Coronavirus : peut-on booster son système immunitaire pour mieux se protéger du Covid-19 ?

Vitamines, extrait de pépins de pamplemousse ou oligo-éléments ont-ils une efficacité reconnue dans la prévention du coronavirus ? Franceinfo a interrogé plusieurs spécialistes pour répondre à cette question.

Les compléments alimentaires sont-ils efficaces pour se protéger du coronavirus ?
Les compléments alimentaires sont-ils efficaces pour se protéger du coronavirus ? (TANYA CONSTANTINE / GETTY IMAGES)

"Pour augmenter la défense immunitaire : extrait de pépins de pamplemousse, cassis et églantier dans un demi-litre d'eau…" Dans un post publié sur son compte Instagram, jeudi 12 mars, l'actrice Juliette Binoche se propose de partager quelques "conseils pour l'immunité" censés vous prémunir contre le coronavirus. Sont entre autres cités la vitamine C ou des oligo-éléments comme l'argent et le cuivre. Mais ces compléments alimentaires sont-ils vraiment efficaces pour booster les défenses immunitaires et ainsi se protéger davantage face à l'épidémie de Covid-19 ?

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CONSEILS POUR L'IMMUNITÉ ET LES GESTES UTILES !

Une publication partagée par Juliette Binoche (@juliettebinoche) le 8 PDT

Pour le docteur Didier Chos, président de l'Institut européen de diététique et de micronutrition (IEDM), interrogé par Le Parisien, certaines plantes médicinales sont "dotées de propriétés immunostimulantes au niveau de la sphère ORL et pulmonaire comme le duo cyprès-échinacée pour les personnes jeunes et le duo cyprès-astragale pour les individus plus fragiles, malades ou ceux âgés de plus de 65 ans".

Un avis qui n'est toutefois pas partagé par les spécialistes contactés par franceinfo. Le professeur François Boué, immunologue, se montre catégorique. "Il n'y a rien qui booste notre système immunitaire. Ni plante, ni vitamine, ni quoi que ce soit. Et d'ailleurs, ce n'est pas nécessaire de le renforcer car il fonctionne très bien naturellement", martèle ce spécialiste qui exerce à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine).

Les probiotiques contestés

En revanche, "il existe de grandes variabilités individuelles qui peuvent être soit génétiques, soit liées à une pathologie comme les personnes infectées par le VIH, soit en lien avec un traitement, comme la cortisone qui diminue le système immunitaire, précise le professeur Boué. Nous sommes tous plus ou moins performants, mais vous n'y pouvez rien."

Un avis que partage le professeur Guy Gorochov, chef de service de l'unité immunologie cellulaire et tissulaire à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Il n'y a aucune mesure médicamenteuse ou de comportement alimentaire qui puisse changer quoi que ce soit dans votre système immunitaire.Guy Gorochov, immunologueà franceinfo

Même les probiotiques et prébiotiques, que les pharmaciens n'hésitent pas à délivrer pour soutenir nos défenses immunitaires, seraient sans effet. Comme l'explique le professeur Philippe Marteau, gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, au site Pourquoi Docteur, "les données issues de décennies de recherches sur l'efficacité des probiotiques dans la prévention et le traitement des maladies demeurent contradictoires, controversées et déroutantes".

Néanmoins, certaines supplémentations sont prisées par d'autres spécialistes. C'est le cas de Marie-Christine Boutron-Ruault, médecin interniste et directrice de recherche au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de l'Inserm. "Je prescris de la vitamine D et du zinc pour corriger les carences et, rien qu'aujourd'hui, j'ai fait gratuitement des ordonnances pour une centaine de personnes afin de soulager les médecins généralistes débordés", confie-t-elle à franceinfo.

Les carences en vitamine D augmentent les susceptibilités aux viroses, et le zinc est important pour la défense antivirale.Marie-Christine Boutron-Ruault, médecin internisteà franceinfo

Elle est en revanche plus mesurée sur un apport en vitamine C. "A dose excessive, l'intérêt de la vitamine C peut s'inverser, assure Marie-Christine Boutron-Ruault. Elle devient alors oxydante. J'encourage donc plutôt les gens à consommer des agrumes et des fruits et légumes frais pour éviter un surdosage car il vaut toujours mieux privilégier ce qui est apporté par les aliments."

Et si vous ne souffrez pas de carence diagnostiquée, il est toujours déconseillé de prendre des compléments alimentaires de manière prolongée. "Faire une cure d'un mois d'un complément multivitaminique n'est pas dangereux et peut améliorer un peu les choses, conseille la spécialiste, à condition de faire des périodes d'interruption pour que l'organisme fonctionne spontanément."

Le lavage des mains reste la meilleure défense

D'autant qu'il n'est peut-être pas nécessaire de vouloir à tout prix modifier notre système immunitaire. On sait que, "comme pour la grippe, ce n'est pas le virus qui nous tue mais les réponses immunitaires qui s'aggravent et ont un effet toxique sur le malade pouvant créer des lésions graves", rappelle Guy Gorochov.

Donc, même si elles peuvent sembler insuffisantes à certains, "les seules mesures efficaces sont celles que vient de prendre le gouvernement, c'est-à-dire l'éloignement social et les mesures de bon sens comme se laver les mains, porter un masque quand on est affecté, ne pas tousser en présence de tiers et, évidemment, ne pas se faire dépister si on n'est pas malade pour ne pas engorger les services de santé", rappelle le professeur Gorochov.

En pratique, la seule chose que l'on pourrait faire serait "d'utiliser le sérum des gens qui ont été infectés et qui ont eu une réponse immunitaire pour récupérer des anticorps et les utiliser en vaccination préventive", en particulier pour le personnel soignant. Mais, à l'échelle du public, rien ne vaut une alimentation équilibrée et un bon lavage de mains régulier.

Enfin, vous pouvez également utiliser quelques huiles essentielles. "Mettre quelques gouttes de ravintsara ou d'eucalyptus radié, des plantes qui agissent sur les virus de la sphère ORL, sur un chèche, à défaut d'avoir un masque, peut faire un peu filtre aux microbes et virus et ce n'est pas dangereux, sauf chez les asthmatiques", conseille Marie-Christine Boutron-Ruault.