sportif est aussi l’occasion de souligner l’importance de l’engagement de ces professionnels au quotidien. Les publics qu’ils accompagnent sont ceux qui feront la France de demain. Dans le monde d’après, il faudra leur donner une place prépondérante et exploiter pleinement le potentiel du sport en matière d’impact social.

Le sport, en particulier dans sa dimension éducative, ne doit pas sortir perdant de cette crise économique, sociale et environnementale. Le négliger reviendrait à nous tirer, collectivement, une balle dans le pied car il est une solution pour permettre aux enfants de grandir, aux sociétés d’inclure les plus faibles, aux citoyens de s’engager pour les autres.

David Blough

Le sport peut être utilisé pour créer de nouvelles façons de coopérer dans un monde plus que jamais interdépendant et interconnecté. Le sport doit absolument être l’une des réponses pour construire le bien commun dans notre société post Covid-19 et non un artefact du monde d’avant.

Pour cela, nous avons grandement besoin de volonté, notamment politique. N’est-ce pas en période crise qu’il faut se réinventer ? Fonds supplémentaires pour l’Agence nationale du sport dédiés à l’innovation sociale ; augmentation des budgets alloués à l’héritage de France 2023 et Paris 2024 ; refonte de la formation initiale des professionnels et amélioration de la formation continue ; système de péréquation plus important entre le sport qui génère des milliards et le sport pour tous ; rubrique quotidienne dédiée à l’éducation par le sport dans L’Equipe ; etc. Les idées pour convaincre les sceptiques sont nombreuses et il est impératif qu’elles soient portées au plus haut niveau de décision de l’Etat, des collectivités et des entreprises.

Pour ne pas retrouver le sport du monde d’hier, il existe en effet un autre impératif : démythifier le sport. Les sociologues ont beau écrire qu’il n’existe pas de valeurs propres au sport, les amoureux du sport croient souvent dur comme fer à ses vertus positives et à l’idée qu’il est essentiellement bon pour nos sociétés. Les historiens ont beau mettre en exergue ses dérives, nous rejetons systématiquement les scandales qui viennent salirent la "pureté" du sport, comme si ces événements n’étaient que l’usurpation temporaire d’un idéal immuable. Pour utiliser le sport à notre avantage collectif, il faut l’aborder par le prisme des problématiques qu’il peut contribuer à résoudre et à l’aune de ce qu’il peut apporter réellement. Le sport peut être un formidable outil pour apporter des réponses à certaines problématiques mais il n’est pas pour autant une baguette magique. Il y a une compétition à remporter contre le Covid-19. Mais lorsque la fin du match sera sifflée, l’un des défis sera de libérer, enfin, le potentiel du sport en matière d’impact social.

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