Covid-19 : l'épidémie a "accentué les inégalités sociales en France", selon une enquête de l'Inserm

Contraintes d'aller travailler, vivant dans des logements exigus dans des zones denses en population, les professions dites essentielles ont été les plus touchées. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
La ligne 13 du métro parisien, bondée malgré le coronavirus, le 14 mai 2020. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

L'épidémie de Covid-19 a accentué les inégalités sociales en France, confirme vendredi 9 octobre une grande enquête de l'Inserm (l'Institut national de la santé et de la recherche médicale) menée auprès de 13 000 personnes à partir du mois d'avril et que franceinfo a pu consulter.

Le virus frappe d'abord les plus mal logés et les plus précaires. Les personnes qui habitent un logement exigu ou surpeuplé sont 2,5 fois plus nombreuses à avoir contracté le Covid-19 indique cette étude. "Il y a des facteurs structurels qui expliquent l'exposition au virus, en particulier le logement exigu et la densité de la commune de résidence" explique la sociologue Nathalie Bajos, directrice de recherches à l'Inserm, invitée de franceinfo vendredi 9 octobre. Elle démontre "un effet cumulatif des inégalités".

Plus d'une personne sur 10 a vécu le confinement dans un petit espace. Cela a concerné 20% des professions dites essentielles pendant cette période, personnel de nettoyage, aide à domicile, ouvriers du bâtiment ou caissières. Toujours selon l'enquête de l'Inserm, la plupart des personnes qui vivent dans un logement surpeuplé habitent aussi dans des villes très denses, ce qui multiplie les risques d'être contaminé.

Le télétravail principalement réservé aux cadres

Quant au télétravail, il a été appliqué de manière très différenciée : tandis que 50% des cadres l'on pratiqué à temps plein, 70% des professions considérées comme essentielles ont continué de se rendre sur leur lieu de travail. "Pendant le confinement, on a un cadre sur deux qui a travaillé exclusivement chez lui alors que ça n'a concerné qu'1% des catégories ouvrières", rappelle notamment Nathalie Bajos.

Enfin, les jeunes et les milieux populaires, déjà fragiles avant la crise sanitaire, ont davantage été frappés par le chômage partiel ou technique, avec souvent une perte de revenu puisque l'État n'a pris en charge que 84% du salaire.

Les personnes immigrées "surexposées" au Covid-19

"Les personnes immigrées d'origine non-européenne de première génération sont beaucoup plus touchées que les autres", relève la directrice de recherches à l'Inserm. Nathalie Bajos souligne que "cette surexposition des personnes immigrées est liée à leurs conditions de vie, c'est-à-dire que quand on analyse, quand on tient compte du fait que ces populations travaillent plus dans certains secteurs, qu'elles vivent plus dans des logements surpeuplés, plus souvent dans certaines communes très denses, il n'y a plus d'effets significatifs liés au fait d'avoir cette caractéristique".

Les plus de 65 ans ne sont pas les plus touchés 

Si lorsqu'on est plus âgé, on a effectivement un risque beaucoup plus élevé de développer une forme grave du coronavirus, l'enquête de l'Inserm démontre que les plus de 65 ans ne sont pas les plus touchés par la maladie. "C'est la tranche d'âge des 30-50 ans" qui est la plus touchée selon la directrice de l'institut. Cela n'est pas pour autant lié au fait que cette tranche d'age respecte moins les gestes barrières,  "mais c'est vraiment les effets des conditions de vie qui rendent compte de cette surexposition". "Les facteurs structurels comme les conditions de vie, sont absolument majeurs", conclut Nathalie Bajos.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.