Coronavirus : il y aura d'autres pandémies plus létales "si nous ne changeons pas de comportement", estime un naturaliste

Le président du Muséum national d'histoire naturelle, le naturaliste Bruno David, appelle à "changer nos comportements" pour éviter d'autres pandémies. Selon lui, la population humaine sur Terre, la déforestation et l'agriculture intensive nous rapprochent trop des animaux, et nous nous déplaçons trop.

Vue de la \"jungle de béton\" que constitue l\'enchevêtrement des buildings sur l\'île de Hong Kong.
Vue de la "jungle de béton" que constitue l'enchevêtrement des buildings sur l'île de Hong Kong. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

"Si nous ne changeons pas de comportement (…) on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci", prévient le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d'histoire naturelle, invité de France Inter, vendredi 22 mai, journée mondiale de la biodiversité. Il pointe du doigt justement la destruction de la biodiversité, à travers la déforestation et l'élevage intensif, comme un facteur de la pandémie. Le naturaliste appelle à réduire la "promiscuité" avec les animaux et conseille de "moins bouger, de moins faire bouger nos marchandises".

franceinfo : Les pandémies ont-elles toujours existé ?

Bruno David : Les zoonoses, c'est-à-dire le passage d'une maladie d'un animal à l'homme, ce n'est pas nouveau. Il y a eu un premier pic à un moment donné, au Néolithique, il y a 10 000 ans. Au moment de la domestication, il y a un certain nombre de maladies qui sont passées des animaux aux hommes, comme la rougeole ou les oreillons. Ce qu'on est en train de faire aujourd'hui, c'est qu'on entretient la promiscuité avec des animaux domestiques élevés en très grand nombre ou avec des animaux sauvages, ce qui favorise la transmission de maladies et de nouveaux virus des animaux vers les hommes.

Qu'est-ce qui pose problème exactement ?

Il y a trois facteurs. D'abord, le nombre que nous sommes sur Terre. Plus nous sommes nombreux, en termes de probabilité, plus on va apparaître comme l'espèce dominante et donc la cible privilégiée de certains pathogènes. La deuxième chose, c'est qu'on entretient de la promiscuité avec des animaux, que ce soit des animaux domestiques en grand nombre ou avec des animaux sauvages. A travers la déforestation par exemple, on va faire venir ces animaux sauvages vers nous, puisqu'on aura détruit leur environnement, ou on va les consommer, ce qui a pu se passer avec le pangolin. Par ailleurs, on se déplace énormément, ce qui fait que quand un problème survient localement, il devient rapidement global. Avec ces trois facteurs, il y a toutes les chances pour qu'une pandémie arrive. Et il y en aura vraisemblablement d'autres si nous ne changeons pas de comportement.

Par quoi faut-il commencer pour changer nos modes de vie ?

Il y a un concept qui s'appelle le "One Health" en anglais, qui signifie "une seule santé". Il dit que la santé humaine, la santé animale et la santé des environnements c'est quelque chose qui forme un tout. Il faut que ce soit abordé de manière globale. La meilleure chose à faire, c'est de respecter mieux les environnements, de moins faire de déforestation, se tenir plus à distance des espèces sauvages, donc ne pas aller sur leurs territoires, ni les faire venir sur nos territoires. Il faut aussi éviter les élevages intensifs, avec des animaux qui sont tous semblables les uns aux autres, et qui sont dans des nombres absolument incroyables. Et aussi moins bouger, moins faire bouger nos marchandises (…) Il faut arriver à infléchir nos modes de vie, parce que sinon, ça va nous revenir dessus comme un boomerang et on va se retrouver de nouveau confrontés à des pandémies qui pourraient être plus létales que celle-ci.