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En Afrique, le confinement se généralise face au virus mais il est peut-être déjà trop tard

Sur le continent africain, la pandémie en est encore à ses débuts. Et plusieurs pays essaient de réagir rapidement. Mais l'état sanitaire général risque d'aggraver la situation.

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Masques et gel hydroalcoolique à Soweto, près de Johannesburg (Afrique du Sud) le 24 mars 2020
Masques et gel hydroalcoolique à Soweto, près de Johannesburg (Afrique du Sud) le 24 mars 2020 (MARCO LONGARI / AFP)

Les premiers à avoir montré l’exemple, ce sont le Rwanda, au cœur du continent, et l’Île Maurice dans l’Océan Indien. Dès le samedi 21 mars, alors qu’ils comptaient seulement une poignée de personnes contaminées, ces deux pays ont décrété un confinement total : interdiction des déplacements, fermeture des commerces et des aéroports, etc. Et au Rwanda, les consignes de distanciation et de lavage des mains sont en une des médias depuis plusieurs jours.

Depuis, d’autres pays africains leur ont emboîté le pas et ont décrété le confinement à leur tour : la Tunisie, et surtout la grande Afrique du Sud et ses 60 millions d’habitants. Le confinement doit y démarrer jeudi 26 mars et durera au moins trois semaines. L’armée sera déployée pour le faire respecter. L’Afrique du Sud est pour l’instant le pays le plus touché du continent avec 550 cas.

Dans certains pays les restrictions sont pour l’instant limitées aux grandes villes : c’est le cas à Lagos au Nigeria, à Lubumbashi en République Démocratique du Congo ou bien Antananarivo à Madagascar. Enfin, d’autres ont simplement instauré un couvre-feu nocturne tout en décrétant l’état d’urgence sanitaire (le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Gabon), ou bien simplement fermé les bars et les restaurants (c’est le cas du Burkina Faso).  

20 fois moins de médecins par habitants qu'en France

C’est une réaction en fait plus rapide qu’en Europe, plus rapide par rapport à l’état de progression du virus. Cette mobilisation intervient à un stade où la pandémie est encore peu répandue sur le continent africain. Certes tous les pays sont désormais touchés mais dans des proportions limitées : 1800 personnes contaminées en Afrique dont 57 morts, sur un total de 17.000 victimes dans le monde, à date du 24 mars.

Le problème, c’est que le risque d’une catastrophe sanitaire est beaucoup plus important. D’abord, la mise en œuvre de ces mesures de confinement sera très difficile. Dans de nombreux pays africains, 20 à 40% de la population vit dans ce qu’on appelle pudiquement de "l’habitat informel" : des bidonvilles de tôle sans eau courante ni parfois électricité. Quant au savon, c’est une denrée plutôt rare. Autant dire que le confinement est quasiment impossible. Ensuite, le déficit en équipement de santé est énorme. Même dans des pays urbanisés comme le Kenya ou le Nigeria, on ne compte que quelques dizaines d’hôpitaux. Et le nombre de médecins généralistes par habitants est 20 fois inférieur à celui de la France. Alors ne parlons pas de chambres stériles ou de ventilateurs respiratoires. Dans des pays comme le Burkina, la Centrafrique, la Somalie, qui sont confrontés à la guerre ou au terrorisme, l’équipement sanitaire est quasi inexistant. Donc le virus pourrait décimer la population.

Le risque de pénurie alimentaire et d'explosion sociale

En plus l’hypothèse d’une explosion sociale est très forte. D’une part, si l’économie, y compris l’économie informelle s’arrête, toute une partie de la population ne pourra plus s’acheter quoi que ce soit pour se nourrir. En l’espace de quelques jours. C’est le cas par exemple en Afrique du Sud. D’autre part, dans plusieurs de ces pays africains, le pouvoir en place est contesté pour ses méthodes répressives. On peut citer la Guinée ou l’Egypte. Si le pain vient à manquer, là encore, le risque politique est majeur.  

Masques et gel hydroalcoolique à Soweto, près de Johannesburg (Afrique du Sud) le 24 mars 2020
Masques et gel hydroalcoolique à Soweto, près de Johannesburg (Afrique du Sud) le 24 mars 2020 (MARCO LONGARI / AFP)