Avec le dérèglement climatique, les animaux vont davantage "partager leurs agents pathogènes avec l'espèce humaine", explique un chercheur

Selon une étude parue ce jeudi dans la revue américaine Nature, avec la modification du climat, nombre d'animaux vont fuir leurs écosystèmes et vivre plus proches les unes des autres. Ils risqueront de se transmettre plus facilement leurs maladies, y compris d'animal à humain.

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Radio France
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Le sol du désert de la péninsule de Mangyshlak au Kazakhstan. (Photo d'illustration) (REDKIN / SPUTNIK)

Avec le dérèglement climatique, on assiste à "une tectonique des espèces" qui vont "partager leurs agents pathogènes avec l'espèce humaine", a expliqué jeudi 28 avril sur franceinfo Jean-François Guégan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et à l’Institut national de recherche pour l’agronomie, l’alimentation et l’environnement (INRAE), spécialiste des relations entre environnement et santé, alors qu'une étude parue ce jeudi dans la revue américaine Nature assure que, dans les décennies à venir, le monde sera non seulement plus chaud, mais aussi plus malade. Le dérèglement climatique va pousser nombre d'animaux à fuir leurs écosystèmes pour des contrées plus vivables : en se mélangeant davantage, les espèces se transmettront aussi davantage leurs virus ce qui favorisera l'émergence de nouvelles maladies potentiellement transmissibles à l'homme.

franceinfo : Selon l'étude publiée dans Nature, avec le dérèglement climatique, les risques de maladies devraient augmenter...

Jean-François Guégan : C'est ce que met en évidence cet important travail basé sur une analyse de données exceptionnelles sur des espèces de mammifères placentaires et de leurs agents pathogènes. Dans un cadre de changement climatique mais aussi de modification des habitats au travers du développement de l'agriculture et de l'élevage, on voit des espèces, qui autrefois étaient séparées par des barrières physiques, se rassembler, coexister. C'est ce que j'appelle une tectonique des espèces. Puisque ces espèces, avec toutes ces modifications du changement global, peuvent coexister, vivre ensemble dans certains environnements, elles vont aussi partager leurs agents pathogènes et en particulier elles vont pouvoir les partager avec notre espèce, c'est-à-dire l'espèce humaine.

Cette évolution du climat va pousser des espèces à changer d'habitat, à se frotter à des environnements différents, avec à chaque fois la possibilité de contracter de nouveaux virus...

C'est ce que met en évidence cette analyse qui le chiffre. Mais nous le vivons actuellement tous les jours. Et ce phénomène a commencé depuis environ 40 ou 50 ans. On va avoir des modifications des habitats des espèces, beaucoup plus de rencontres entre certaines espèces qui, autrefois, n'avaient qu'un lieu pour coexister. Mais l'ensemble de ces phénomènes de changements globaux leur permet aujourd'hui de se rencontrer et aussi d'échanger des microbes qu'ils transportent.

L'étude prédit au moins 15 000 transmissions virales entre espèces qui pourraient intervenir dans un proche avenir. Est-ce que c'est beaucoup ?

Bien entendu, c'est un nombre incroyable. Mais il y a beaucoup plus d'échecs de transmissions. Et les échecs, on ne peut pas les mesurer par rapport à des succès qui peuvent donner la pandémie responsable de la Covid-19 actuellement.

Est-il possible d'estimer, de définir la transmission des virus à l'homme ?

Cela reste quelque chose de très difficile. Mais on est capable de le faire à partir de l'analyse de certains génomes de virus ou de bactéries, de voir leurs potentialités à un échange et à un transfert vers l'espèce humaine. Mais de plus en plus, on remarque que tous les coups sont permis. C'est-à-dire que l'on observe de plus en plus de passages de l'animal à l'humain, de l'humain à l'animal, mais aussi vers les plantes. Vous avez énormément d'agents microbiens des plantes qui sont capables de passer à l'animal et à l'humain et de produire les maladies actuelles et les futures maladies infectieuses de demain. Ces passages sont de plus en plus importants. Et ils sont aujourd'hui beaucoup plus possibles qu'hier, tout simplement par cette nouvelle coexistence, cette tectonique des espèces qui est en train de se produire. Elle va donner d'autres solutions aux agents microbiens pour pouvoir faire de multiples passages, notamment vers l'espèce humaine. Et donc plus de risques.

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