Covid-19 : 81% des enseignants se sentent mal ou très mal protégés en classe face au virus, selon une enquête du SNUipp-FSU qui demande "un protocole sanitaire renforcé"

Guislaine David pointe la difficulté "d'assurer la distanciation physique entre les élèves" et les gestes barrière que les enseignants ne sont "plus en capacité de faire respecter". 

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Radio France
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Dans une école primaire de Montpellier, le 1er septembre 2020 (photo d'illustration). (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

Plus de quatre enseignants sur cinq (81%) se sentent mal ou très mal protégés en classe face au Covid-19. C'est ce qui ressort d'une enquête réalisée par la SNUipp-FSU, principal syndicat d'enseignants du primaire, auprès de 10 419 enseignants. Guislaine David, secrétaire générale et porte-parole du syndicat invitée lundi 12 octobre sur franceinfo, explique ce sentiment notamment par "le protocole qui a été allégé depuis quelques semaines dans les écoles".

Elle pointe la difficulté "d'assurer la distanciation physique entre les élèves" et les gestes barrière que les enseignants ne sont "plus en capacité de faire respecter". Ils souhaitent que "le protocole soit renforcé" pour mieux se protéger et protéger les élèves.

franceinfo: Pourquoi y a-t-il autant d'enseignants qui se sentent mal ou très mal protégés face au virus dans l'exercice de leurs fonctions par l'institution ?

Guislaine David : Les enseignants ne se sentent pas en sécurité et se sentent mal protégés. Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, le protocole a été allégé depuis quelques semaines dans les écoles. Le protocole qui était un peu plus sérieux en début d'année, a été allégé dans tous les gestes barrières qu'on peut avoir. On ne peut pas assurer la distanciation physique entre les élèves, mais également avec les enseignants. Les élèves ne portant pas le masque en dessous de onze ans, ils se côtoient souvent de manière très rapprochée dans les classes. Il y a beaucoup de brassages d'élèves dans les écoles. On a le cas de la cantine le midi, le cas des récréations, l'aération des salles de classe qui est de plus en plus difficile à faire, la désinfection des classes. Toutes ces choses-là font que le protocole est très allégé. Et on n'est plus en capacité de faire respecter les gestes barrières. Et de ce fait, les enseignants se sentent en insécurité dans leurs écoles.

Concernant le port du masque, il y a une petite majorité d'enseignants qui ne souhaitent pas le rendre obligatoire pour tous les élèves ?

C'est quelque chose qu'on avait déjà décelé chez les enseignants par leurs réactions. D'abord parce qu'on a un lien très fort avec les élèves dans les classes. On a aussi des enseignants qui disent qu'ils ont du mal à enseigner avec le masque. Ils n'ont pas le souci d'avoir le masque pour les élèves. Par contre, ce que montre ce sondage, c'est que la question de la distanciation physique est essentielle. On le sent dans cette enquête. Ils ne peuvent pas la mettre en place. Ils souhaitent que le protocole soit renforcé pour mettre en place cette distance physique. Cette notion est importante.

Pour mettre en place la distanciation physique, est-ce qu'il faut agrandir les locaux dans les d'établissements ?

Agrandir, ça va être compliqué. Mais on peut trouver d'autres lieux pour pouvoir alléger les groupes de classes. Il faut aussi des personnels supplémentaires, parce qu'il faudra du personnel pour accueillir tous ces élèves dans des groupes allégés. Mais ça reste la priorité essentielle. L'épidémie, on est dans la deuxième vague. On a aussi des cas chez les élèves, sauf qu'ils ne sont plus testés. Et ils sont pour la plupart asymptomatiques. On sait aussi que, dans les classes, on a des enfants qui sont porteurs du virus. Alors certes, ils sont très peu malades quand ils ont le Covid. Et c'est tant mieux qu'ils soient très peu malades. Mais ils peuvent ramener ce virus dans les familles. Et c'est ça qui aussi inquiète les enseignants.

Ces règles sanitaires depuis le début de l'épidémie, est-ce que cela a posé des problèmes pour enseigner ?

Il a fallu que les enseignants s'adaptent systématiquement aux changements de protocoles et aux changements de directives du ministère. C'est très fatigant, très épuisant pour les enseignants et pour les directeurs d'école qui mettent en place les choses. Il faut systématiquement revoir la communication avec les familles. C'est une période qui a été très épuisante. Après c'est aussi une période qui a été très compliquée parce qu'il a fallu retrouver nos élèves, dans des conditions qu'on a connu avec le confinement où il faut remettre en place des habitudes de travail en classe. Il faut remettre à niveau les élèves et ça a aussi été compliqué depuis le début d'année.

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