Covid-19 : des chercheurs d'Harvard plaident pour une généralisation de "mauvais tests" moins chers et plus rapides

Les tests PCR sont très sensibles mais y accéder est parfois difficile aux Etats-Unis. Plusieurs experts estiment qu'en multipliant les tests rapides à un dollar, il serait possible de détecter davantage de malades qu'aujourd'hui en misant sur l'effet de masse.

Des personnels de santé lors d\'une opération de tests rapides, le 18 juin 2020 à Sao Paulo (Brésil).
Des personnels de santé lors d'une opération de tests rapides, le 18 juin 2020 à Sao Paulo (Brésil). (FERNANDA LUZ / AGIF / AFP)

L'idée peut surprendre de prime abord. Voici que des chercheurs de l'université Harvard, aux Etats-Unis, prônent l'adoption de tests rapides à un dollar pour lutter contre la propagation du Covid-19. La sensibilité de ces techniques est certes toute relative, mais elles auraient l'avantage d'être utilisables plusieurs fois par semaine par toute la population. Il s'agirait donc de miser sur la quantité et la répétition des tests plutôt que sur leur qualité.

De nombreux "faux négatifs" mais un effet d'échelle

Le professeur d'épidémiologie Michael Mina, par exemple, milite depuis des semaines pour ce qu'il a appelé des tests de mauvaise qualité, "nuls" ou plus familièrement "merdiques" ("crappy"). L'idée est de s'affranchir du modèle actuel de tests moléculaires de haute précision (PCR). Ceux-ci sont encore trop rares dans une large partie des Etats-Unis. Les gens habitants font souvent la queue des heures et attendent des jours – voire une semaine – pour obtenir les résultats.

Michael Mina a proposé que l'agence américaine des médicaments (FDA) autorise la mise sur le marché de tests rapides, faits à la maison à partir d'une bandelette de papier qui changerait de couleur en un quart d'heure pour donner le résultat, comme un test de grossesse. Ces tests ont une sensibilité faible, c'est-à-dire qu'ils manquent beaucoup de cas positifs et donnent donc beaucoup de "faux négatifs".

Mais pour Michael Mina et d'autres experts, cette stratégie serait plus efficace en termes de santé publique puisqu'au niveau de la population, le nombre de cas identifiés serait plus grand qu'actuellement. Ces tests rapides sont bons en moyenne pour détecter les personnes qui rejettent beaucoup de virus, c'est-à-dire quand elles sont très contagieuses, au tout début, tandis que les tests PCR sont très sensibles et détectent même de faibles concentrations de virus, par exemple en fin de maladie quand les gens sont peu contagieux.

"Pas cher au point d'être utilisé fréquemment"

"Nous sommes tellement attachés aux tests hauts de gamme et chers que nous ne testons personne", a déploré Michael Mina récemment dans le podcast This Week in Virology (en anglais). "Peut-être n'avons-nous besoin que d'un test nul. S'il n'est pas cher au point de pouvoir être utilisé fréquemment, alors il détectera peut-être 85% des gens contagieux, au lieu de moins de 5%".

Le directeur de l'institut de santé global d'Harvard, Ashish Jha, est lui aussi revenu à la charge. "Ces tests ne sont pas si nuls", a-t-il dit à des journalistes. "Quand on est très contagieux, et qu'on a beaucoup de virus dans la gorge et ailleurs, le test s'améliore beaucoup". Or, "d'un point de vue épidémiologique, c'est exactement le moment où on veut détecter les gens". Même si le test rapide manque la moitié des cas, il est probable qu'avec deux tests par semaine, il finira par les détecter.

Tous rappellent qu'en outre, le système actuel rate neuf cas sur dix, puisque relativement peu de personnes se font dépister, selon les estimations des Centres de lutte contre les maladies. La FDA n'a encore autorisé aucun de ces tests à bandelette, qui coûteraient entre 1 et 5 dollars. Ashish Jha craint que le "gouvernement fédéral ne soit bloqué dans un schéma de pensée insensé pour cette pandémie".