Coronavirus : l'interdiction des visites dans les Ehpad "pèsera" sur "le bien-être" des personnes âgées, avertit une association

Le directeur de l'Association des directeurs au service des personnes âgées exprime des craintes sur les conséquences d'un isolement prolongé des pensionnaires des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.

(LIONEL VADAM / MAXPPP)

"S'il faut indéniablement se préoccuper de la santé des personnes âgées, il reste quand même des questions éthiques", a averti jeudi 12 mars sur franceinfo Romain Gizolme, directeur de l'Association des directeurs au service des personnes âgées, alors que le gouvernement a décidé de suspendre toutes les visites dans les Ehpad et les établissements de soins de longue durée en raison de l'épidémie de coronavirus"Cela va limiter nécessairement les libertés" des personnes âgées, et "on peut largement imaginer que ça pèsera sur leur bien-être et sur leur santé psychique", a pointé Romain Gizolme qui réclame "des aménagements".

franceinfo : C'est une bonne mesure pour vous ?

Romain Gizolme : S'il faut indéniablement se préoccuper de la santé des personnes âgées, il reste quand même des questions éthiques, parce que cela va limiter nécessairement leurs libertés, au détriment de leurs possibilités de sorties et de visites de leurs familles, de leurs amis et d'autres intervenants extérieurs. Clairement, nous savons que dans ce secteur, il y a déjà trop peu de temps pour les professionnels pour accompagner de façon relationnelle les personnes âgées. 

Les personnes âgées font partie de la population la plus sujette au syndrome dépressif.Romain Gizolme, directeur de l'Association des directeurs au service des personnes âgéesà franceinfo

Donc, bien sûr que nous sommes inquiets et que nous nous questionnons sur ces éléments-là. Si tout le monde peut comprendre que, dans une période donnée, des restrictions drastiques soient prises, toute la question est de savoir combien de temps ça dure. On peut accepter quelques restrictions pendant quelques jours, quelques semaines, mais il devient plus difficile de les envisager sur plusieurs mois.

Que pouvez-vous faire si cela dure des mois ?

D'abord, il y a des moyens de communication modernes comme le téléphone, internet, qui peuvent permettre de pallier, en partie, mais chaque Français comprend bien que d'avoir un contact physique et d'avoir une relation, des rendez-vous avec des amis est toujours plus agréable que de les avoir à distance. Pour ces personnes âgées, le fait de ne plus avoir de visites de leur famille, de leurs amis, voire d'intervenants extérieurs, qui peuvent proposer des temps d'animation sociale, d'activités, on peut largement imaginer que ça pèsera sur leur bien-être et sur leur santé psychique. C'est en cela que nous attendons de voir avec l'État comment nous pouvons envisager des aménagements qui permettent de rendre cette période particulière plus supportable et plus acceptable pour la situation des personnes âgées en établissements.

Quels aménagements peuvent être envisagés ?

Il convient d'engager ce travail de réflexion rapidement avec le Conseil consultatif national d'éthique, notamment. Cela peut être, par exemple, d'interdire la visite d'enfants, puisque nous savons qu'ils peuvent être porteurs sains. C'est une mesure qui peut clairement faire consensus. Après, on peut trouver aussi des mesures d'aménagement comme le fait d'autoriser les visites uniquement dans le logement de la personne et pas dans les parties communes. Il convient d'y réfléchir pour essayer de limiter au plus les désagréments d'une situation très protectrice, mais aussi très coûteuse d'un point de vue des libertés individuelles.