#EtAprès. Ce que le système de gestion de crise en Corée du Sud peut nous apprendre face à des épreuves comme le coronavirus

Si la Corée du Sud a su jusque-là mieux répondre à la crise du coronavirus, c'est parce qu'elle a subi un double traumatisme récent, rappelle Luc Pierron : le naufrage du "Sewol" en 2014 et l’épidémie de Mers en 2015. 

Cérémonie dans un temple bouddhiste de Séoul (Corée du Sud), le 30 avril 2020.
Cérémonie dans un temple bouddhiste de Séoul (Corée du Sud), le 30 avril 2020. (ED JONES / AFP)

Coronavirus : et après ? franceinfo ouvre le débat. Un échange à grande échelle pour stimuler et partager des questions, des idées, des témoignages et ouvrir le débat le plus largement possible sur les solutions de demain : #EtAprès, qu’est-ce qui doit changer ? Cette contribution est signée par Luc Pierron, co-coordinateur du Pôle Santé de Terra Nova.


À l’heure des comptes, le modèle sud-coréen de prévention et de lutte contre le Covid-19 devra être examiné avec attention. En témoignent ces chiffres provisoires : au 20 avril 2020, 236 décès avaient été rapportés pour près de 10 674 cas, soit un taux de létalité de 2% (pour rappel, la France se situe à plus de 10%) avec un niveau de dépenses de santé plus faible que la France et que la moyenne des pays de l’OCDE. Mieux encore, les élections prévues le 15 avril ont non seulement été maintenues, mais elles ont donné lieu à une participation historique.

Alors, on s’interroge : pourquoi la Corée du Sud s’en sortirait mieux que d’autres ?

De nombreux observateurs évoquent pêle-mêle : les dépistages gratuits proposés massivement ; le "contact tracing" (recherche de toutes les interactions récentes à moins de 2 mètres) intrusif et obligatoire, pour suivre les cas confirmés ou suspects ; et la surveillance stricte des quarantaines, en particulier grâce à une application mobile. Mais ils oublient peut-être le plus important : l’expérience de la catastrophe et la transformation récente du système de gestion de crise sud-coréen.

Depuis 2015, une refonte complète de la réponse aux crises

Le pays du Matin calme a connu, coup sur coup, deux catastrophes mal anticipées et mal gérées : le naufrage du Sewol en 2014 et l’épidémie de Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) en 2015. Dans les deux cas, les critiques ont été nombreuses : fonctionnement ministériel en silos, faible coordination entre les échelons national et local, communication de crise chaotique, manque d’informations à destination des citoyens, déficit de moyens, législation inadaptée, retard technologique, équipes spécialisées en nombre insuffisant…

Dépassant ce double traumatisme, les autorités coréennes ont opéré une transformation complète de leur système de préparation et de réponse aux crises. Depuis 2015, les changements ont été nombreux et structurants : alignement stratégique derrière un seul décideur public, le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité ; introduction de mécanismes d’anticipation et d’alerte précoce grâce à la centralisation de nombreuses données numériques ; multiplication des exercices de simulation de crise, avec en particulier une journée dédiée à un exercice national chaque année en mai. Le tout avec la volonté ferme que les autorités, les établissements de santé et même la population deviennent plus résilientes, en étant mieux préparés aux crises et aux catastrophes. Une voie d’avenir ?

A lire :
"Comment devenir un bon élève face au Covid-19 ? Le système de gestion de crise en Corée du Sud" – Luc Pierron pour Terra Nova 
"Sommes-nous prêts à la guerre (sanitaire) ? Autonomie stratégique et géopolitique de crise" - Luc Pierron pour Terra Nova