Les besoins en produits sanguins augmentent et il faudrait cette année 10% de dons de plus qu'en 2010 pour y répondre

C'est le constat qui a été fait par l'Etablissement français du sang le 14 juin lors de sa présentation du programme de la Journée mondiale du sang.Instaurée en 2004 par l'Organisation mondiale de la santé, cet événement, qui en est à sa 8e édition, voulait cette année donner un coup de pouce au don de sang, qui a un peu baissé en France en 2010.

Une personne donne son sang dans un centre de collecte de Paris.
Une personne donne son sang dans un centre de collecte de Paris. (MIGUEL MEDINA / AFP)

C'est le constat qui a été fait par l'Etablissement français du sang le 14 juin lors de sa présentation du programme de la Journée mondiale du sang.

Instaurée en 2004 par l'Organisation mondiale de la santé, cet événement, qui en est à sa 8e édition, voulait cette année donner un coup de pouce au don de sang, qui a un peu baissé en France en 2010.

Si un million de malades sont soignés chaque année grâce aux donneurs de sang, de 2009 à 2010, le nombre des donneurs a baissé de 2,7%, selon l'Etablissement français du sang. Au total, 1,7 million de personnes (soit 4% des Français ayant l'âge requis) donnent leur sang, alors même que d'année en année les besoins progressent du fait d'un vieillissement de la population et aussi d'une utilisation élargie liée aux progrès de la médecine.

On utilise le sang pour des transfusions en cas d'accident ou d'opération, contre les maladies du sang, comme traitement d'appoint des chimiothérapies, et aussi pour fabriquer des médicaments: aujourd'hui, plus de 200 maladies sont traitées avec des substances dérivées du plasma.

En France le don du sang est "bénévole, éthique et gratuit", a souligné le président de l'Etablissement français du sang (EFS). Selon le Pr Gérard Tobelem, faute de pouvoir répondre aux besoins, il faudrait en importer, au risque d'"être à la merci des marchands du sang et des cours mondiaux du plasma".

Pour assurer l'auto-suffisance par la générosité des donneurs, il faut recruter de nouveaux donneurs et fidéliser les autres. Pour ce faire, l'EFS a lancé un programme d'installation de maisons du don au coeur des villes, comme à Lille, Saint-Denis de la Réunion et Rouen. Deux maisons devraient s'ouvrir en 2012 à Paris.

L'EFS veut aussi augmenter la quantité de sang fournie par chaque donneur, et passer de 1,8 don par an à 2, avec des plages horaires élargies et un meilleur accueil. Elle espère également améliorer la sécurité du donneur et celle du receveur.

10.000 dons de sang sont nécessaires chaque jour pour répondre aux besoins, rappelle l'EFS. Faire un don de sang, c'est l'affaire de moins d'une heure (un peu plus pour le don de plasma ou de plaquettes), entretien avec un médecin, repos et collation compris. Le prélèvement est effectué par une infirmière, et le volume prélevé est de 450 à 480 ml. Il se reconstitue rapidement, mais il faut boire abondamment et manger après avoir donné son sang.

Les hommes homosexuels toujours exclus du don du sang
Sont exclus du don les personnes pesant moins de 50 kg, les diabétiques, les personnes traitées pour épilepsie, celles qui ont eu une maladie transmise par le sang telle qu'hépatite virale, celles ayant déjà été transfusées, les femmes enceintes ou ayant accouché récemment, les gens souffrant d'infection, ainsi que les homosexuels hommes, considérés comme plus à risque de maladies sexuellement transmissibles.

En 2011, les hommes homosexuels ne peuvent toujours pas donner leur sang, s'insurgent les associations SOS-Homophobie et Elus locaux contre le sida, jugeant l'exclusion "discriminatoire" et "insultante".

Alors que "l'Etablissement Français du Sang alerte plusieurs fois par an sur le risque de pénurie", les gays sont "toujours interdits - à vie ! - de donner leur sang, sans qu'une quelconque question relative à leur comportement leur soit posée lors du questionnaire préalable à tout don", disent les deux associations dans un communiqué. Selon elles, édicter "un certain nombre de contre-indications au don du sang, notamment pour les personnes ayant des comportements à risque", est "normal si l'on se base sur des critères de santé publique", mais "intolérable si l'exclusion est motivée par des préjugés".

Pour ces associations, "c'est la notion de pratique à risque, et non de groupe à risque, qui doit être retenue comme facteur d'exclusion pour le don du sang". Elles font état également "de nombreux témoignages de lesbiennes n'ayant pu donner leur sang".

Les contre-indications au don du sang dépendent des données épidémiologiques publiées chaque année, a précisé le Dr Bruno Danic, de l'EFS. "Selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), l'épidémie de VIH ne diminue pas chez les homosexuels masculins et "le risque est 200 fois plus élevé chez les homosexuels masculins de contracter le VIH", a-t-il affirmé Et d'ajouter: parmi les donneurs de sang dont la séropositivité a été découverte entre deux dons, "la moitié des cas concernait des hommes contaminés par une relation homosexuelle".

Selon lui, "si le don de sang a lieu dans les 15 jours qui suivent une contamination, on ne le voit pas", et qu'il existe toujours un risque résiduel: "une poche de sang sur trois millions peut passer outre les tests de sécurité (dépistage, entretiens avec les donneurs, etc.). Ce risque pourrait être multiplié par quatre", si les homosexuels masculins étaient autorisés à faire don de leur sang, a-t-il dit avant de conclure qu'il n'y a "aucune raison épidémiologique" concernant les lesbiennes, et qu'elles ne doivent pas être empêchées de faire un don de sang. "Si ça arrive, c'est une erreur. Il faut nous le faire savoir".