Les prières de rue ce week-end à Versailles et Nantes étaient-elles légales ?

Des centaines de catholiques se sont retrouvées dimanche pour prier dans les deux villes devant des églises, alors que le confinement est en vigueur dans toute la France. 

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Radio France
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Capture écran d'un tweet qui montre la prière de rue.  (CAPTURE D'ECRAN TWITTER)

Les images et les tweets circulent sans arrêt depuis la fin du week-end. Sur une vidéo, vue plus de 400 000 fois à 11 heures ce mardi, on distingue notamment environ 600 fidèles rassemblés devant la cathédrale Saint-Louis de Versailles, chantant et priant dimanche vers 18 heures. 

Quelques heures plus tôt, des centaines de personnes étaient réunies dans des conditions similaires devant la cathédrale de Nantes. Ces deux rassemblements se sont tenus alors que les messes sont interdites à l’intérieur des églises depuis le confinement et le décret gouvernemental du 29 octobre 2020.  

De nombreux internautes se sont demandé pourquoi les fidèles avaient pu se rassembler sans être inquiétés, alors que les mesures de confinement sont théoriquement strictes en matière de rassemblements sur la voie publique.

Certains internautes doutaient dans leurs tweets qu'une telle prière rassemblant des musulmans aurait pu se tenir de la même manière.  

Pourquoi les autorités n’ont rien dit  

Le décret gouvernemental du 29 octobre 2020 stipule que "Les rassemblements, réunions ou activités sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public autres que ceux mentionnés au II mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sont interdits". Pour faire simple, cela signifie que si les rassemblements de plus de six personnes sont interdits dans un grand nombre de situations, il y a des cas particuliers qui permettent, notamment, des manifestations sur la voie publique avec une déclaration préalable. Les participants ne sont alors pas passibles d’amendes. Joint par franceinfo, le directeur adjoint du cabinet du préfet des Yvelines explique que les organisateurs du rassemblement de Versailles, trois étudiants, ont "fait une déclaration de rassemblement la veille" de la prière. En temps normal, cette déclaration doit être produite au moins trois jours francs avant la date prévue. De toute évidence, leur démarche a suffi à ce que les fidèles se réunissent en nombre sans être inquiétés.   

À Nantes, les catholiques se sont rassemblés pour réclamer le droit de pouvoir à nouveau assister à la messe. En donnant à leur réunion un tour revendicatif, ils sont entrés dans le cadre d’un article du décret du 29 octobre qui autorise les manifestations "revendicatives". D'ailleurs la préfecture de Loire-Atlantique a affirmé par écrit à franceinfo que "les organisateurs ont déclaré cette manifestation et la préfecture a pris acte de la tenue de cette manifestation. Cette déclaration donne lieu à la délivrance d’un accusé de réception, qui ne s’assimile en aucun cas à une autorisation." Les organisateurs ont confirmé à franceinfo que la déclaration avait été déposée en préfecture le jeudi précédent. Les forces de l’ordre présentes sur les lieux n’ont pas inquiété les fidèles. Les participants, mobilisés par des appels sur Facebook, étaient venus avec des attestations de déplacement dérogatoire sur lesquelles ils avaient noté à la main "participation à une manifestation déclarée", selon les organisateurs.

D'autres rassemblements à l’avenir ? 

Les rassemblements de Versailles et Nantes ayant pu se tenir, d'autres vont probablement être organisés lors du prochain week-end. À Versailles, les trois étudiants à l’origine du rassemblement de dimanche n’excluent pas de réitérer leur appel pour les dimanches à venir. À Nantes, les organisateurs ont confié à franceinfo qu'ils comptaient bien renouveler leur initiative pour les prochains week-ends et qu'ils avaient reçu de multiples appels venus de toute la France leur demandant des conseils pour organiser ces prières dominicales.

Depuis le reconfinement, l’église catholique déplore l’interdiction des cérémonies religieuses, en-dehors des mariages et obsèques, limités respectivement à six et 30 participants. Plusieurs membres du clergé, associations ou fidèles ont même saisi le Conseil d’Etat. Mais celui-ci a maintenu, samedi 7 novembre, l'interdiction des cérémonies religieuses avec un large public, telles que la messe dominicale, durant le reconfinement. En revanche, les églises, mosquées, synagogues ou temples peuvent rester ouverts et accessibles aux fidèles dans le cadre de visites individuelles. 

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