Coronavirus : en Asie, "il y a des mesures de distanciation sociale bien appliquées", selon un enseignant-chercheur

Invité de franceinfo jeudi, Antoine Bondaz évoque une "sensibilisation" forte de la population de ces pays à ces questions, ce qui peut en partie expliquer le ralentissement de l'épidémie, même si la Chine a "pris du retard". 

Des Chinois portant des masques dans le métro à Shanghai (Chine), le 25 février 2020.
Des Chinois portant des masques dans le métro à Shanghai (Chine), le 25 février 2020. (NOEL CELIS / AFP)

"Il y a des mesures de distanciation sociale et des mesures barrière, notamment les mesures d'hygiène qui sont bien connues par la population et bien appliquées" dans les différents pays d'Asie qui ont eu à gérer l'épidémie de coronavirus à ses débuts, a expliqué jeudi 19 mars sur franceinfo Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, enseignant à Sciences Po Paris, et spécialiste de la Chine et de la Corée du Sud. Il évoque une "sensibilisation" forte de la population de ces pays à ces questions, ce qui peut en partie expliquer le ralentissement de l'épidémie. Pour Antoine Bondaz, la Chine, souvent présentée comme un pays où l'autoritatisme aurait permis de ralentir la dispersion du virus, a au contraire "pris du retard" aux premières alertes, en décembre.

franceinfo : Quelle est la situation en Chine ? Les chiffres qui nous en parviennent sont-ils fiables ?

Antoine Bondaz : On a aujourd'hui un jour très particulier, puisqu'il n'y a pas de nouveaux cas d'infection sur le territoire national. Il y a quelques cas d'infection à travers des cas d'importation, mais c'est la première fois depuis le début de l'épidémie. La Chine part de loin puisqu'il y a eu un total de près de 80 000 contaminations. Environ 4/5e des gens sont désormais sortis des hôpitaux, mais la situation à Wuhan reste encore un peu compliquée, même si on voit les hôpitaux de campagne être progressivement démantelés, puisqu'il y a encore 6 000 malades et 6 000 personnes en cours d'hospitalisation. Il y a toujours une difficulté à affirmer que les chiffres de la Chine sont parfaitement fiables. Là où la Chine ne peut pas vraiment mentir, c'est sur la tendance.

La tendance, elle est depuis un mois à la réduction progressive du nombre de contaminations.Antoine Bondazà franceinfo

Par contre, il y a une inquiétude en Chine et la crainte d'une seconde flambée épidémique. Soit du fait de cas d'importation de l'étranger qui viendraient vers la Chine. Soit puisque la reprise des déplacements, notamment dans les autres provinces, puis progressivement à Wuhan, pourrait relancer malheureusement une épidémie.

La Corée du Sud est régulièrement citée en exemple dans la manière dont elle a lutté contre cette épidémie ?

Elle est souvent présentée comme un exemple. Ce n'est pas un pays qui a fermé complètement ses frontières. Par contre, le pays a adopté une politique assez agressive de dépistage massif. Il y a eu plus de 300 000 tests réalisés en Corée du Sud. Ces derniers jours, il y en a encore plus de 15 000, ce qui a permis, couplé à des mesures de confinement ciblé et des mesures d'hygiène généralement respectées par la population, de contenir assez rapidement l'épidémie à un principal foyer épidémique autour de la ville de Daegu. Daegu et la province juste à côté rassemblent aujourd'hui près de 85% des 8 000 cas en Corée du Sud. Mais là encore, il ne faut pas crier victoire trop vite puisque depuis 3, 4 jours, le nombre de cas augmente légèrement. En Corée du Sud, on était à un peu plus de 100 aujourd'hui et donc encore une fois, vigilance. Ce n'est pas parce qu'on a inversé les courbes qu'on a malheureusement vaincu l'épidémie.

Le Japon a connu une sorte de laisser-aller pendant plusieurs semaines, puis des réponses extrêmement fermes ensuite ?

Le Japon est un cas un peu étrange par rapport aux deux premiers. On a aujourd'hui un peu moins de 1 000 cas rapportés au Japon, mais des mesures importantes ont été prises dans les écoles, fermées depuis déjà plusieurs semaines. L'Île d'Hokkaido, au nord de l'archipel, a déclaré son état d'urgence sanitaire assez rapidement. Mais plus généralement, c'est le point commun de l'ensemble des sociétés asiatiques. Il y a des mesures de distanciation sociale et des mesures barrière, notamment les mesures d'hygiène qui sont bien connues par la population et bien appliquées, puisque cela s'appuie notamment sur l'expérience du Sras en 2003. Et plus rarement, sur une sensibilisation générale de la population à ces mesures.

C'est en cela qu'on peut à la fois parler de modèle ? Faut-il en même temps nuancer cette manière d'aborder les choses. On entend une petite musique dans l'air qui laisserait entendre qu'on régime autoritaire comme la Chine parviendrait mieux à gérer ce genre de situation.

Il faut évidemment nuancer l'idée. Dire qu'une campagne de dépistage massive serait la solution, ou alors la quarantaine totale serait la solution : non. En réalité, c'est un mix de l'ensemble de ces outils avec, sur le plan plus général, une mise en avant de systèmes démocratiques qui sont capables, en mettant en avant la question de la transparence, d'avoir une acceptabilité de ces mesures. Et ça, c'est fondamental. C'est l'enseignement, notamment en Corée du Sud et à Taïwan. Cette transparence permet de créer de la confiance et cette confiance est la seule qui permet de mobiliser l'ensemble de la population. Ensuite, il ne faut pas réécrire l'histoire. La Chine a pris des mesures malheureusement tardivement, alors que dès la fin du mois de décembre, de nombreux médecins ont alerté sur des cas de pneumonie atypique qui n'arrivaient pas à identifier et c'est en partie le manque de transparence justement en Chine et le système politique qui a peut être retardé la réponse et contribué à la diffusion de l'épidémie.

Il y a aussi un pays très particulier qu'est la Corée du Nord ?

La Corée du Nord a pris des mesures extrêmement fortes dès la fin du mois de janvier. Ça a été le premier pays à fermer l'ensemble de ses frontières. Il y a eu des grandes inquiétudes au début, puisque des gens présentaient la Corée du Nord avec un système de santé très peu développé. C'est évidemment en partie vrai, même si, par rapport à des pays de niveau de développement équivalents, la Corée du Nord a une architecture et une infrastructure de santé peut-être un peu plus développée. Mais la conjugaison de ce confinement total du pays, de mesures de quarantaine dans les provinces frontalières, et troisièmement une aide apportée par de nombreux pays, dont la Chine et la Russie, en matière d'équipements de protection en matière de kits de dépistage... Cela aurait pu permettre, au conditionnel, d'éviter une épidémie importante dans le pays. Mais encore une fois, comme toujours avec la Corée du Nord, il est très difficile de vérifier ces informations.