VRAI OU FAKE Coronavirus : des masques de plongée Decathlon sont-il utilisés dans les hôpitaux ?

L’enseigne sportive est sollicitée pour un masque de plongée intégral qui pourrait être utilisé comme respirateur pour des malades.

Capture d\'écran d\'un tweet montrant un homme avec un masque Decathlon en support de respirateur.
Capture d'écran d'un tweet montrant un homme avec un masque Decathlon en support de respirateur. (CAPTURE ECRAN)

En pleine épidémie de coronavirus, des photos de patients équipés d’un masque de plongée Decathlon circulent sur les réseaux sociaux. Certains posts totalisaient plusieurs dizaines de milliers de partages sur Twitter, mercredi 25 mars. L’idée vient d’Italie où un médecin a contacté un imprimeur 3D ainsi que l’enseigne sportive afin d’adapter des masques aux respirateurs. Les masques Easybreath ("respiration facile" en anglais) de Decathlon n’ont jamais aussi bien porté leur nom. Mais, sur Twitter, l’enseigne a clarifié sa position, mardi 24 mars. Elle a bien partagé les plans 3D de ses masques, mais reste très prudente sur les aboutissements d’une telle innovation. L’enseigne rappelle que les masques n’ont pas été conçus pour cet usage et déconseille formellement de trafiquer le masque par soi-même. La Cellule Vrai du faux de franceinfo vous aide à y voir plus clair.

Une idée venue d’un médecin italien

C’est le docteur Renato Favero qui a eu l’idée, rapporte le quotidien Corriere della Sera (en italien). L’hôpital où il travaille, à Gardone Val Trompia près de Brescia (Lombardie), est situé dans l’une des zones les plus touchées par l’épidémie de coronavirus. En Italie, comme en France, les médecins font face à une pénurie de matériel médical. "L’idée du docteur Favero est aussi simple que géniale", souligne le Corriere della Sera. Le médecin veut construire un masque respiratoire d’urgence en convertissant un masque de plongée intégral déjà commercialisé. Il s’adresse alors à une entreprise d’impression 3D, Isinnova (en anglais), qui réalise déjà en impression 3D des valves respiratoires d’urgence pour un autre hôpital de la région.

Ensemble, le médecin et les ingénieurs de la start-up déterminent que le masque de plongée Easybreath de Decathlon est le plus adapté. Ils contactent alors l’enseigne qui leur fournit les plans de son produit. Le masque Easybreath de Decathlon a été inventé en 2017 par Subea, une entreprise du sud de la France. Les ingénieurs d'Isinnova ont remplacé le tuba par une valve imprimée en 3D permettant de raccorder le masque à un respirateur. "Nous avons fabriqué des produits aussi standard que possible, capables de s'adapter à la plupart des tubes utilisés par les hôpitaux", précisent-ils au Corriere della Sera. Des prototypes de masques convertis sont déjà utilisés à l’hôpital de Chiari, au sud de Bergame, et la protection civile de Brescia a acquis 500 masques Decathlon. "Nous nous occupons de leur fournir gratuitement le raccordement", expliquent Isinnova et le Corriere della Sera.

Des masques non-certifiés

Isinnova a breveté sa valve, pour éviter les spéculations. Elle a aussi mis en ligne toute la documentation afin de la concevoir en impression 3D. Interrogés par le Corriere della Sera, les concepteurs du masque préviennent : "Il s’agit d’un produit modifié de façon artisanale pour répondre à une situation d’urgence, tous les masques hospitaliers ont des certifications, le nôtre non, il faut toujours préférer un masque certifié." La start-up rappelle qu’avant son utilisation, le patient doit signer une déclaration dans laquelle il accepte l'utilisation d'un appareil biomédical non certifié.

De son côté, Décathlon adopte une posture elle aussi très prudente. Sur son site internet, l’enseigne rappelle que les masques n’ont pas été conçus pour cet usage et déconseille formellement de trafiquer le masque par soi-même.

L'enseigne a bien été sollicitée par des centres de recherche, des hôpitaux et des universités de plusieurs pays, avec qui elle partage sa documentation, mais elle appelle à la plus grande vigilance dans la mesure où les masques Easybreath n’ont absolument pas été conçus par des équipes médicales : "Notre masque est avant tout destiné à la randonnée aquatique, ce qu'on appelle le snorkeling, souligne le porte-parole de Decathlon France, Philippe Dourcy. On a eu des entreprises spécialisées qui ont commencé à modifier l'utilisation du masque, certains hôpitaux et des spécialistes de l'impression 3D ont adapté des systèmes avec des valves de liaison".

Decathlon France confirme que des tests sont en cours et indique envisager d’adapter son produit si ces tests sont concluants. En attendant, sur le site de Decathlon en France, le masque est en rupture de stock en taille S/M.