Covid-19 : en Guyane, "l'épidémie est en train de gagner la course" alors que moins de 5% des habitants sont vaccinés en raison de "fake news", selon l'ARS

"On a une augmentation très franche des contaminations" de Covid-19 en Guyane, alerte Clara de Bort alors qu'un confinement partiel de 15 jours est mis en place vendredi dans le département d'Outre-mer.

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Radio France
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Une infirmière fait passer des tests au Covid-19 à Maripasoula (Guyane), le 18 août 2020. Photo d'illustration.
 (THIBAUD VAERMAN / HANS LUCAS / AFP)

Face à une nouvelle poussée de l'épidémie de Covid-19, la préfecture de Guyane a annoncé un confinement partiel à compter du vendredi 14 mai et pour une durée de 15 jours. "L'épidémie est en train de gagner la course", a témoigné jeudi soir sur franceinfo Clara de Bort, directrice générale de l'Agence régionale de santé (ARS) de Guyane. Le taux de vaccination de la population, inférieur à 5%, est insuffisant pour freiner la circulation du virus. Cela s'explique, selon Clara de Bort, par la réticence d'une partie de la population à se faire vacciner, en raison de "fake news" qui circulent.

franceinfo : Quelle est la situation épidémique en Guyane ?

Clara de Bort : L'épidémie est en train de gagner la course. On a une augmentation très franche des contaminations depuis une semaine, on atteint un taux d'incidence de 350 pour 100 000 habitants, alors qu'on était sur un palier qui nous faisait espérer une redescente prochaine. Ça se ressent déjà à l'hôpital parce que nous avons de plus en plus de patients hospitalisés en hospitalisation traditionnelle comme en réanimation. Nous bénéficions de renforts très précieux du service de santé des Armées mais il est absolument urgent de freiner les contaminations donc nous avons dû prendre la décision d'un confinement thématique, qui ressemble au confinement que l'on a connu en métropole.

Est-ce que connaissez les raisons de la recrudescence de l'épidémie ?

Nous savons que nous avons un variant très contagieux, le variant brésilien, qui représente 80% des contaminations, et les mesures barrières qui sont mises en place ne sont manifestement pas suffisantes compte tenu de cette circulation d'un variant plus contagieux. Nous avons donc dépassé notre deuxième vague qui avait été peu élevée parce qu'on avait déjà une bonne protection grâce à la première vague. Et là ça ne suffit pas, et la couverture vaccinale est nettement insuffisante et ne permet pas de freiner les contaminations.

Peu de Guyanais sont vaccinés, pourquoi ?

Moins de 5% des Guyanais sont vaccinés avec deux doses. C'est très différent de la situation dans l'Hexagone où il y a plutôt des difficultés avec l'offre. L'offre est inférieure à la demande dans l'Hexagone, alors qu'en Guyane c'est l'inverse. Nous avons beaucoup de doses, nous avons des doses Pfizer uniquement. Nous avons élargi très tôt la cible vaccinale pour prendre en compte la jeunesse de la population et pour protéger le plus rapidement possible le territoire puisque nous avons une frontière avec le Brésil. Mais nous avons une population très hétérogène, avec des références culturelles très variées, différentes de celles que nous avons dans l'Hexagone.

"Il n'y a pas de problème de logistique, c'est vraiment une demande qui n'est pas encore très forte et qui diminue puisque le nombre de premières injections se réduit de jour en jour."

Clara de Bort, directrice générale de l'ARS de Guyane

à franceinfo

On sent qu'on a presque fini de vacciner les personnes qui étaient convaincues. Donc maintenant c'est à nous d'aller chercher les personnes qui hésitent pour les amener à venir se faire vacciner. Ce n'est pas une tâche facile, nous avons beaucoup d'obstacles, notamment des fake news qui circulent très fortement en Guyane. Nous travaillons avec des associations, notamment Médecins du monde et la Croix rouge française, mais il est difficile dans certains coins d'exprimer une opinion favorable à la vaccination. Il faut vraiment que nous soyons aidés et que tous les corps intermédiaires interviennent, les entreprises, les élus, les responsables associatifs, les responsables religieux, culturels. C'est tous ensemble que nous allons y arriver.

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