Augmentation du cancer des poumons chez les femmes : "Elles sont soumises à une chape de culpabilité"

Un rapport publié mardi pointe la progression des cancers chez les femmes, réduisant l'écart entre les hommes et les femmes. Dépistage, fake news, sentiment de culpabilité, Céline Lis-Raoux, directrice générale de RoseUp Association et directrice de la rédaction de Rose Magazine, répond à franceinfo.

Céline Lis-Raoux, co-fondatrice et directrice générale de RoseUp Association, directrice de la rédaction de Rose Magazine.
Céline Lis-Raoux, co-fondatrice et directrice générale de RoseUp Association, directrice de la rédaction de Rose Magazine. (FRANCEINFO)

C'est l'un des enseignements d'un vaste rapport publié ce mardi par l'organisme Santé Publique France et l'Institut national du cancer (INCa), le cancer touche de plus en plus les femmes. L'écart se réduit en effet avec les hommes, et certains cancers comme le cancer du poumon par exemple, sont en forte progression chez les femmes.

"Le grand public a bien accepté l'idée du cancer du sein, car le cancer du sein, c'est le cancer moral, le cancer pas de chance, mais le cancer du poumon est fortement entaché de culpabilité", a expliqué mardi sur franceinfo, Céline Lis-Raoux, co-fondatrice et directrice générale de RoseUp Association, directrice de la rédaction de Rose Magazine.

franceinfo : Avez-vous constaté cette progression des cancers chez les femmes ?

Céline Lis-Raoux : On le constate évidemment beaucoup, on a des maisons d'accueil de femmes malades de cancer, une maison rose à Bordeaux, une maison à Paris, qui a ouvert il y a trois semaines. On est de plus en plus sollicités par des femmes qui ont des cancers du poumon avec des problématiques qui sont de l'ordre de la santé, de l'ordre de l'intime aussi. Finalement le grand public a bien accepté l'idée du cancer du sein, car le cancer du sein, c'est le cancer moral, le cancer pas de chance, mais le cancer du poumon est fortement entaché de culpabilité. On juge les malades et elles ont du mal à dire aux autres malades qu'elles ont un cancer du poumon et par ailleurs elles sont soumises à une chape de culpabilité sur le fait que finalement 'on a le cancer qu'on mérite'. Il y a évidemment la cigarette, mais il n'y a pas que la cigarette, il y a aussi des cancers qui sont génétiques.

Cette culpabilité, est-elle plus forte chez les femmes ?

On n'attend pas des femmes qu'elles fument, c'est une image sociétale, c'est très genré. Dès lors qu'elles fument, elles sont déjà coupables de quelque chose et en plus, elles ont un cancer et elles se sentent coupables vis-à-vis des autres. Il y a une grande souffrance intime de ces femmes-là.

Le dépistage précoce est une des clés pour combattre cette maladie ? Il entre un peu plus dans les mœurs ?

Il entre difficilement dans les mœurs. Globalement, il y a quand même une course aux fake news surtout en France, sur tous les sujets médicaux, mais plus généralement sur le cancer. Je suis attérée par le nombre de fake news qui sont prise pour paroles d'evangiles. Par exemple, le fait que le citron guérit mieux que la chimiothérapie, il y a des gens qui le croient. En tant que médias, on a une responsabilité globale sur tout ça, y compris les grands médias. Dès lors qu'on parle de cancer, il y a le mot révolution. On ne peut plus parler d'un traitement sans parler de révolution, or la révolution, elle se mesure à l'aune de ce qu'elle apporte vraiment et aux gens et elle se voit avec le temps.

J'entends tous les discours sur les cancers évitables et ils sont réels, en revanche  je me penche sur les inévitables. Le dossier de l'INCa (Institut national du cancer) est très intéressant pour le cancer du sein par exemple car les autres pistes sur les perturbateurs endocriniens sont évoquées aussi. Il y a aussi les pistes sur le travail de nuit. Il est avéré qu'il augmente le risque de cancer du sein de 25%.

De plus en plus les malades se trouvent coupables d'être malades et on n'a pas tout à fait mesuré ce qui est inévitable dans le cancer. Par exemple, on sort d'un pic de pollution qui a duré quatre jours, je pense que ça a un impact sur notre santé.