Coronavirus : Il est "choquant" que Sanofi serve les États-Unis en premier s'il trouve un vaccin, estime un syndicaliste du laboratoire français

Selon Thierry Bodin, responsable CGT chez Sanofi, les salarié "veulent que ce vaccin soit distribué à l'ensemble de la population mondiale, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas un privilège qui soit affecté aux États-Unis."

Réunion du groupe Sanofi à Paris (image d\'archives).
Réunion du groupe Sanofi à Paris (image d'archives). (ERIC PIERMONT / AFP)

Sanofi servira les États-Unis en premier s'il trouve un vaccin contre le nouveau coronavirus, puisque le pays "partage le risque" des recherches menées à travers un partenariat, a déclaré le directeur général du laboratoire français Paul Hudson à l'agence Bloomberg, mercredi 13 mai. "Nous nous sommes toujours engagés à ce que dans ces circonstances sans précédent, notre vaccin soit accessible à tous", a toutefois ajouté le laboratoire dans un communiqué.

Cette déclaration de Paul Hudson est "particulièrement choquante", a déclaré sur franceinfo Thierry Bodin, responsable CGT chez Sanofi. "C'est particulièrement choquant au regard de la pandémie qui touche l'ensemble de la planète", poursuit le syndicaliste. "Les salariés de Sanofi veulent que ce vaccin soit distribué à l'ensemble de la population mondiale, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas un privilège qui soit affecté aux Etats-Unis."

franceinfo : Est-ce que cette déclaration du directeur de Sanofi vous choque?

Thierry Bodin : Oui elle est particulièrement choquante. Quand Sanofi a contractualisé avec l'autorité de santé américaine, il y avait forcément un contenu dans cet accord. Il devait être forcément précisé que les Américains voulaient être servis en premier et donc Sanofi, quand ils ont contractualisé, c'était pour avoir un financement important permettant de développer le vaccin. Mais ils savaient pertinemment quels étaient les risques, c'est-à-dire que ça réponde aux exigences américaines et tout particulièrement à celles de son président, l'"America first". Et c'est particulièrement choquant au regard de la pandémie qui touche l'ensemble de la planète.

Le raisonnement de Sanofi, c'est de dire que les États-Unis ont investi pour essayer de protéger leur population. Est-ce que ça veut dire que la France et l'Europe ne l'ont pas assez fait ?

Très clairement, Sanofi cherche des moyens financiers pour développer un vaccin, en espérant évidemment que ce vaccin voie le jour. Et les équipes sont mobilisées pour y arriver. Mais les salariés de Sanofi veulent que ce vaccin soit distribué à l'ensemble de la population mondiale, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas un privilège qui soit affecté aux États-Unis. Il y a des financements publics, 110 à 130 millions de crédits d'impôt qui sont versés chaque année par l'Etat français à Sanofi, il y a quatre milliards de dividendes qui ont été versés aux actionnaires. Ces moyens financiers pourraient servir tout particulièrement à développer un vaccin pour l'ensemble de l'Europe, des États-Unis et des autres pays. Il est hors de question que, quel que soit le laboratoire pharmaceutique, un laboratoire fasse de l'argent avec un vaccin contre le coronavirus au regard de la pandémie et du danger sanitaire que ça représente.

Le monde entier sera servi, dit Sanofi, s'il trouve un vaccin contre le Covid-19, mais avec quelques jours ou quelques semaines d'écart par rapport aux États-Unis. C'est un délai trop long selon vous ?

Je pense que les soignants qui sont en première ligne le savent. Il est important que le maximum de personnes soient vaccinées dès qu'un vaccin sera disponible, et que les États-Unis soient les seuls à être servis en premier, ce serait un pur scandale. Sincèrement, on a l'impression que derrière les paroles du directeur de Sanofi, c'est une volonté d'obtenir de l'argent de l'Europe. On le répète, Sanofi vient de verser quatre milliards. Ces quatre milliards, ils peuvent servir à développer ce vaccin sans avoir à quémander de l'argent public par ailleurs. Ce vaccin doit être accessible à l'ensemble de la planète et il faut qu'il y ait les conditions à la fois en termes de prix, en termes de capacité de production, pour permettre à l'ensemble de la population mondiale d'y avoir accès. Il faut un engagement de Sanofi de faire en sorte que ce vaccin ne soit pas une source de profit.