Deux nouveaux clusters en Nouvelle-Aquitaine : "Dans ces zones vertes, le virus est en embuscade", met en garde une infectiologue

Tout semblait sous contrôle, mais deux nouveaux foyers épidémiques viennent d'être découverts en Dordogne et dans la Vienne. L'infectiologue Anne-Claude Crémieux met en garde sur la circulation du virus dans les zones vertes.

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Une femme portant un masque traverse une rue déserte à Paris, le 20 avril 2020. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

"Dans ces zones dites vertes, il faut considérer que le virus est là. Il est en embuscade, il circule"alerte Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis de Paris. Deux nouveaux clusters, des foyers épidémiques, viennent d'être découverts en Dordogne et dans la Vienne alors que tout semblait sous contrôle dans ces deux départements.

franceinfo : Comment expliquer la présence de ces deux foyers de Covid-19 en zone verte ? 

Anne-Claude Crémieux : Il faut bien comprendre que le fait d'être classé en vert ne veut absolument pas dire que le virus ne circule pas. Vert, ça veut dire qu'il y a moins de 6% des personnes qui se présentent aux urgences avec une suspicion de Covid-19. Mais on le sait, plus de la moitié des personnes qui sont infectées sont peu symptomatiques ou asymptomatiques, c'est-à-dire qu'elles circulent. Elles ne se présentent pas aux urgences. Les chaînes de transmission sont donc pratiquement invisibles et par conséquent, dans ces zones dites vertes, il faut considérer que le virus est là, qu'il est en embuscade, et qu'il circule.

Comment interpréter l’existence de ces deux clusters ?

Je crois que ça signifie surtout l'extrême importance des mesures barrières. À un moment où, justement, on va déconfiner, c'est-à-dire que les personnes vont avoir plus de contacts dans la journée, il est absolument essentiel d'avoir ces mesures barrières. Il faut respecter les distances de 1 à 2 mètres, les gels hydroalcooliques et le port de masques, quand on va rencontrer des gens, quand on va être dans des zones où on va côtoyer d'autres personnes.

Les brigades sanitaires seront chargées de briser les chaînes de contamination. C'est un dispositif essentiel, selon vous ?

C'est effectivement un des aspects extrêmement importants du contrôle de l'épidémie en phase de déconfinement. Il faut identifier extrêmement rapidement ces clusters et pouvoir remonter les chaînes épidémiques, les chaînes de circulation du virus. On l'a vu, ça a été effectivement fait et on voit bien que parmi les personnes qui ont été infectées lors de ces rassemblements, il y a des gens très peu symptomatiques, voire asymptomatiques. C'est la seule façon de pouvoir les identifier, c'est en remontant cette chaîne de contamination et c'est donc un élément essentiel des jours qui viennent pour éviter le rebond épidémique.

Pensez-vous que le risque d'un rebond de l'épidémie est important ?

Je crois que tout va dépendre de l'efficacité de ces deux ordres de mesures. Encore une fois, des mesures barrières qui sont de la responsabilité de chacun d'entre nous. Chacun doit faire un effort pour que le virus ne circule pas par lui. Et puis, la capacité des autorités sanitaires à effectivement lancer rapidement ces brigades pour casser les chaînes de contamination et éviter le rebond épidémique.

Le nombre de morts diminue en France. Assistons-nous à une disparition naturelle du virus ?

Je crois que le virus nous a appris l'extrême prudence. Il est à mon sens extrêmement difficile de faire la part aujourd'hui entre ce qui revient au confinement qui a eu un effet extrêmement clair sur la circulation du virus et une éventuelle diminution liée à la saisonnalité du virus. Je dois dire que, malheureusement, l'évolution épidémie est extrêmement incertaine à ce jour et c'est l'avenir qui nous permettra de trancher.

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