Covid-19 : "Il y avait 33 clusters en prison au 15 octobre" contre "trois en juin", s’inquiète la nouvelle Contrôleuse générale des prisons

Dominique Simonnot a aussi regretté sur franceinfo que le nombre de détenus dans les prisons françaises soit reparti à la hausse ces dernières semaines. 

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Dominique Simonnot le 20 octobre 2020.  (BERTRAND GUAY / AFP)

"Il y avait 33 clusters en prison au 15 octobre" contre "trois en juin", s’est inquiétée la nouvelle contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, vendredi 23 octobre sur franceinfo. "Et c'est dommage parce que l'administration pénitentiaire s’était très bien tirée de la première phase de l’épidémie", de Covid-19 a ajouté l’ancienne chroniqueuse judiciaire du Canard enchaîné. Parallèlement, le nombre de détenus remonte et atteint désormais plus de 62 000 pour 61 000 places selon elle. Face à cette situation, Dominique Simonnot, qui a été nommée en Conseil des ministres le 14 octobre dernier, appelle les juges à "prononcer des aménagements de peines".

franceinfo : Quand le garde des Sceaux vous a appelé pour vous proposer ce poste, comment avez-vous réagi ? 

Dominique Simonnot : Je suis littéralement tombée par terre ! Je ne m'y attendais absolument pas. Je n'y avais même pas pensé une seconde. J'ai commencé par dire non. Puis après, j'ai raccroché, j'ai réfléchi et je me suis dit 'après tout, c’est quand même toute ta vie qui défile là, tous les sujets que tu as traités comme journaliste et dans la première partie de ma vie professionnelle, quand j'étais éducatrice dans l'administration pénitentiaire'. Finalement, tout ça se recoupait et je me suis dit : 'c'est un aboutissement pour moi'. 

La crise sanitaire n'épargne pas la prison. Des foyers de contamination apparaissent un peu partout. Quelle est la situation ? 

Il y avait 33 clusters en prison au 15 octobre, alors qu'il y en avait 3 en juin. Et c'est dommage parce que l'administration pénitentiaire s’était très bien tirée de la première phase de l’épidémie. 

L'Observatoire international des prisons (OIP) affirme notamment que les détenus manquent de masques.

Dès que je suis arrivée au contrôle, j'ai pris attache avec la direction de l'administration pénitentiaire pour m’inquiéter de la situation des masques. Et il m'a été répondu, avec une circulaire qui vient de paraître il y a quelques jours, qu’une distribution de masques allait être assurée. C'est donc un problème qui est en train d'être réglé. Quand on est à trois dans une cellule, imaginez les barrières sanitaires. 

Pour éviter une situation incontrôlable, le gouvernement avait choisi de réduire le taux d'occupation des prisons il y a quelques mois. On en était à 58 000 détenus au 1er juillet pour 61 000 places. Ce taux est-il remonté ?

Aujourd'hui, on en est à plus de 62 000 détenus, donc on est repassé à plus de 100% d'occupation. En plus, ce qui est très inquiétant, c’est qu’il y a plus de 20 000 détenus provisoires actuellement, soit plus de 30%, ce qui est énorme, avec des taux d’occupation qui atteignent les 180 ou 190% comme à la maison d’arrêt de Nîmes. Et je crois que les magistrats correctionnels ont un grand rôle à jouer. D'abord en s'emparant de la nouvelle loi qu'on appelle "le bloc de peines", même si ce n'est pas la loi du siècle et qu'elle est pleine de contradictions, elle contient un éventail d'alternatives d'incarcération très intéressantes. Et le juge correctionnel peut décider de lui-même, dès le tribunal, d'un aménagement de peine. 

C'est votre priorité : essayer de pousser à ce qu'il y ait des alternatives à la prison ? 

Oui, et là, je vous dis, l'éventail offert est très large et j'ai déjà vu aux dernières audiences de comparution immédiate où je suis allée, notamment à Paris, des juges s'en emparer et prononcer des aménagements de peine dès le début, alors que dans la chambre d'à côté, le président envoyait tout le monde en prison. Il faut absolument que les juges s'emparent de ça. 

"Le rôle de la police, c’est d’intimider ceux qui veulent nous intimider", a déclaré le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, après l’assassinat du professeur Samuel Paty. Qu’en pensez-vous ? Cela vous rassure ou cela vous inquiète ? 

Ni l'un ni l'autre. C'est juste une déclaration assez banale. Vous vous souvenez de Charles Pasqua, qui prétendait "terroriser les terroristes" ? Qu’est-ce que vous voulez qu’il dise le ministre de l’Intérieur ? Il essaie quelque chose, il a notamment essayé, et là on peut être tout à fait en désaccord, de dire qu'il allait revoir la loi sur l'asile, ce qui serait une hérésie. Il faut quand même être conscient que cet homme, l'assassin terroriste [de Samuel Paty], avait dix ans quand ses parents sont arrivés et ont obtenu l'asile. Donc, aucun rapport avec le fait qu'on lui ait donné l'asile ou pas.

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